Le cirque arrive à Niquitao

10 octobre 2007

Rencontre du 4e type

Étais-je à Niquitao, ce petit village au fin fond des Andes vénézuéliennes, ou bien à Macondo? Je ne rêvais pourtant pas : un cirque ambulant officiait sur la place du village, devant un public enthousiaste installé sur les marches en forme de gradins.

Immédiatement, ce sont les images des romans de Gabriel García Márquez qui me sont revenues : l’arrivée de clowns dans un petit village improbable; l’effervescence que provoque cet événement inespéré; la rencontre inédite, au coin d’une rue, d’un cheval monté par un enfant et d’un monocycle monté par un clown. Réalisme tellement magique!

Trois jeunes échappés de la civilisation urbaine se sont associés pour former le Circo a patas [Cirque à pied] et sillonner le Venezuela profond. A patas, parce qu’ils n’ont pour tout véhicule que leurs pieds, ou alors ils font du stop. Dans leur sac, un bric-à-brac d’objets en tous genres, en commençant par deux monocycles, –car tout clown qui se respecte monte à monocycle!

Pas besoin de publicité. À peine arrivés, ils installent leur attirail sur la place Bolívar du village. Les premiers curieux s’approchent, les enfants se donnent le mot : « Venez vite, il y a des clowns sur la place! » Bientôt des dizaines de personnes attendent avec impatience que le spectacle commence.

Et il commence, enfin. Le soir est tombé, créant une atmosphère encore plus envoûtante. Bientôt, ce ne sont plus que rires, cris, pleurs, peurs… Le village se déride comme il ne l’a plus fait depuis longtemps!

Circo a patasNos trois compères, eux, s’amusent comme larrons en foire. Le public répond, en veut plus. Mais le rêve se termine, par un signal inéquivoque : un chapeau commence à circuler dans les rangs. Les petites pièces sonnantes et trébuchantes suffiront-elles pour passer la journée qui vient? Heureusement, oui : le village enthousiasmé racle jusqu’au fond de ses poches. On invite les artistes à manger, peut-être à dormir (et si ce n’était pas le cas, ils passeront la nuit dans leur tente).

À Macondo/Niquitao, ce soir-là, j’ai revécu un bout de moyen-âge. Venus d’on ne sait où, les jongleurs ont officié sur la place, pour le bonheur de tous. Ils repartiront demain pour le village suivant.

Mais promis juré, ils reviendront à Niquitao pour la fête de Saint Raphaël, le 20 octobre.

Fin du spectacle


Le bulldozer et le système D

19 juin 2007

Le bulldozer et le système D

Je m’étonnerai toujours des ressources inattendues de l’esprit humain. L’esprit vénézuélien, en particulier, n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de trouver une solution de fortune à un problème inédit.

L’autre jour, à la sortie d’un village, un groupe d’ouvriers étaient confrontés au problème suivant : comment déplacer un immense bulldozer du point A au point B sans endommager l’asphalte? Il était impossible d’envisager de faire venir un transport spécial sur une route de montagne en lacets très serrés.

La solution trouvée? Élémentaire, mon cher Einstein : faire glisser de vieux pneus sous les chenilles du bulldozer au fur et à mesure de son mouvement! Cela implique bien sûr de disposer, en plus du conducteur de l’engin, d’une main d’œuvre (4 travailleurs) pour placer les pneus à l’avant des chenilles, les retirer à l’arrière et les transporter à nouveau à l’avant, telle une noria sans fin. La photo ci-dessus illustre l’opération.

Petit inconvénient cependant : la manœuvre est exagérément lente. Mais sachez que la notion de temps est bien différente au Venezuela, car ici, le temps n’est pas nécessairement de l’argent, –et c’est tant mieux. Poco a poco, comme on dit ici : peu à peu, tout se fait et peu à peu, tout se fera…

L’autre inconvénient, c’est de se trouver bloqué dans la file derrière le bulldozer sans pouvoir le dépasser en raison de l’étroitesse de la chaussée. Alors là, une seule solution : se laisser pénétrer profondément par la mentalité locale et se répéter inlassablement : Poco a poco… poco a poco…


Liaison dangereuse

26 avril 2007

Un bus à Calderas

Au Venezuela, les transports publics sont le plus souvent… privés! Si l’on excepte les compagnies des grandes lignes, chaque conducteur est propriétaire de son véhicule. Il a donc le droit de le personnaliser en fonction de ses goûts personnels, comme il le ferait de sa voiture.

Cela donne, il faut le dire, des résultats étonnants, amusants, voire douteux. Ainsi, l’autre jour, je suis tombé sur cette perle : un beau bus tout rouge arborant sur sa vitre arrière l’inscription AMISTADES PELIGROSAS (traduction : Liaisons dangereuses). Ne vous demandez pas pourquoi ce texte figure à cet endroit. Sachez cependant qu’il serait pour le moins étonnant que cela ait une quelconque relation avec l’œuvre de Pierre Choderlos de Laclos (1782) ou même avec les films homonymes de Roger Vadim (1959) et de Stephen Frears (1988). En fait, le piquant n’est pas là. Il se trouve plutôt dans l’effigie qui se trouve directement au-dessus de cette inscription. Il s’agit ni plus ni moins de la Divina Pastora, une vierge vénérée tout spécialement dans le centre du pays. On n’ose tout de même pas croire que c’est elle, la liaison dangereuse!


Court-métrage tropical

1 avril 2007

Droite de El Tigre 1

Scène 1 – Route droite jusqu’à l’infini : nous sommes bien dans les Llanos! C’est la fameuse droite de El Tigre, quelque part entre les états Guárico et Anzoátegui, dans l’Est du pays. Rien pour se distraire.

Droite de El Tigre 2

Scène 2 – Rien? Subitement un chaparrón, une grosse pluie dont les Tropiques ont le secret. De loin, cela s’annonçait à l’horizon, les nuages menaçants s’accumulaient, s’approchaient, étaient là.

Droite de El Tigre 3

Scène 3 – En quelques secondes, c’est le déluge, qui paraît ne jamais devoir se terminer.

Droite de El Tigre 4

 

Scène 4 – Cent jours et cent nuits de pluie obsédante, dirait García Márquez. Orage, éclairs de fin du monde, la totale!

Droite de El Tigre 5

Scène 5 – Quelques minutes plus tard, tout se termine pourtant, comme par enchantement. Ici, il n’a même pas plu… Allez comprendre…


Dido & Eneas en visite à Mérida

3 mars 2007

Dido & EneasDécidément, je vais de surprise en surprise : un opéra à Mérida, ville de quelque 350 000 habitants, dans les Andes vénézuéliennes!

Dido & Eneas étaient de visite hier soir, dans la petite salle César Rengifo de l’Universidad de Los Andes (ULA), 350 places au plus. Je me demandais où on allait placer l’orchestre et le chœur dans un espace aussi restreint. Je m’interrogeais sur la qualité des chanteurs, des danseurs, des musiciens de ce spectacle multimédia avant la lettre (fin du 17e siècle).

Finalement, Henry Purcell (1659-1695) a été bien servi. Tout y était, et se trouvait bien en place : une utilisation de l’espace intelligente, une mise en scène simple mais créative, des artistes engagés.

Bien sûr, on peut déplorer certaines faiblesses techniques du côté des musiciens et de quelques interprètes. Mais l’essentiel était là : l’émotion! En particulier, Olga Porras –professeure de mathématiques à l’université, mais aussi musicologue et interprète– a joué une très émouvante Dido. Le chœur (la chorale de la faculté des sciences de l’université) n’a pas hésité à se lancer dans une intéressante choréographie, les sorcières ont été méchantes à souhait, l’intégration de danseurs de capoeira a donné rythme et force au spectacle.

Une fois de plus, les Vénézuéliens ont montré leurs grandes qualités artistiques et ont su compenser leurs faiblesses par ce qui fait leur force : leur sens inné de l’émotion, leur engagement sans arrière-pensées.

Le résultat? Un spectacle étonnant, amusant, dramatique,…, mené par des amateurs éclairés qui ont su rendre justice à ce chef-d’œuvre de l’opéra barroque.


Petite visite matinale et impromptue

28 février 2007

Un colibri à ma fenêtre

Petite visite impromptue ce matin : un colibri s’est présenté à la fenêtre de mon appartement, attiré par les fleurs de sábila (aloe vera) qui s’y trouvent. Il n’est pas tellement fréquent d’observer un colibri à hauteur du deuxième étage, mais celui-ci n’a pas hésité à faire le grand saut depuis la colline voisine pour atteindre ces fleurs allongées qui conviennent si bien à son bec effilé.

Cette tache foncée sur la photo, c’est lui! Un peu flou peut-être, mais essayez, vous, de photographier un colibri en plein vol, qui vous arrive comme ça, au petit matin, sans avertir…


Un petit point orange en Amérique Latine…

29 janvier 2007

Je tombe sur une carte de la consommation annuelle de bière par habitant dans le monde :

Consommation de bière dans le monde

██ moins de 10 litres.

██ de 10 à 50 litres.

██ de 50 à 75 litres.

██ de 75 à 110 litres.

██ plus de 110 litres.

Pas de surprise pour les plus gros consommateurs : les champions toutes catégories sont les Tchèques, avec 157 litres par an et par habitant (soit près d’un demi-litre par jour, enfants compris!). Ce n’est pas pour rien que leur pays a donné naissance à la pilzen, la bière blonde la plus populaire au monde. Suivent dans l’ordre l’Irlande (141,2 l), l’Allemagne (117,5 l), l’Autriche (110,6 l), puis le Luxembourg (101,6 l), le Royaume-Uni (101,5 l), la Belgique et le Danemark (ex aequo avec 96,2 l).

Sur la carte, un petit point orange foncé attire mon attention en Amérique latine, comme perdu dans le continent : le Venezuela! Eh oui, le Venezuela se classe en dixième position mondiale avec une moyenne non négligeable de 82,1 litres par année et par habitant. Il est plutôt inattendu de le voir dans ce palmarès… Beau petit record, alors que nombre de pays d’Amérique Latine (à l’exception du Mexique, du Brésil et de la Colombie) se contentent de moins de 10 litres par personne et par an.

Bouteille de bière PolarBizarre coïncidence : 82,1 litres par an et par habitant, cela fait 0,224931 litre par jour, soit le contenu exact d’une bouteille de Polar Ice ou Regional Light, pour citer les bières les plus vendues dans le pays.

Cela prouve en tout cas que la polarcita (petite bouteille de bière Polar) reste, contre vents et marées, la mesure de toutes choses au Venezuela!