Category: Inattendu


Poisson d'avril, par Maryline Rich

Illustration: Maryline Rich

Je m’étais justement dit que cette année je n’avais pas vu fleurir beaucoup de poissons d’avril sur le web. Sans doute parce que le 1er avril tombait un dimanche, aventurai-je.

Il m’aura fallu attendre le 2 avril pour me rendre compte qu’en fait j’avais mordu à l’hameçon d’un poisson d’avril tombé sous mes yeux. J’ai été piégé comme un pauvre innocent. Cela ne m’était plus arrivé depuis des années. En voici l’histoire édifiante.

Un titre énigmatique

Au matin du 1er avril, je fais ma veille quotidienne sur le Venezuela et consulte Google News. Parmi d’autres, je tombe sur ce titre pour moi énigmatique : Une compagnie pétrolière vénézuélienne s’intéresse à l’AJA.

Je clique et je tombe sur une page du quotidien L’Yonne républicaine. J’y lis ceci :

Gérard Bourgoin, le président de l’AJA, l’a répété plusieurs fois : pour lui, l’avenir économique -et par conséquent sportif- du club passe par l’ouverture du capital du club à des investisseurs extérieurs. Il se déclarait même intéressé dans le cas où des Qataris se pencheraient sur l’AJA.

Pour l’instant, point d’argent du pétrole du Golfe pour les Icaunais, mais peut-être bien… d’ailleurs. Selon nos informations exclusives, la société vénézuélienne Petróleos de Venezuela SA, propriété de l’Etat vénézuélien serait prête à investir dans le club ajaïste, sous la forme d’achats de parts de la société SAOS (société anonyme à objet sportif) qui détient le club à 100%.

Chávez avec un monsieur que je ne (re)connais pas

Je me rends compte alors qu’il s’agit de football. Une petite recherche m’apprend que l’AJA n’est autre que l’équipe d’Auxerre, actuellement en Ligue 1 française. Une photo montre Chávez avec un monsieur que je ne (re)connais pas et que je présume être le président du club (il s’avère, vérification faite, que ce n’est pas lui, mais le cinéaste Oliver Stone). Le récit est bien ficelé. J’accroche.

Le texte continue : le président de l’AJA, Gérard Bourgoin, qui est un ami personnel de Fidel Castro (il a investi en 1996 dans la prospection pétrolière à Cuba avec son autre ami Gérard Depardieu), est allé l’année dernière à Caracas. Il y a rencontré Hugo Chávez, qui s’est montré personnellement intéressé par le projet, d’autant plus qu’un jeune joueur vénézuélien, Yonathan Del Valle, évolue depuis 2011 dans l’équipe d’Auxerre. En plus, poursuit l’article, le profil de l’équipe d’Auxerre plaît au président vénézuélien : une petite équipe, mais volontaire et décidée, et qui n’a pas peur des grands (comme lui !). La conclusion de l’article est en demi-ton : il est cependant douteux que la compagnie pétrolière PDVSA accepte de financer l’AJA si l’équipe se retrouve en deuxième division à l’issue de cette saison (elle est actuellement la lanterne rouge du classement de la Ligue 1).

Dans le panneau

Plausible et convaincant, non ? J’ai mordu à l’hameçon, faisant inconsciemment un parallèle entre le financement par PDVSA de l’écurie Williams en Formule 1, assortie de l’engagement par cette dernière du pilote vénézuélien Pastor Maldonado. Yonathan Del Valle serait donc à l’AJ Auxerre ce que Pastor Maldonado est à Williams. La relation de Gérard Bourgoin avec Fidel Castro ajoute encore du vraisemblable.  Tout se tenait…

Je publie donc un résumé de l’article sur la page Venezuela de Scoop.it (que j’anime), ainsi qu’une courte note sur Facebook et sur Twitter.

Poisson d'avril

Dans le panneau

Ce n’est que le lendemain 2 avril que je me rends compte, à la lecture d’un démenti de L’Yonne républicaine, que je suis tombé dans le panneau. Je n’étais pas le seul d’ailleurs. Si on peut excuser Google News, qui est l’œuvre d’un robot, que dire du Nouvel Obs et de Football.fr, qui ont tous deux repris la nouvelle ? Honteux sans doute de leur bévue, ces sites ont aussitôt éliminé ces pages du web. C’est le cas aussi de la page originale dans L’Yonne républicaine, qui a disparu après la publication le jour suivant d’un commentaire intitulé Ces sites qui mordent à l’hameçon de notre poisson d’avril. Seules restent sur le web mes propres publications, comme preuve de l’existence de ce beau poisson d’avril. J’y ai cependant ajouté une note précisant qu’il s’agissait d’une fausse nouvelle.

En conclusion de cette histoire, il me reste à exprimer toute mon admiration pour le concepteur du poisson d’avril, qui connaissait particulièrement bien son sujet : Bourgoin, Castro, Chávez, PDVSA, Yonathan Del Valle… bravo ! tu m’as embobiné !

Le comble, maintenant, serait que Hugo Chávez prenne connaissance de l’anecdote et décide, sur un coup de tête dont il a l’habitude, de transformer le poisson d’avril en réalité !

Le bonheur au Venezuela

Le bonheur au Venezuela

Regarder le Venezuela par le petit bout de la lorgnette, cela vous dit ? Ce petit bout-là en dit parfois plus que le grand. Voyons voir.

  • Le Venezuela a l’essence la moins chère de la planète : là-dessus, je ne vous apprends rien, j’en ai déjà parlé abondamment dans ce blog. Mais la publication récente d’une étude mondiale sur le prix de l’essence a relancé l’intérêt sur la question, au moment où le prix de l’essence en Europe frôle les 2 euros. Et encore : s’agissant du Venezuela, cette étude calcule plutôt large. Elle estime le prix du litre d’essence au Venezuela à 0,017 euro. Le chiffre est correct si on calcule au taux de change officiel. Mais si on calcule au taux de change parallèle, plus proche du marché réel, il est en réalité de 0,008 euro. Retenez votre souffle : c’est plus de 200 fois moins cher que dans la plupart des pays européens (de façon plus imagée, pour le prix d’un litre d’essence en Europe, les Vénézuéliens en reçoivent la bagatelle de 200) !
  • Le Venezuela consomme 254 % plus d’électricité que la Colombie : Un rapport du ministère de l’Énergie vénézuélien révèle que la consommation par habitant d’énergie électrique s’établit au Venezuela à  3900 kilowatts-heure (kWh), soit 85 % de plus que la consommation au Brésil (2.100 kWh) et 254 % de plus qu’en Colombie (1.100 kWh), le pays voisin. Ces chiffres en disent long, non tant sur le niveau de développement du pays, que sur le niveau de gaspillage. Comme par hasard, le prix de l’électricité au Venezuela est également l’un des plus économique au monde : 10 US$ le mégawatt-heure contre 280 US$ au Brésil. Le ministère en profite pour dire que les gros consommateurs d’électricité font partie des classes aisées, alors que le secteur populaire ne consommerait que 6 % de la consommation totale. C’est de bonne guerre.
  • Le taux de pénétration de Twitter au Venezuela est le cinquième au monde : selon la firme Comscore, avec un taux de pénétration de 21 %, le Venezuela se situe en cinquième place mondiale après les Pays-Bas (26,8 %), le Japon (26,6 %), le Brésil (23,7 %) et l’Indonésie (22,0 %). Le pays n’est pas en reste avec Facebook, où il se trouve en septième position mondiale en terme de taux de pénétration, après les Philippines, la Turquie, Israël, le Chili, la Malaisie et l’Argentine. Le premier pays européen, la Finlande, n’arrive qu’en quinzième position. Ces statistiques indiquent que les Vénézuéliens sont non seulement très branchés, mais encore très communicatifs, comme la plupart des latino-américains d’ailleurs. Les chiffres reflètent aussi que le fait qu’au Venezuela, 71 % de l’utilisation d’Internet est le fait de jeunes de 15 à 34 ans, contre 62 % pour l’ensemble de l’Amérique latine et 53 % seulement pour l’ensemble du monde.
  • obésité

    Obésité : des causes connues

    Le taux d’obésité au Venezuela est le sixième au monde: avec 29,6 % de sa population de plus de 15 ans considérée comme obèse, le Venezuela se situe en sixième position mondiale. C’est le Koweit qui arrive en tête de liste, suivi des États-Unis, tandis que le Mexique, en cinquième position, est le premier parmi les pays latino-américains. Mais les études de prospective ne sont guère encourageantes : on prévoit qu’en 2020 six des pays ayant la plus grande population d’obèses au monde seront latino-américains : le Venezuela, le Guatemala, l’Uruguay, le Costa Rica, la République dominicaine et le Mexique. Le Venezuela passera alors à la troisième position mondiale avec 41,6 % d’obèses. Les causes du problème en sont connues : une combinaison de rations alimentaires toujours plus abondantes, mais de moindre qualité nutritionnelle, une cuisine nationale centrée sur la friture, le sel et le sucre, un sédentarisme toujours plus fort encore accentué par la chaleur (et la consommation effrénée de bières et autre boissons rafraîchissantes), sans compter l’imitation paradigmatique du mode de vie de la classe moyenne américaine. Bonjour les dégâts !

  • Le Venezuela est le cinquième pays le plus heureux au monde : Selon le sondage Gallup publié récemment par le Washington Post, le Venezuela se trouve en cinquième position de la liste des pays dont la population est la plus heureuse au monde, à égalité avec la Finlande. Les précèdent le Danemark (1er), la Suède (2e), le Canada (3e) et l’Australie (4e). 64 % des Vénézuéliens ont déclaré que leur bien-être s’améliorait. Comme quoi ce n’est pas l’extrême dichotomie politique divisant la société vénézuélienne entre chavistes et anti-chavistes qui empêche le bonheur !

Toutes ces statistiques sont à prendre avec un (gros) grain de sel, bien entendu. Vous pourrez faire entre elles les corrélations que vous voulez, du style “les Vénézuéliens sont les plus heureux parce qu’ils sont les plus obèses“, “les Vénézuéliens sont les plus obèses parce que leur essence est la moins chère au monde“,  ou encore “les Vénézuéliens sont les plus obèses parce qu’ils consomment plus d’Internet“. Je vous laisse l’entière responsabilité de ces conclusions hâtives dignes d’un sociologue de bas étage…

Pour ma part, je voulais seulement vous montrer quelques insignifiances que j’ai pu entrevoir par le petit bout de la lorgnette, rien de plus.

Capsules de bière Polar

Les capsules et leur numéro

Supposez que vous ayez une vache à vendre. Vous ne voulez pas publier de petite annonce aux résultats incertains, ni faire du bouche à oreille en espérant qu’un candidat se présente dans un mois, dans deux mois, dans un an… Vous cherchez donc une méthode de vente expéditive. Je vous en présente une, que j’ai découverte à Mesa de Quintero, un village des Andes vénézuéliennes.

En premier lieu, achetez une caisse de bière Polar, la préférée des Vénézuéliens. Ensuite, donnez un petit coup de fil à vos amis et connaissances pour leur dire que vous organisez une tombola dont le premier et unique prix est une vache. Précisez le lieu, la date et l’heure du tirage et dites-leur que le résultat est instantané. Vous n’aurez aucune peine à recruter des amateurs, l’idée de la tombola va les émoustiller et ils savent que vos vaches sont  en excellente santé. Attention cependant ! N’invitez pas plus de 36 personnes, sans quoi votre plan tombera à l’eau, pour les raisons que vous connaîtrez bientôt.

Les règles du jeu

Caisse de bière Polar

La caisse de Polar

Au jour et à l’heure dite, vos amis sont chez vous, la vache est dans le pré d’à côté. Réunissez ce petit monde autour de la caisse de bière, ils vous en seront reconnaissants. Expliquez-leur alors les règles du jeu : les bouteilles de bière serviront de “billets” de tombola. Elles seront en vente au prix de 100 bolívars chacune (environ 10 euros, soit 20 fois plus cher que la même bouteille achetée dans le commerce). Sur la face interne de chaque capsule, il y a un numéro. Celui qui aura le numéro le plus élevé remportera la vache. Simple, non ?

Sachant qu’une caisse de Polar contient 36 bouteilles (d’où le nombre de 36 participants à ne pas dépasser), vous récolterez au bout du compte 3600 bolívars, soit le prix d’une vache, plus un petit bénéfice bien mérité.

Autant vous dire qu’en quelques minutes, le gagnant sera connu. Il n’aura plus qu’à emporter la vache, tout heureux d’avoir fait une bonne affaire. Quant aux perdants, ils auront passé un bon moment et seront prêts à recommencer ! Chez l’un comme chez les autres, il est à parier que la Polar continuera à couler à flot, à un tarif normal cette fois.

Lumineuse idée

Vous n’avez pas de vache ? Vous pouvez tenter le coup avec un cheval, une moto, un iPhone, un iPad, une BMW, que sais-je encore ? Il vous suffira d’ajuster le prix de vente de la bouteille en fonction du coût de l’objet, augmenté du petit bénéfice que vous voudrez bien vous accorder. Vous n’avez pas de bolívars ? Adaptez le jeu à votre monnaie !

Le plus dur sera sans doute de vous procurer une caisse de Polar. À moins que le fabricant de votre bière locale n’ait aussi la lumineuse idée de graver un numéro minuscule sur le côté pile de ses capsules. Jetez-y un coup d’œil à tout hasard, vous me direz.

Je garde la question philosophique pour la fin : à quoi peut donc bien servir ce numéro ? À promouvoir des tombolas illégales et à semer la zizanie au cœur du socialisme du 21e siècle ?

crèche traditionnelle à Chacantá (Pueblos del Sur)

Une crèche traditionnelle à Chacantá (Pueblos del Sur de l'état de Mérida)

La crèche de Noël est une tradition essentiellement européenne. Ses origines remontent apparemment au XIIe siècle, lorsque Saint François d’Assise réalisa dans la forêt de Creccio, en Italie, une représentation de la scène de la naissance de Jésus. Cette représentation allégorique se propagea ensuite dans la chrétienté, avec ses variantes, produit de la créativité et des ressources de chaque région.

L’Église a favorisé la réalisation de ces représentations, ainsi que son installation dans les temples et lieux publics, en tant qu’exaltation de la dévotion populaire. A commencé alors dans la plupart des pays d’Europe une production artisanale des personnages principaux de la nativité, ainsi que la reproduction de la scène dans les peintures des grands maîtres.

Consolidation de la foi

Dans la plupart des pays d’Amérique, elle a bien entendu été introduite lors du processus de colonisation et d’évangélisation. La représentation imagée était censée participer à la consolidation de la foi chrétienne dans ces contrées “payennes”.

Au Venezuela, le témoignage le plus ancien de l’existence de crèches de Noël remonte à 1832 : un texte d’époque fait mention de la coutume, dans les Andes vénézuéliennes, d’utiliser des plantes aromatiques pour la décoration de la crèche. De nos jours, cette coutume est encore largement répandue dans la région andine, où il n’est pas rare, dans les familles traditionnelles, de réserver une pièce entière de la maison à l’installation de la crèche. Cette place de choix témoigne, tant aux yeux des invités que des visiteurs impromptus, de la foi profonde qui anime la famille.

Caisses en carton

Généralement, la structure de la crèche est constituée de caisses en carton placées dans un coin de la pièce et recouverte de tissus et de papier coloré, afin de représenter le relief montagneux de la région. Des mousses naturelles (maintenant interdites, pour des raisons écologiques, mais toujours utilisées sous le manteau) simulent la végétation.

L’espace central de cette énorme crèche est réservé aux personnages principaux de la scène de la nativité : Marie, Joseph, l’enfant Jésus, l’âne et le bœuf. Traditionnellement, le jeu de ces personnages était réalisé en bois, peint ou recouvert de tissus. Mais il est devenu de plus en plus fréquent d’utiliser des personnages en céramique ou en plâtre achetés dans le commerce.

Le reste de l’arrangement est le produit de la créativité du groupe familial, qui disposera à son gré les personnages secondaires (les bergers et les rois mages), des animaux, des arbres, des sentiers, des lacs, des cours d’eau… Le plus souvent les proportions ne sont pas réelles et il est commun d’y adjoindre toutes sortes d’ornementations : plantes, fleurs, figurines et jouets d’enfants. Une autre tradition consiste à semer des grains de maïs ou d’orge et d’utiliser les jeunes pousses comme ornements.

Jusqu’au 24 décembre à minuit, l’enfant Jésus est absent de la scène, ou bien est recouvert d’un tissu. C’est à cet instant précis qu’on le découvre au milieu de la joie familiale. Des présents placés devant la crèche sont ouverts et la famille entame en chœur les prières et chants propres à Noël. La crèche de Noël et les traditions qui l’entourent représentent donc une manifestation réelle d’art populaire.

Régression et acculturation

Mais ces coutumes, faut-il le dire, sont en régression. Les familles se trouvent de plus en plus dispersées, l’acculturation fait rage (l’arbre de Noël, le père Noël, l’échange de cadeaux…) et la religiosité elle-même est en perte de vitesse.

Chávez dans la crèche

Hugo Chávez, Bolívar et consorts dans la crèche

La crèche n’a pas disparu, mais dans beaucoup de cas, elle a perdu son sens original. Ainsi, récemment, on a beaucoup glosé sur une crèche installée au Parque Central de Caracas, dans laquelle le personnage de Hugo Chávez apparaissait au cœur de la scène de la nativité. Le président était encore accompagné de Simón Bolívar, le Libertador ; d’Ali Primera, un chanteur engagé des années 70 ; et d’autres personnages faisant partie de la geste du chavisme.

S’il ne s’agissait encore que de cela ! On pourrait mettre cette entorse à l’orthodoxie religieuse sur le compte de la créativité populaire qui voudrait ainsi rendre hommage à ses héros. Ce ne serait en quelque sorte que la manifestation d’une espèce de syncrétisme politico-religieux qui n’est finalement pas très distant de ce que vivent ici les classes populaires. Après tout, Hugo Chávez se réclame abondamment du christianisme et du “vrai Christ”. Inversement, il n’est pas rare d’entendre de vieilles personnes acquises au chavisme dire que Hugo Chávez est un véritable Christ, et qu’il finira comme ce dernier, crucifié aux mains des marchands du temple (entendez les “oligarques”)…

Publicité gouvernementale

La crèche publicitaire

La crèche et la publicité gouvernementale

Mais ce n’est pas de cette religiosité populaire dont il s’agit dans cette crèche si particulière. Celle-ci n’est autre qu’une publicité en bonne et due forme pour les réalisations gouvernementales. Ainsi en attestent les étiquettes dispersées ça et là reprenant les noms des organismes, missions et ministères les plus significatifs du chavisme. Un téléphérique vient rappeler lourdement que c’est le chavisme qui a mis sur pied ce moyen de transport pour relier la vallée de Caracas à certains quartiers populaires installés sur les collines (initiative dont il n’y a rien à redire, soit dit en passant).

Ce n’est donc pas le même téléphérique que celui qui apparaît ingénument dans certaines crèches de Mérida, lequel est censé représenter le téléphérique le plus long et le plus haut du monde, qui fait la fierté de la ville. Avec la crèche de Caracas, on est dans le domaine de la propagande politique et non plus celui de la représentation populaire. Une différence de taille que n’ont pas pardonnée les opposants au chavisme : c’est une avalanche de critiques qui s’est déversée dans la presse à propos de cette crèche pas comme les autres.

De la crèche traditionnelle, on est passé sans crier gare à la crèche chaviste. Un grand saut qui n’est pas tout à fait innocent.

Une pincée de buzz

Shakira

La jolie Shakira

venezueLATINA vient de franchir le cap des 200.000 visiteurs depuis son premier article en janvier 2007. Pas de quoi se pavaner, Google reçoit autant de visiteurs en 5 minutes ! Malgré tout, pour fêter cela allègrement, on va s’offrir un moment de légèreté, sous la forme de quelques buzz qui ont secoué dernièrement le Venezuela.

La guitare rouge de Shakira

Guitare dédicacée par Shakira

La guitare rouge dédicacée

Le 14 mai dernier, Andrés Izarra, ministre de la Communication, annonçait dans un tweet que Shakira avait offert une guitare rouge dédicacée à Hugo Chávez. Démenti de la chanteuse colombienne : elle avait bel et bien offert six guitares lors de son dernier passage à Caracas, mais ne savait pas que l’une d’elles avait été remise au président du Venezuela.

En fait, il semblerait que ce soient les organisateurs du concert qui, après coup, l’aient fait parvenir à Hugo Chávez. Le service de presse de Shakira a envoyé ce communiqué : « Nous venons d’être informés que l’une des guitares a été envoyée au palais d’Hugo Chávez. Nous espérons que le geste de Shakira contribue à l’unité des citoyens colombiens et vénézuéliens. »

À l’occasion de la dernière visite de Shakira à Caracas, en mars dernier, Hugo Chávez avait manifesté le désir de rencontrer la chanteuse, qui a créé la Fondation Pies Descalzos pour venir en aide aux enfants défavorisés. Mais l’emploi du temps très chargé du président ne lui avait pas permis de rencontrer la jolie colombienne. Il a en tout cas remercié la chanteuse pour la guitare : « Hier soir, je me suis entraîné, j’ai cherché les connexions, parce que c’est une guitare électrique, je ne suis pas habitué », a-t-il déclaré.

Hugo Chávez danse avec Keiko Fujimori

Hugo Chávez danse avec Keiko Fujimori

Danse des canards pour présidents en goguette

Le site péruvien La Mula déterre une vieille photo sur laquelle on découvre un Hugo Chávez pratiquant la danse des canards avec Keiko Fujimori, fille de l’ex-président du Pérou Alberto Fujimori et actuelle candidate à la présidence de ce pays. La photo aurait été prise le 15 juin 2000, lors d’un sommet du Groupe de Río qui réunissait les chefs d’État latino-américains à Carthagène, en Colombie.

Alberto Fujimori, alors président du Pérou, y était venu avec sa fille Keiko. Le soir, après leur journée de travail ponctuée par de nombreuses réunions, les chefs d’État se détendaient, ne dédaignant pas un petit pas de danse. Il est amusant de voir Hugo Chávez, alors président depuis un peu plus d’un an, danser dans une attitude raide aux côtés de la jeune Keiko, devenue entretemps femme d’affaires et représentante de la droite aux élections péruviennes. Une danseuse plus avant, on reconnaît aussi Alfonso Portillo, qui venait d’être élu président du Guatemala et se trouve actuellement emprisonné pour délit de corruption et malversation de fonds.

Carlos écrit à Hugo Chávez

Ilich Ramírez Sánchez, dit "Carlos"

Ilich Ramírez Sánchez, dit "Carlos"

Circule depuis peu sur le Net une lettre ouverte de Carlos à Hugo Chávez, Dans cette missive, Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos, citoyen vénézuélien, se plaint au président du Venezuela du peu d’appui qu’il reçoit des services consulaires de son pays. Ayant été victime d’une agression en février dernier, « notre ambassade à Paris n’a rien fait, dit-il, à part bloquer complètement la moindre assistance pour ma défense. Déjà, en 2008, à la suite d’une autre agression, les diplomates vénézuéliens avaient “disparu” pendant presque six mois. » Après une digression sur la situation en Libye, Carlos demande à Hugo Chávez d’intervenir face à la « trahison de certains diplomates et politiciens vénézuéliens » qui « préparent leur futur exil doré après la “mort de Chávez” ».

L’authenticité de la lettre n’est pas prouvée. À remarquer qu’elle a été publiée initialement par le Parti Anti-Sioniste, fondé par Dieudonné en 2009 et étiqueté d’extrême-droite. Pour la petite histoire, ajoutons que le très controversé Dieudonné a rencontré le président Chávez en 2006 à Damas, déclarant qu’à ses yeux, « Hugo Chávez est le chef de la résistance mondiale à l’impérialisme américain ».

Carlos, Dieudonné, Chávez (et Ahmadinejad n’est pas loin…) : bizarres accointances, au nom de l’antisionisme. Hugo Chávez aurait tout intérêt à bien choisir ses amis et supporters, histoire de ne pas embarrasser inutilement ses vrais amis…

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C’étaient donc les buzz de la semaine. Mis en perspective, ils ne sont pas si anodins que cela et reflètent certains aspects cachés et non officiels de la politique vénézuélienne. À vous de lire entre les lignes pour les déchiffrer.

Et pourtant elle roule !

Et pourtant elle roule !

J’ai la grande chance de vivre dans un pays où le rire se trouve au coin de la rue. Ici, au Venezuela, chaque jour, chaque heure, chaque seconde nous apporte son lot d’étonnements et de surprises –à commencer par les déclarations de notre cher président, mais c’est là une toute autre histoire…

Cela fait longtemps que chaque fois que je me trouve face à une venezolanada (c’est-à-dire une quelconque manifestation qui serait caractéristique du Venezuela), je me dis que je devrais la photographier, histoire d’en tenir un registre. À la longue, cette collection d’images deviendrait extrêmement intéressante et révélatrice. Mais voilà, non seulement il faut disposer d’un appareil photo sur soi en permanence –heureusement, grâce au cellulaire, cela devient maintenant la règle–, mais encore faut-il pouvoir dégainer très vite dès qu’il se produit quelque chose, et cela c’est moins simple.

J’ai quelquefois eu la chance d’être the right man in the right place, et j’ai bien sûr pris quelques clichés de ce genre très spécial. Je vous les offre ci-dessous.

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Heureusement, d’autres ont eu la même idée que moi et ont créé des sites web qui réunissent des photos de ce même type. Elles illustrent ces instants privilégiés où se manifeste dans toute sa splendeur la vénézolanitude. Les deux sites du genre les plus connus sont Sólo en Venezuela et Venezolanadas, ce dernier ayant en outre son groupe sur le site de partage de photos Flickr, qui permet de recevoir les productions des photographes amateurs des quatre coins du pays. Voici donc une sélection de ces photos, le plus souvent prises en catimini, qui nous montrent un Venezuela étonnant, insolite, quelquefois désopilant :

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Mine de rien, il se détache de toutes ces images une attitude, un style de vie, voire une vision du monde qui caractériserait le Vénézuélien moyen (pour autant que celui-ci puisse exister) : un mélange bizarre d’insouciance, de débrouillardise, de créativité, de joie, de plaisir, de bonheur, avec tout de même une certaine dose de jemenfoutisme, d’inconscience, voire d’irresponsabilité.

Mais le dénominateur commun à toutes ces situations cocasses, c’est le rire et surtout cet énorme clin d’œil pour nous dire deux choses : 1) que la vie vaut la peine d’être vécue et 2) qu’elle n’est vraiment pas sérieuse. Toute une philosophie !

wikileaksLes câbles diplomatiques publiés par WikiLeaks ne manquent pas de révélations intéressantes sur la politique des États-Unis à l’égard du Venezuela. Mais on y trouve aussi quelques perles amusantes qui feront désormais partie de la petite histoire, à défaut de la grande. Des ragots, des commérages apparemment sans importance, mais tout de même révélateurs.

Voyez ce câble émis le 1er octobre 2008 par l’Ambassade des États-Unis à Caracas. Il relate un incident qui s’est produit la veille à bord d’un vol American Airlines, lors de son arrivée au Venezuela.

Un membre de l’équipage aurait diffusé l’annonce suivante :

Welcome to Venezuela. Local Chavez time is…” [Bienvenue au Venezuela. Il est ... h., heure locale de Chávez.]

Il s’agissait d’une allusion pas très diplomatique -c’est le moins que l’on puisse dire-, au changement horaire de trente minutes que le gouvernement vénézuélien avait instauré quelques mois auparavant, en décembre 2007. Seulement voilà : un passager de l’avion n’a pas entendu exactement la même chose. Selon lui, l’annonce disait :

Welcome to Venezuela. Loco Chavez time is…” [Bienvenue au Venezuela. Il est ... H., heure du fou Chávez.]

Il est vrai qu’entre local prononcé à l’anglaise et l’espagnol loco, la différence de prononciation est minime. Cette petite différence allait mener en quelques minutes à un incident diplomatique mineur, de ceux qui viennent empoisonner les relations par des détails de peu d’importance, mais qui révèlent aussi l’extrême sensibilité qui prévaut concrètement dans le rapport entre les deux pays.

Accord à l’amiable

En effet, à la descente de l’avion, la personne qui attendait le passager mécontent n’était autre qu’un membre de l’Assemblée nationale élu sur les listes du PSUV (Parti socialiste unifié du Venezuela). Ce dernier ne s’est pas fait prier pour téléphoner directement au vice-président de la République, qui a immédiatement tout mis en branle pour procéder à la détention des membres de l’équipage de l’avion. Ceux-ci ont dû rester dans l’aire internationale de l’aéroport en attendant la résolution de l’incident.

On ne saura sans doute jamais si le mot prononcé a été local ou loco. En effet, avant que les preuves de l’enregistrement ne soient recueillies, le représentant d’American Airlines au Venezuela est parvenu à un accord à l’amiable avec les autorités vénézuéliennes : l’avion redécollera sans passagers vers les États-Unis avec l’équipage incriminé aussitôt que le plein de carburant sera effectué.

Ainsi en fut-il. Le coût de l’incident était considérable pour la compagnie aérienne : le lendemain matin, le vol 902 de Caracas à Miami a dû être tout simplement annulé.

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