Ces français qui chantent le Venezuela

31 mai 2009

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C’est un lecteur de ce blogue qui m’a mis sur la piste et je l’en remercie (il se reconnaîtra) : plusieurs chanteurs français ont interprété des chansons vénézuéliennes, en particulier des chansons des llanos, une région de très grande richesse musicale.

C’était il y a quelque temps déjà, dans les années 60 et 70 du siècle dernier (ce qui semblera une éternité aux jeunes générations). À l’époque, on ne savait pas d’où provenaient ces airs et ces musiques exotiques. On ne se posait d’ailleurs pas vraiment la question : c’était tout simplement de la « chanson française »! Le concept Musique du monde n’existait pas, celui de mondialisation encore moins.

Il était d’autant plus facile pour certains artistes d’aller piocher çà et là dans les répertoires du monde entier afin de ramener en douce France des chansons aux sonorités venues d’ailleurs. Adaptées au goût français, certaines de celles-ci allaient connaître la gloire des hit-parades dans la catégorie « Chanson française »!

Inconnue du grand public, la musique vénézuélienne a été la source cachée de quelques-uns de ces succès.

hugues_aufray_2Hugues Aufray : pas toujours très éthique

Puisant volontiers dans les musiques traditionnelles d’autres pays, Hugues Aufray a popularisé en France nombre de mélodies basées sur des musiques folk du monde entier. Il interpréta notamment en français (en les édulcorant passablement) plusieurs chansons de Bob Dylan. C’est ainsi qu’en 1965, Hugues Aufray rencontre le succès avec une mélodie particulièrement entraînante, Le Rossignol anglais.

Officiellement, la musique est signée Hugues Aufray et les paroles Pierre Delanoé/Hugues Aufray. Mais il s’agit en fait d’une libre adaptation d’un joropo vénézuélien intitulé Los garceros, dont voici les paroles et une version en espagnol par le chanteur grec George Dalaras (c’est la seule que j’ai trouvée) :

Les auteurs originaux en sont Germán Fleitas Beroes et Juan Vicente Torrealba. Malheureusement, les noms de ceux-ci n’apparaissent nullement sur les disques d’Hugues Aufray, qui continua à interpréter la chanson comme si de rien n’était. Plus tard, il alla même jusqu’à utiliser un cuatro vénézuélien comme instrument rythmique, ainsi que le montre la vidéo suivante :

Quelque temps plus tard,  Hugues Aufray remet ça avec un autre de ses succès, L’épervier :

Sur le disque, la chanson est également signée Hugues Aufray/Pierre Delanoé. Mais ici encore, il s’agit d’une chanson vénézuélienne intitulée El Gavilán. La pièce a été composée par un monument de la musique llanera au Venezuela, Ignacio “Indio” Figueredo. En voici les paroles et les accords, ainsi qu’une interprétation en espagnol :

Dans le cas de ces deux chansons, les paroles ont été totalement transformées par Hugues Aufray et Pierre Delanoé. Il ne s’agit pas d’une traduction de l’original. Rien à dire donc de ce point de vue. Mais pour ce qui est de la musique, c’est autre chose.

Doit-on parler de pillage? De plagiat? Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas très éthique de s’approprier ainsi des compositions des autres sans les citer. Et ne soulevons pas la question la plus brûlante : les compositeurs originaux ont-il reçu des droits pour ce que l’on appellera pudiquement un « emprunt »?

Marie Laforêt : plus authentique

marie_laforet_el_poloLa seconde vedette de la chanson française qui a trouvé son inspiration dans la musique vénézuélienne n’est autre que Marie Laforêt. Toutefois, contrairement à Hugues Aufray, elle ne fait pas d’adaptation des textes en français, préférant interpréter ces chansons dans leur version espagnole et rester fidèle à leur style original.

C’est le cas de la chanson intitulée María Laya, une autre composition d’Ignacio “Indio” Figueredo, dont voici les paroles et accords. Marie Laforêt l’interprète ici dans l’émission télévisée La chance aux chansons (ce qui explique –mais ne pardonne pas!– le ridicule de la mise en en scène). C’était en 1998 :

http://www.youtube.com/watch?v=i5_lfMb7MJA

Plus émouvant, voici –toujours dans cette émission– sa remarquable interprétation de la tonada El Cabrestero (dont voici les paroles et accords), une très belle composition du chanteur vénézuélien Simón Díaz, l’auteur de Caballo viejo :

Enfin, dans sa série Autour du monde, Marie Laforêt a également interprété un polo, une chanson traditionnelle qui appartient au folklore de l’île de Margarita (dont voici les paroles). Le disque est sorti en juillet 1968 :

À César ce qui est à César

Marie Laforêt se révèle nettement plus authentique dans ses interprétations que Hugues Aufray, qui n’utilise les mélodies étrangères que comme simple faire-valoir, sans se préoccuper de leur origine (qu’il ne dévoile d’ailleurs pas). De plus –et c’est tout à son honneur–, Marie Laforêt attribue les paroles et musiques de ses chansons aux auteurs et compositeurs originaux.

Rendons donc à César ce qui est à César et au Venezuela ce qui est au Venezuela. Les Vénézuéliens en seront reconnaissants et seront fiers de voir ainsi leur musique rencontrer le succès au bout du monde.


À Caracas, la corrida n’aura pas lieu

28 avril 2009
Le Nuevo Circo de Caracas

Le Nuevo Circo de Caracas

Héritage des colons espagnols, la corrida est toujours de mise dans plusieurs pays d’Amérique latine, tels que le Mexique, le Pérou, l’Équateur, la Bolivie, la Colombie et le Venezuela. Comme dans la mère-patrie, on y pratique allègrement la mise à mort des taureaux. De ce côté de l’Atlantique, la saison des corridas correspond à la saison morte en Espagne, c’est-à-dire pendant l’hiver européen. C’est donc bien pratique pour occuper les toréadors (dont plusieurs sont latino-américains) et rentabiliser l’activité toute l’année durant.

Au Venezuela, on pratique la corrida dans quelques villes seulement, qui sont dotées de leurs arènes : Maracay, Maracaibo, San Cristóbal, Mérida et quelques autres petites villes de province, notamment dans les Andes. De son côté, la ville de Caracas, longtemps un haut lieu de la tauromachie latino-américaine, vient de dire non aux corridas.

C’est le résultat d’une lutte de plusieurs années entre partisans et adversaires de la fiesta taurina, sur fond, bien entendu, de discussions politiques pas toujours désintéressées.

Joyau architectural

Caracas possède des arènes qui sont un véritable joyau architectural : le Nuevo Circo (photo ci-dessus). Inauguré le 26 janvier 1919, ce bâtiment exceptionnel est l’œuvre des architectes Alejandro Chataing et Luis Muñoz Tébar. Durant des années, il fut le théâtre de centaines de corridas, mais aussi de rassemblements politiques et de manifestations sportives (boxe, lutte libre) et culturelles (cinéma, théâtre). La dernière corrida s’y tint en 1997. Puis la place fut pratiquement abandonnée par ses propriétaires privés. Après moult vicissitudes, le bâtiment fut enfin déclaré bien d’intérêt culturel en 1998, ce qui le sauva in extremis de la démolition. En 2005, la municipalité de Caracas élabore un projet de restauration, grâce auquel on récupère sa façade et sa polychromie originale, dans l’objectif de le transformer en centre artistique et culturel.

C’était sans compter sans les travers de la politique politicienne. En novembre 2008, les élections municipales se soldent par la victoire à Caracas d’Antonio Ledezma, personnalité de l’opposition, qui ne s’était pas privé de faire campagne en faveur du retour des corridas dans la vénérable enceinte. Réponse du berger à la bergère : dès le lendemain de l’élection, l’administration sortante transfère la responsabilité du lieu à la mairie du Libertador, restée, elle, aux mains de l’officialisme.

Guerre déclarée

Depuis lors, la guerre est déclarée sur ce sujet (et de nombreux autres) entre administrations municipales du Libertador et du Grand Caracas. Le président Chávez lui-même intervient : « Le Nuevo Circo est un espace pour le peuple et continuera à l’être », déclare-t-il le 8 mars. Dernier épisode : le 21 avril dernier, les conseillers municipaux de Libertador proclament Caracas « ville anti-taurine », éliminant la possibilité de toute corrida de taureaux sur son territoire.

nuevocircodecaracasJusqu’à nouvel ordre, le Nuevo Circo restera donc un lieu culturel. Il est actuellement administré par le Núcleo Endógeno Artístico Nuevo Circo. Quelque 250 artistes y travaillent et offrent des ateliers de théâtre, de yoga, de danse, de percussion, d’initiation musicale pour enfants et d’arts plastiques. Les artistes de rue y sont particulièrement actifs, donnant au lieu une raison d’être qui correspond à son nom : Nuevo Circo (Nouveau cirque). En effet, le cirque, en tant qu’activité favorisant le développement social, supplante maintenant la corrida.

Caracas est ainsi devenue la deuxième ville anti-taurine du pays (après Carrizal) et la cinquième du continent américain. Elle est aussi la première capitale au monde à se déclarer opposée à la corrida. Ce sont les taureaux qui sont contents!


Le Vergatario : Allo, Chávez?

21 mars 2009
Hugo Chávez présente le "Vergatario" (photo: Bernardo Londoy)

Hugo Chávez présente le "Vergatario" (photo: Bernardo Londoy)

Ce n’est pas un iPhone, un gPhone ou un Blackberry. Non. C’est un cellulaire (ou mobile) tout ce qu’il y a de plus conventionnel. Il s’appelle le Vergatario et est vénézuélien. Il vient d’être lancé par Hugo Chávez en personne, en présence du vice-président chinois Xi Jinping.

Pourquoi tout ce ramdam? Parce qu’il sera vendu au prix imbattable de 30 bolivars (soit 11 euros au change officiel et un peu plus de 4 euros au taux parallèle!). Cela en fait le téléphone cellulaire le moins cher au monde. Il sera produit au Venezuela par la Fábrica Venezolana de Telecomunicaciones (Vetelca),  une entreprise de capital mixte créée récemment, dont 85 % des parts sont détenues par l’État vénézuélien et 15 % par l’entreprise chinoise ZTE. Située dans la zone franche de Paraguaná, dans l’état de Falcón, l’usine doit assembler 600.000 appareils par an. Une seconde usine est en construction à Cúa. De quoi inonder le marché national et exporter l’objet vers plusieurs pays d’Amérique latine.

Le Vergatario n’est sans doute pas un monstre de technologie, mais il contiendra tout de même un reproducteur MP3/MP4, une radio, une caméra, une alarme, un chronomètre, une calculatrice, des jeux, un calendrier, une messagerie de texte et bien sûr… un téléphone! À ce prix, qui dit mieux? Il sera commercialisé à partir du mois de mai prochain par Movilnet, filiale de la compagnie téléphonique CANTV qui avait été (re)nationalisée en 2007. Pour son lancement, une promotion spéciale sera faite à l’occasion de la fête des mères.

Appareil révolutionnaire

What’s the catch? comme disent nos amis anglophones. Où est le truc? C’est Hugo Chávez lui-même qui le dévoile : « Ce type de progrès n’est possible que dans le cadre de la révolution ». Voilà donc le Vergatario promu en tant qu’appareil révolutionnaire –dans le sens politique du mot, bien entendu, plutôt que dans le sens technique. En ce sens, fort de son prix cassé, il doit s’opposer à des concurrents « capitalistes » bien plus chers, offerts par les grandes multinationales de la téléphonie cellulaire –Nokia, Ericsson, Motorola et consorts. Service public contre profit privé, socialisme contre capitalisme, voilà en quelque sorte sa vraie valeur. C’est une sorte de téléphone du peuple, comme la Volkswagen fut, en des temps moins cléments, la voiture du peuple.

Et pourquoi pas? Parallèlement, la compagnie téléphonique nationale CANTV développe son réseau mobile dans de nombreuses régions rurales du pays jusqu’alors négligées, faute de rentabilité, par les compagnies privées. Par ailleurs, le satellite vénézuélien Simón Bolívar, construit par la Chine et lancé l’année dernière, permet l’accès aux télécommunications dans les régions les plus éloignées, en particulier l’immense Amazonie, où il est exclu d’installer des antennes conventionnelles. Le Vergatario est donc un élément supplémentaire dans le cadre d’un vaste plan qui vise à permettre aux plus défavorisés de communiquer dans la modernité. Que celui qui est contre lance la première pierre!

Eh bien, figurez-vous qu’il y en a qui lancent la pierre… Les mauvaises langues de l’opposition n’ont pas tardé à déblatérer sur l’initiative de la CANTV en affirmant que le Vergatario était technologiquement dépassé par rapport aux smartphones de ce monde –snobisme oblige! Plus grave et plus pervers, ils ajoutent que l’appareil servira surtout à espionner les conversations de ses utilisateurs. Décidément, la psychose collective n’est pas morte du côté de l’opposition!

La verve du président

Un dernier mot sur le nom même de l’appareil : Vergatario. On entre ici dans le domaine de la vénézolanité la plus pure. En réalité, son vrai nom est ZTE 366, du nom de son fabricant chinois. Mais c’est Hugo Chávez en personne qui, avec sa verve habituelle, lui a donné publiquement le nom de Vergatario. Que veut dire ce mot? Au Venezuela, il désigne quelque chose de très bon, d’excellent. En français, on pourrait traduire cela par « le battant ». Toutefois. le choix du vocable a déjà fait énormément causer dans le monde hispanophone. Il dérive en effet du mot verga qui veut dire verge, dans toutes les acceptions du terme, y compris les sexuelles. L’expression de verga désigne le plus souvent quelque chose de mauvais. Au Venezuela, elle a basculé sémantiquement vers son contraire, puis a donné vergatario, terme qui contient une connotation indéniablement positive.

Pour ces raisons sémantiques, il est donc peu probable que l’appareil soit commercialisé à l’étranger sous le nom de Vergatario. Mais au Venezuela, le nom du téléphone est déjà définitivement adopté : ce ne sera pas le ZTE 366, mais le Vergatario, le Vergatario de Chávez!


L’Aéropostale de Mermoz et Saint-Exupéry vole encore (mais pour combien de temps?)

18 mars 2009
Les destinations de l'Aéropostale

Les destinations de l'Aéropostale

Saviez-vous que la légendaire Compagnie générale aéropostale (communément appelée Aéropostale), celle de Jean Mermoz et d’Antoine de Saint-Exupéry, continue à voler? Ou plus exactement, que l’une de ses descendantes existe toujours et opère au Venezuela sous le nom commercial d’Aeropostal?

On connaît l’histoire de l’Aéropostale. Créée en 1927 à la suite de la reprise par Marcel Bouilloux-Lafont des activités de la Société des lignes Latécoère, la compagnie allait s’atteler à réaliser le rêve de Pierre-Georges Latécoère : relier la France à l’Amérique du Sud par voie aérienne.

Les premières liaisons mènent de la France à l’Afrique de l’Ouest (1925), alors en grande partie colonie française. Parallèlement, la compagnie développe ses activités au Brésil (1927), puis en Argentine et au Chili (1929). Mais entre les deux continents, il faut franchir l’Atlantique. Au départ, l’acheminement du courrier se faisait par voie maritime, ce qui augmentait considérablement les délais de livraison. C’est finalement les 12 et 13 mai 1930 que Jean Mermoz traverse pour la première fois l’Atlantique Sud, une véritable gageure à l’époque. Il rend ainsi possible la première liaison aérienne entre l’Europe et l’Amérique du Sud. Dans Vol de nuit (prix Fémina 1931), Antoine de Saint-Exupéry fait le récit romancé de ces débuts héroïques de l’aviation commerciale en Amérique latine.

Périlleuse traversée des Andes

La ligne principale de l’Aéropostale relie Toulouse à Santiago du Chili, avec de multiples escales en Espagne, au Maroc, en Mauritanie, au Sénégal, la traversée de l’océan de Saint-Louis (Sénégal) à Natal (Brésil), puis de nouvelles escales le long de la côte brésilienne jusqu’à Buenos Aires. Enfin, il fallait effectuer la périlleuse traversée de la Cordillère des Andes pour arriver à Santiago (voir carte ci-dessus).

Latécoère 28

Latécoère 28

Une ligne secondaire remonte la côte du Brésil depuis Natal jusqu’aux Guyanes, d’où elle se prolonge jusqu’au Venezuela et la Colombie. Le Venezuela, en particulier, est considéré place stratégique pour faire parvenir le courrier dans les Antilles françaises, Martinique et Guadeloupe, liaison qui devient réalité le 3 juillet 1929. Les premiers vols sont assurés par des Latécoère 26 et 28, qui opèrent depuis les aéroports Boca de Río de Maracay et Grano de Oro de Maracaibo.

En 1930, l’Aéropostale employait 1500 personnes (dont 51 pilotes) et possédait une flotte de quelque 200 avions et 17 hydravions, un capital humain et matériel qui était loin d’être négligeable. Mais l’année suivante, la compagnie, victime de la crise économique et du manque d’appui gouvernemental, est mise en liquidation. En 1933, le gouvernement français oblige les compagnies aériennes nationales à se regrouper. C”est la naissance d’Air France. Dans la foulée, les actifs de l’Aéropostale sont repris par la nouvelle compagnie.

Aux mains vénézuéliennes

Pas tous les actifs cependant. Au Venezuela, le gouvernement du général Juan Vicente Gómez rachète le 31 décembre 1933 une partie des actifs de l’Aéropostale. La compagnie continue à être gérée par du personnel français sous la direction de Robert Guérin, officier français qui assurait la tâche de conseiller technique de l’armée de l’air vénézuélienne. Le 1er janvier 1935, elle passe définitivement aux mains vénézuéliennes sous la direction du commandant Francisco Leonardi. Elle change aussi de nom et s’appellera désormais Linea Aeropostal Venezolana (LAV).

Ancien logo de LAV

Ancien logo de LAV

En 1937, le gouvernement prend le contrôle intégral de la compagnie en la recapitalisant. Les vieux Latécoère sont remplacés par des Fairchild 71 et des Lockheeed L-10 Electras. Au fil des années, la flotte ne cesse de se moderniser : Douglas DC-3 et DC-4 (premiers vols internationaux vers Boa Vista au Brésil et Aruba dans les Antilles néerlandaises), Lockheed Constellation (premier vol vers New York en 1947) et Super Constellation, Vickers Viscount 701 (1956), Douglas DC-8 et DC-9.

À la suite de la création d’une nouvelle compagnie nationale, Viasa, dont elle possède 51 % du capital, la Linea Aeropostal Venezolana abandonne ses vols internationaux au début des années soixante, pour se consacrer uniquement aux vols intérieurs. Elle simplifie aussi son nom en Aeropostal.

Triste fin

Logo actuel

Logo actuel

En août 1994, Aeropostal cesse ses opérations commerciales. Deux ans plus tard, elle est vendue au groupe privé Corporación Alas de Venezuela et reprend ses opérations le 7 janvier 1997. Les débuts sont prometteurs puisque des vols internationaux sont à nouveau programmés vers l’Amérique du Nord et l’Europe.

Mais une gestion douteuse jointe à un climat économique incertain ont raison de la compagnie privatisée. À la fin de 2007, à la suite d’un conflit de travail et de démêlés avec le gouvernement, sa flotte est réduite de 22 à seulement 3 avions. La compagnie, surveillée de près par les autorités aéroportuaires du pays, va de crise en crise. Au début de 2008, elle est revendue à un groupe d’investisseurs vénézuéliens, le groupe Makled. Elle n’est pas sauvée pour autant : récemment, plusieurs membres de la famille Makled ont été inculpés de trafic de drogues, de blanchiment d’argent et même d’assassinat. Deux d’entre eux sont aux mains de la justice et le troisième est recherché par Interpol.

En 2009, Aeropostal vole encore, mais pour combien de temps? Triste fin pour celle qui fut la deuxième compagnie aérienne d’Amérique latine (après la colombienne Avianca), et la descendante directe de la mythique Aéropostale de Mermoz et Saint-Exupéry.
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Pour en savoir plus :

  • Visionner ce très beau documentaire réalisé à l’occasion du 80e anniversaire de la fondation de l’Aéropostale
  • Acheter Vol de nuit d’Antoine de Saint-Exupéry, sur Amazon.fr
  • Voir d’autres ouvrages en français sur l’Aéropostale

Ascenseur pour l’abattoir

1 mars 2009
L'abattoir démoli à El Molino

L'abattoir en démolition à El Molino

La semaine de l’amour est terminée. Et, je peux vous le dire, l’amour ne se porte pas trop mal au Venezuela. Ou tout au moins le sexe. Une petite anecdote glanée lors de mon récent passage par El Molino, un minuscule village des Andes vénézuéliennes, vient, si besoin en était, le confirmer.

On démolit l’abattoir de El Molino (photo). Le bâtiment se trouvait à l’une des sorties du village, une sortie plutôt discrète puisqu’il s’agissait de l’ancien chemin vers Capurí, qui n’est plus guère utilisé depuis la construction de la route asphaltée. C’était une construction tout à fait sommaire : quatre murs et un toit. Cela suffisait pour y sacrifier de temps en temps un animal, dont la viande était vendue dans l’unique boucherie du village.

La raison de la démolition? Le manque d’hygiène? La trop grande proximité du village? Les cris de la bête qui dérangeaient les voisins? Vous n’y êtes pas. Ce sont d’autres cris qui dérangeaient les voisins : les soupirs et ahanements de jeunes couples qui s’y livraient, dit-on, à des jeux interdits. L’abattoir était en effet devenu, prétendent les moralistes du village, le lieu de rencontre de couples en mal d’amour ou en désir de sexe. Et les moralistes ont gagné : ils ont obtenu des autorités que l’on démolisse purement et simplement le lieu du crime.

Morale et libertinage

Crime? Mettons-nous à la place des jeunes couples en question. Ils vivent dans une société où la morale est reine (il faut sauver les apparences), mais où le libertinage est la règle. Un pays où les passions se vivent à fleur de peau et où le sexe en est l’expression la plus directe. En effet, le sexe –camouflé au mieux en amour– est partout. Pas seulement à la télé, dans ces interminables telenovelas qui, si elles dissimulent l’acte, ne parlent en fait que de ça. Pas seulement dans les pubs toutes aussi aguichantes les unes que les autres. Pas seulement sur les plages, généralement très déshabillées (quoique jamais nues –la moralité je vous dis). Pas seulement non plus dans l’urbanité ou la modernité. Non, il est littéralement partout. Même dans les villages andins réputés constituer la réserve morale du pays. Même dans le passé supposé être plus prude que notre présent.

Ainsi, dans ce même village de El Molino, on me raconte qu’auparavant les jeunes couples se rencontraient dans les champs d’arvejas (une variété de pois). C’est qu’on décortiquait cette légumineuse sur le lieu même de la récolte pour en recueillir la graine comestible. Les gousses étaient alors amoncelées sur place en d’énormes montagnes bien moelleuses.

C’était là le lieu privilégié des amours d’antan, bien à l’écart du village. Les amoureux s’enfouissaient dans la montagne végétale pour s’y rencontrer en toute quiétude. Parfois, racontent les plus impertinents, plusieurs couples y officiaient en même temps et il se produisait, volontairement ou involontairement, l’un ou l’autre échange de partenaire… On n’a décidément rien inventé.

Substitution

Malheureusement pour la jeunesse actuelle, on ne cultive presque plus d’arvejas à El Molino. Les cultures commerciales de la pomme de terre, du poivron et du apio criollo (Arracacia xanthorrhiza) ont remplacé cette légumineuse qui constituait pourtant l’une des bases de l”alimentation dans les Andes.

Pour le meilleur ou pour le pire, l’abattoir du village a donc servi de lieu de substitution. Reconnaissons que le romantisme y a beaucoup perdu! Dans le passé, un amoureux pouvait dire à sa belle : « Mon amour, on va à la récolte des petits pois? ».  C’est tout de même plus engageant que d’inviter sa petite amie en lui disant : « Mon cœur, on va à l’abattoir? »


L’antéchrist proclame la semaine de l’amour

16 février 2009

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Hugo Chávez a gagné. Il y en a au moins un qui n’est pas content : c’est ce monsieur surpris hier, en pleine circulation référendaire, avec cette superbe inscription sur sa voiture : Díle no al anticristo [Dis non à l'antéchrist]. Eh bien, le pauvre a dû se rendre à l’évidence : l’antéchrist a obtenu 54,85 % des voix!

Ce n’est sans doute pas sa plus grande victoire, en terme de pourcentage. 45,15 % des Vénézuéliens ont voté non, ce qui n’est tout de même pas négligeable. La division du pays en deux reste donc d’actualité. Et les résultats confirment ce que l’on savait déjà : c’est dans les zones rurales que Chávez récolte ses plus beaux scores, tandis que dans les régions les plus urbanisées, l’opposition fait mieux que se défendre : elle gagne.

Paradoxalement, cela prouve que Chávez peut bel et bien perdre une élection et que, par conséquent, toute accusation de dictature est totalement déplacée. Par ailleurs, une petite analyse sociologique des résultats s’avère absolument nécessaire de la part du président s’il veut conserver ou amplifier sa part d’électorat à long terme. On ne gouverne pas, cher Hugo, qu’avec ses seuls partisans, il faut aussi savoir se gagner les autres, sous peine d’usure inéluctable du pouvoir.

Rompu à la discipline

Justement, maintenant que le président a obtenu ce qui lui tenait le plus à cœur –à savoir la possibilité d’inscrire son action dans la durée–, on peut espérer qu’il va s’attaquer à ce qui préoccupe le plus la population : l’insécurité. En effet, on s’explique mal comment un militaire rompu à la discipline comme Chávez a jusqu’à présent été incapable de s’attaquer à ce fléau qui frappe toutes les classes sociales, y compris les plus pauvres. Il y a fort à parier que s’il réussissait à contrôler et diminuer la criminalité galopante de ce pays, il récolterait 10 % de voix supplémentaires.

L’a-t-il compris? En tout cas, dans son discours de la victoire tenu depuis le « balcon du peuple » du palais de Miraflores, il a affirmé qu’il allait maintenant se consacrer en priorité à la lutte contre la criminalité et la corruption. Il lui reste donc à prouver qu’il contrôle aussi bien la police (les polices) et l’administration que l’armée. C’est apparemment beaucoup plus difficile.

Gouaille

Dans le même discours, Hugo Chávez a confirmé que la semaine qui commence sera la « semaine de l’amour ». On retrouve ici la gouaille typique du personnage. Expliquons en deux mots : le 14 février, jour de la Saint-Valentin, était aussi la veille du référendum. Comme d’habitude avant les échéances électorales, c’était ce qu’on appelle ici un día seco [jour sec], c’est-à-dire une journée où toute vente d’alcool est interdite, y compris dans les restaurants. La mesure était dure à accepter pour les millions d’amoureux de ce pays!

En compensation, Hugo Chávez avait promis à ses partisans de proclamer une « semaine de l’amour » aussitôt après sa victoire. Il a tenu parole.

Pas de doute : c’est un vrai antéchrist!


Le petit Jésus est de retour

22 novembre 2008
Les tonalités du "campin melao" annoncent Noël

Jolies tonalités

Le petit Jésus est de retour! Noël est proche! Et comment je le sais? Non, ce n’est pas la froidure qui me le dit, encore moins les premiers flocons… Ici, la température reste imperturbablement la même à longueur d’année et les flocons ne tomberont jamais. Le climat frise la monotonie, à tel point qu’il faut y réfléchir à deux fois pour savoir à quelle époque de l’année on se trouve. Alors, c’est quoi qui m’annonce Noël?

Eh bien, un simple coup d’œil sur les flancs des montagnes qui m’entourent me dit que Noël arrive!  À chaque novembre, cela ne rate pas : l’herbe du petit Jésus, comme on l’appelle ici, colore de ses tonalités pourpres le paysage environnant.

capin melao

Capín melao

L’herbe du petit Jésus, c’est ce qu’on appelle dans le reste du Venezuela le capín melao, (parfois écrit capím melao). Ailleurs on la connaît sous le nom de capim gordura (Brésil); ikivutavuta (Burundi); cimvurabo (République démocratique du Congo); Brazilian stinkgrass, dordura grass, efwatakala grass, gordura grass, honey grass, molasses grass, stink grass, w(h)ynne grass (États-Unis); herbe à miel, herbe de mélasse, mélinis (France); Venezuela grass (Inde); puakatau (Polynésie); yaragua (Colombie); calinguero (Costa Rica); melado (Cuba); yerba agua (République dominicaine); yerba melao (Porto Rico); chopín, pasto de gordura, gordura (Amérique du Sud); futaute (Tanzanie). Pour mettre tout le monde d’accord, les scientifiques la connaissent sous le nom de Melinis minutiflora.

Originaire d’Afrique

Cette plante est une graminée pérenne originaire d’Afrique. De là, elle est passée au Brésil, puis, dès 1860, elle aurait été introduite au Venezuela, si l’on en croit une publication du ministère de l’agriculture du Brésil. Toujours est-il que maintenant elle fait partie intégrante du paysage dans la plupart des régions du pays. En effet, peu exigeante, elle s’adapte à une grande variété de sols et de conditions et se diffuse rapidement. C’est ce qui explique par ailleurs son ample diffusion dans de nombreux pays tropicaux.

capin melao

Melinis minutiflora (capín melao)

Ailleurs dans le monde, elle est considérée comme une plante fourragère et on la cultive à cet effet. De plus, son odeur forte est sensée repousser les insectes, les tiques et les serpents. Au Venezuela, au Brésil, en Colombie, on la considère en revanche comme une plante « nuisible », car elle est naturellement envahissante (elle se disperse facilement) et se révèle être un frein à la biodiversité. De plus, facilement inflammable en période sèche, elle est à la source de nombreux incendies de végétation. Enfin, elle cause des allergies de type rhume des foins.

Voilà pour l’étude scientifique. Mais pour moi et pour le commun des mortels dans les Andes, la Melinis menutiflora sera toujours la hierba del niño Jesús [l'herbe du petit Jésus], celle qui enrobe les montagnes de sa jolie couleur et annonce, à coup sûr, que Noël est proche.

Car à défaut de Noël blanc, le Noël est pourpre au Venezuela, ce qui n’est pas plus mal.

Jolies couleurs

Noël pourpre