Category: Etonnant


Le bonheur au Venezuela

Le bonheur au Venezuela

Regarder le Venezuela par le petit bout de la lorgnette, cela vous dit ? Ce petit bout-là en dit parfois plus que le grand. Voyons voir.

  • Le Venezuela a l’essence la moins chère de la planète : là-dessus, je ne vous apprends rien, j’en ai déjà parlé abondamment dans ce blog. Mais la publication récente d’une étude mondiale sur le prix de l’essence a relancé l’intérêt sur la question, au moment où le prix de l’essence en Europe frôle les 2 euros. Et encore : s’agissant du Venezuela, cette étude calcule plutôt large. Elle estime le prix du litre d’essence au Venezuela à 0,017 euro. Le chiffre est correct si on calcule au taux de change officiel. Mais si on calcule au taux de change parallèle, plus proche du marché réel, il est en réalité de 0,008 euro. Retenez votre souffle : c’est plus de 200 fois moins cher que dans la plupart des pays européens (de façon plus imagée, pour le prix d’un litre d’essence en Europe, les Vénézuéliens en reçoivent la bagatelle de 200) !
  • Le Venezuela consomme 254 % plus d’électricité que la Colombie : Un rapport du ministère de l’Énergie vénézuélien révèle que la consommation par habitant d’énergie électrique s’établit au Venezuela à  3900 kilowatts-heure (kWh), soit 85 % de plus que la consommation au Brésil (2.100 kWh) et 254 % de plus qu’en Colombie (1.100 kWh), le pays voisin. Ces chiffres en disent long, non tant sur le niveau de développement du pays, que sur le niveau de gaspillage. Comme par hasard, le prix de l’électricité au Venezuela est également l’un des plus économique au monde : 10 US$ le mégawatt-heure contre 280 US$ au Brésil. Le ministère en profite pour dire que les gros consommateurs d’électricité font partie des classes aisées, alors que le secteur populaire ne consommerait que 6 % de la consommation totale. C’est de bonne guerre.
  • Le taux de pénétration de Twitter au Venezuela est le cinquième au monde : selon la firme Comscore, avec un taux de pénétration de 21 %, le Venezuela se situe en cinquième place mondiale après les Pays-Bas (26,8 %), le Japon (26,6 %), le Brésil (23,7 %) et l’Indonésie (22,0 %). Le pays n’est pas en reste avec Facebook, où il se trouve en septième position mondiale en terme de taux de pénétration, après les Philippines, la Turquie, Israël, le Chili, la Malaisie et l’Argentine. Le premier pays européen, la Finlande, n’arrive qu’en quinzième position. Ces statistiques indiquent que les Vénézuéliens sont non seulement très branchés, mais encore très communicatifs, comme la plupart des latino-américains d’ailleurs. Les chiffres reflètent aussi que le fait qu’au Venezuela, 71 % de l’utilisation d’Internet est le fait de jeunes de 15 à 34 ans, contre 62 % pour l’ensemble de l’Amérique latine et 53 % seulement pour l’ensemble du monde.
  • obésité

    Obésité : des causes connues

    Le taux d’obésité au Venezuela est le sixième au monde: avec 29,6 % de sa population de plus de 15 ans considérée comme obèse, le Venezuela se situe en sixième position mondiale. C’est le Koweit qui arrive en tête de liste, suivi des États-Unis, tandis que le Mexique, en cinquième position, est le premier parmi les pays latino-américains. Mais les études de prospective ne sont guère encourageantes : on prévoit qu’en 2020 six des pays ayant la plus grande population d’obèses au monde seront latino-américains : le Venezuela, le Guatemala, l’Uruguay, le Costa Rica, la République dominicaine et le Mexique. Le Venezuela passera alors à la troisième position mondiale avec 41,6 % d’obèses. Les causes du problème en sont connues : une combinaison de rations alimentaires toujours plus abondantes, mais de moindre qualité nutritionnelle, une cuisine nationale centrée sur la friture, le sel et le sucre, un sédentarisme toujours plus fort encore accentué par la chaleur (et la consommation effrénée de bières et autre boissons rafraîchissantes), sans compter l’imitation paradigmatique du mode de vie de la classe moyenne américaine. Bonjour les dégâts !

  • Le Venezuela est le cinquième pays le plus heureux au monde : Selon le sondage Gallup publié récemment par le Washington Post, le Venezuela se trouve en cinquième position de la liste des pays dont la population est la plus heureuse au monde, à égalité avec la Finlande. Les précèdent le Danemark (1er), la Suède (2e), le Canada (3e) et l’Australie (4e). 64 % des Vénézuéliens ont déclaré que leur bien-être s’améliorait. Comme quoi ce n’est pas l’extrême dichotomie politique divisant la société vénézuélienne entre chavistes et anti-chavistes qui empêche le bonheur !

Toutes ces statistiques sont à prendre avec un (gros) grain de sel, bien entendu. Vous pourrez faire entre elles les corrélations que vous voulez, du style “les Vénézuéliens sont les plus heureux parce qu’ils sont les plus obèses“, “les Vénézuéliens sont les plus obèses parce que leur essence est la moins chère au monde“,  ou encore “les Vénézuéliens sont les plus obèses parce qu’ils consomment plus d’Internet“. Je vous laisse l’entière responsabilité de ces conclusions hâtives dignes d’un sociologue de bas étage…

Pour ma part, je voulais seulement vous montrer quelques insignifiances que j’ai pu entrevoir par le petit bout de la lorgnette, rien de plus.

Capsules de bière Polar

Les capsules et leur numéro

Supposez que vous ayez une vache à vendre. Vous ne voulez pas publier de petite annonce aux résultats incertains, ni faire du bouche à oreille en espérant qu’un candidat se présente dans un mois, dans deux mois, dans un an… Vous cherchez donc une méthode de vente expéditive. Je vous en présente une, que j’ai découverte à Mesa de Quintero, un village des Andes vénézuéliennes.

En premier lieu, achetez une caisse de bière Polar, la préférée des Vénézuéliens. Ensuite, donnez un petit coup de fil à vos amis et connaissances pour leur dire que vous organisez une tombola dont le premier et unique prix est une vache. Précisez le lieu, la date et l’heure du tirage et dites-leur que le résultat est instantané. Vous n’aurez aucune peine à recruter des amateurs, l’idée de la tombola va les émoustiller et ils savent que vos vaches sont  en excellente santé. Attention cependant ! N’invitez pas plus de 36 personnes, sans quoi votre plan tombera à l’eau, pour les raisons que vous connaîtrez bientôt.

Les règles du jeu

Caisse de bière Polar

La caisse de Polar

Au jour et à l’heure dite, vos amis sont chez vous, la vache est dans le pré d’à côté. Réunissez ce petit monde autour de la caisse de bière, ils vous en seront reconnaissants. Expliquez-leur alors les règles du jeu : les bouteilles de bière serviront de “billets” de tombola. Elles seront en vente au prix de 100 bolívars chacune (environ 10 euros, soit 20 fois plus cher que la même bouteille achetée dans le commerce). Sur la face interne de chaque capsule, il y a un numéro. Celui qui aura le numéro le plus élevé remportera la vache. Simple, non ?

Sachant qu’une caisse de Polar contient 36 bouteilles (d’où le nombre de 36 participants à ne pas dépasser), vous récolterez au bout du compte 3600 bolívars, soit le prix d’une vache, plus un petit bénéfice bien mérité.

Autant vous dire qu’en quelques minutes, le gagnant sera connu. Il n’aura plus qu’à emporter la vache, tout heureux d’avoir fait une bonne affaire. Quant aux perdants, ils auront passé un bon moment et seront prêts à recommencer ! Chez l’un comme chez les autres, il est à parier que la Polar continuera à couler à flot, à un tarif normal cette fois.

Lumineuse idée

Vous n’avez pas de vache ? Vous pouvez tenter le coup avec un cheval, une moto, un iPhone, un iPad, une BMW, que sais-je encore ? Il vous suffira d’ajuster le prix de vente de la bouteille en fonction du coût de l’objet, augmenté du petit bénéfice que vous voudrez bien vous accorder. Vous n’avez pas de bolívars ? Adaptez le jeu à votre monnaie !

Le plus dur sera sans doute de vous procurer une caisse de Polar. À moins que le fabricant de votre bière locale n’ait aussi la lumineuse idée de graver un numéro minuscule sur le côté pile de ses capsules. Jetez-y un coup d’œil à tout hasard, vous me direz.

Je garde la question philosophique pour la fin : à quoi peut donc bien servir ce numéro ? À promouvoir des tombolas illégales et à semer la zizanie au cœur du socialisme du 21e siècle ?

Puente Unión entre Puerto Santander (Colombia) y Boca del Grita (Venezuela)

Le pont international Unión entre Puerto Santander (Colombie) et Boca del Grita (Venezuela)

Je suis allé hier en Colombie. Enfin, en Colombie, c’est beaucoup dire : je suis allé à Cúcuta, la ville frontière qui est presqu’aussi vénézuélienne que colombienne. La ville a toujours vécu du commerce avec le Venezuela, même si les échanges ont baissé d’intensité depuis quelques années, en raison d’un taux de change devenu défavorable pour les Vénézuéliens. Il n’empêche : aller à Cúcuta reste une sorte de pélerinage commercial traditionnel pour les habitants de l’ouest du Venezuela.

Franchir la frontière est toujours une aventure incertaine. Non pas que ce soit difficile : il suffit de passer le pont. Pas de contrôle sur le lieu même ! On passe comme si de rien n’était, sans montrer la moindre identification. Par contre, sur la route avant et après le franchissement, il y a des tas de petits contrôles –par la Garde nationale, par l’armée, par la police, par on ne sait qui… C’est que cette zone frontalière entre le Venezuela et la Colombie est particulièrement chaude. Le secteur est non seulement le lieu de toutes les contrebandes, petites et grandes, mais il sert aussi de refuge aux multiples groupes de guerrillas et de paracos (paramilitaires) qui officient en Colombie.

À première vue

Pimpinero à Cúcuta (Colombie)

"Pimpineros" à Cúcuta

De tout cela, on ne voit rien d’explicite. Tout semble à première vue normal. Mais une multitude de petits indices montrent bien qu’on se trouve dans un lieu bizarre. Exemple : les stations services situées au Venezuela sont presque toujours fermées, mais une multitude de voitures immatriculées au Venezuela, toutes aussi déglinguées les unes que les autres, sont patiemment alignées devant les pompes. Les conducteurs sont absents. À la prochaine livraison d’essence, ils apparaîtront de nulle part et la ronde se mettra en branle, jusqu’à épuisement des stocks. Les vieilles carcasses feront le plein, franchiront le pont, déchargeront leur précieux carburant du côté colombien, repasseront la pont, referont le plein, et ainsi de suite. L’essence ainsi collectée « légalement » sera revendue par des centaines de pimpineros (vendeurs d’essence en bidon) le long des routes colombiennes.

Tout ce petit jeu s’explique lorsque l’on sait que l’essence se vend à un prix 110 fois plus élevé (vous avez bien lu) en Colombie qu’au Venezuela -où, comme chacun sait, elle est la moins chère au monde ! Bénéfices garantis donc pour toute une chaîne de petits et grands trafiquants, souvent contrôlés par une mafia de l’essence.

Chemin de traverse

Pour varier les plaisirs, je ne me suis pas rendu à Cúcuta par la voie royale et classique San Cristóbal-San Antonio, mais par Puerto Santander, plus au nord. Il s’agit d’un chemin de traverse qui s’est révélé bien intéressant : de petites routes rurales étroites et mal renseignées mènent à un pont remarquable, le pont Unión. Remarquable, car il a une structure métallique anormalement solide (vu le gabarit des routes qui y mènent), et une seule voie de passage.

Le pont Unión entre Puerto Santander (Colombia) y Boca del Grita (Venezuela)

Le pont de chemin de fer

Une recherche m’a fait découvrir qu’il s’agit d’un ancien pont de chemin de fer construit dans les années 20, lorsque les gouvernements colombien et vénézuélien décidèrent de construire une jonction entre les chemins de fer de Cúcuta et du Táchira. Et tout devient clair tout à coup : l’énorme bâtiment que l’on croise en venant du Venezuela n’est autre que l’ancienne gare et ses dépôts. Le passage étroit qui fait figure de rue principale du côté colombien suit l’ancien tracé de la voie de chemin de fer. La liaison ferroviaire a été désaffectée au début des années 1960 et le pont a été ouvert aux véhicules en 1989.

Le souk et le farniente

Le pont Unión franchit le río La Grita. D’un côté, c’est Boca del Grita et le Venezuela; en face, c’est Puerto Santander et la Colombie. Bien que la frontière et le pont ne constituent guère un obstacle pour la population locale, qui déambule librement d’une rive à l’autre, on constate des différences significatives entre les deux pays. Du côté colombien, c’est le souk, un vaste marché très animé qui s’étend le long de la rue principale, où l’on a l’impression que tout le monde vend de tout. Du côté vénézuélien, on est au contraire frappé par le calme qui règne, le farniente apparent des quelques habitants que l’on croise.

Pont Union entre Venezuela y Colombia (Puerto Santander)

Vue aérienne : la Colombie à gauche, le Venezuela à droite

Et on se prend à penser : serait-ce là l’expression de la quintessence de chacun des deux pays ? Une Colombie « libérale » où les plus pauvres doivent travailler pour survivre et où la débrouille quotidienne est nécessaire à l’existence. Un Venezuela « assisté » où chacun attend de l’État –plutôt patiemment, d’ailleurs– les solutions à sa vie, et où le travail apparaît plus comme un encombrement qu’une valeur. Les choses ne sont sans doute pas si simples, car en ce lieu tout se mélange : il y a sans doute des Vénézuéliens qui vendent des babioles sur le marché colombien, et des Colombiens qui vont se faire soigner gratuitement dans le dispensaire du côté vénézuélien. Il n’empêche, le contraste reste évocateur.

Épiphénomène

Tels sont quelques-uns des enseignements que j’ai pu tirer des quelques heures passées dans le pays frère, comme on dit au Venezuela. L’expression pays frère désigne d’ailleurs bien la réalité de cette frontière politique qui n’a rien de sociologique. En effet, une histoire et une culture communes ont réuni pendant des siècles les populations de part et d’autre de la frontière. Ce n’est pas une frontière instaurée plus ou moins artificiellement il y a moins de deux siècles, en 1830, qui, par un coup de baguette magique, va séparer des populations aux racines identiques.

Même si la politique fut (et reste) très différente de part et d’autre de la ligne, elle n’est ici qu’un épiphénomène avec lequel on pourra toujours s’accommoder.

Hugo Chávez t-shirt casquette

Hugo Chávez sous toutes ses formes : au choix...

Tu l’aimes ou tu le hais ? Je parle de Hugo Chávez, bien entendu, de qui d’autre ? Car ce n’est pas qu’on l’apprécie, on l’aime. Et ce n’est pas qu’on le déteste, on le hait.

Ainsi va le Venezuela : divisé en deux groupes antagonistes, irréconciliables. Deux groupes qui ne se parlent pas. Pire : ne se comprennent pas. Les sondages les placent à égalité presque complète : 50 % – 50 %.

Ainsi va la politique dans ce pays : elle est une question d’amour ou de haine, et très subsidiairement une question de réflexion logique ou de raison. La récente révélation de l’état de santé de Hugo Chávez en a encore donné une preuve sans égale : manifestations d’amour inconditionnel d’une part, haine sans le moindre égard pour la souffrance d’une personne d’autre part.

“Hugo Chavez”, cela se vend

I Love Hugo Chávez

Je l'aime

Les marchands du temple ont tôt fait de profiter de cette dichotomie amour/haine, qui , avec un personnage aussi pétulant que Hugo Chávez, a un potentiel commercial sans égal.  D’autant plus que l’amour-haine s’étend bien au-delà des frontières du Venezuela : parmi les Vénézuéliens vivant à l’étranger, bien entendu (chez qui la haine l’emporte généralement sur l’amour), mais aussi parmi tous ceux qui, dans nos pays occidentaux, ont une quelconque opinion sur Chávez et le chavisme (et chez eux aussi, la haine est plutôt forte, influencée qu’elle est par l’image peu reluisante de Chávez que donnent massivement les médias conventionnels).

Hugo Sucks

Je le hais

Car “Hugo Chavez”, cela se vend, et bien. Prenez par exemple Zazzle, un site marchand qui permet au commun des mortels de concevoir des produits personnalisés et de les vendre en ligne. Sur ce site, tapez “Hugo Chavez” et vous obtenez pas moins de 274 objets dédiés au personnage!

Les T-shirts se taillent la part du lion, comme de juste, mais on trouve aussi des casquettes, des porte-clés, des cravates, des baskets, des tasses, des adhésifs, des étuis pour iPhone, des tapis de souris,  des pins, des posters, des tabliers, des sacs, etc., tous allusifs d’une manière ou d’une autre au président du Venezuela. Ces bricoles se vendent à des prix qui ne sont pas vraiment donnés.

Équipés de ces gadgets, vous pourrez alors arborer à tous vents votre amour ou votre haine du personnage. Mais vous montrerez aussi que vous n’avez pas un esprit très critique et que vous vous contentez d’aimer ou de haïr. Un peu court, vous ne trouvez pas ?

timbres - drapeaux du Venezuelatimbres - drapeaux du Venezuela (1821-2006)

Le Venezuela, comme beaucoup de pays d’Amérique latine, fête cette année le 200e anniversaire de sa déclaration d’indépendance. C’était le 5 juillet 1811 : profitant de la déconfiture de la couronne d’Espagne suite à l’invasion napoléonienne de la péninsule, les représentants de sept provinces appartenant à la Capitanía General de Venezuela, signent l’Acte de la déclaration d’indépendance et établissent une nouvelle nation basée sur les principes républicains.

Il faudra encore dix années ans d’une guerre interminable (1811-1821) et la transition par la Grande Colombie (1821-1831) pour que le Venezuela devienne enfin une république indépendante. Trente ans plus tard, le pays traversera encore une guerre civile dite Guerra Federal (1859-1863). Il connaîtra encore de nombreuses vicissitudes politiques au long des 19e et 20e siècles, jusqu’à nos jours.

Symbole fort

Cette histoire mouvementée se reflète dans la collection de drapeaux qu’a connus le pays depuis le début de sa lutte pour l’indépendance, à la fin du 18e siècle. On sait que le drapeau est à la fois signe de ralliement pour les combattants et symbole fort d’une nation. Au fil des luttes politiques qui furent les siennes, le Venezuela en a usé et abusé : pas moins de vingt drapeaux en 200 ans d’histoire !

Comme pour rappeler ce long cheminement, la poste vénézuélienne a édité en 2009 deux feuillets de dix timbres représentant les drapeaux qu’a connus le pays depuis sa formation (ci-dessus). Dans un but de divulgation, les bords de feuille fournissent une information précise sur les dates d’introduction des drapeaux dans l’histoire constitutionnelle du Venezuela. On parcourt ainsi, mine de rien, deux siècles de luttes et transformations politiques dans le pays.

Les couleurs de Miranda

Francisco de Miranda par M. Tovar y Tovar

Le premier drapeau recensé, de 1797, correspond au mouvement émancipateur de la fin du 18e siècle, dont les leaders furent Manuel Gual et José Marìa España. Viennent ensuite les drapeaux conçus par Francisco de Miranda, précurseur de l’indépendance et mentor de Simón Bolivar. C’est Miranda qui se trouve à l’origine des drapeaux de la future république : le drapeau de 1800 (qui restera à l’état de projet) introduit les trois bandes horizontales égales qui caractérisent aujourd’hui encore le drapeau vénézuélien. Elles sont alors noires, rouges et jaunes, pour symboliser les trois origines ethniques du Venezuela. Le drapeau de 1806 (qui sera implanté au Venezuela lors d’une expédition de Miranda près de Coro) introduit, lui, les trois couleurs jaune, bleu et rouge.

Sur le choix de ces couleurs, on a beaucoup glosé. Miranda lui-même explique que c’est le poète allemand Goethe qui lui aurait expliqué la théorie des couleurs primaires et l’aurait incité à choisir ces couleurs pures pour son projet émancipateur. La petite histoire –une sorte de buzz avant la lettre– ajoute que Miranda, personnage mondain qui fréquenta tout qui comptait dans l’Europe de la fin du 18e siècle, choisit ces couleurs à la suite de sa relation amoureuse avec l’impératrice Catherine II de Russie : le jaune pour la blondeur de sa chevelure, le bleu pour la couleur de ses yeux et le rouge pour l’intensité de ses lèvres !

Modifications de détail, mais symboliques

Quoi qu’il en soit, ces trois couleurs seront celles de tous les drapeaux qui suivront. Entre 1819 et 1830, les drapeaux de la Grande Colombie, une entité politique dont fit partie le Venezuela, se caractérisent par la largeur inégale des trois bandes de couleurs. C’est toujours le cas des drapeaux actuels de la Colombie et de l’Équateur, les deux autres territoires qui conformaient cette Grande Colombie.

Le drapeau vénézuélien retrouve ses trois bandes de largeur égale en 1836, pour ne plus les perdre. Les changements ultérieurs ne toucheront plus que des détails –souvent symboliques : le nombre et la disposition des étoiles, ou encore les armoiries.

Vers la gauche

Armoiries du Venezuela

Les nouvelles armoiries du Venezuela (2006)

La dernière modification date de 2006 et correspond au changement de nom officiel du pays, comme marque de la « révolution » que veut imprimer au pays Hugo Chávez : la République du Venezuela devient République bolivarienne du Venezuela. Dans la foulée, les symboles patriotiques sont modifiés. Sur les armoiries du pays, le cheval galope désormais vers la gauche et non vers la droite, histoire de bien signifier la nouvelle destination du pays… Le drapeau, lui, reçoit une huitième étoile, qui symbolise la huitième province s’étant ralliée à l’indépendance, la Guyana. En 1817, Simón Bolívar avait décrété l’adjonction de cette huitième étoile, comme le montrent les deux drapeaux datés de cette année-là. Hugo Chávez a voulu renouer avec son illustre prédécesseur et inspirateur en ajoutant lui aussi cette étoile.

Le nouveau drapeau ne fait évidemment pas l’unanimité. Les opposants actuels continuent d’arborer fièrement le drapeau antérieur, à sept étoiles, en guise de réfutation de l’actuel gouvernement. On se rappellera l’incident créé l’année dernière par la Miss Univers Stefania Fernández lorsqu’elle sortit subrepticement le drapeau à sept étoiles devant toutes les télévisions du monde. Une petite gueguerre sur fond d’étendards…

La longue épopée historique et politique du Venezuela, symbolisée par cette série de vingt drapeaux, s’arrête pour l’instant ici. Qui osera maintenant parier sur ce que sera le prochain drapeau du Venezuela ?

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Par un mystère dont l’espagnol parlé au Venezuela (et en Colombie) a le secret, on appelle ici blumer la petite culotte féminine. Il s’agit probablement d’une adaptation locale de l’anglais bloomer, qui désigne une culotte bouffante. Cela dit, le blumer national n’a rien de bouffant.  La mode aidant, il serait plutôt, par les temps qui courent, moulant et string.

Bizarrement, il existe un autre mot vénézuélien, volontiers utilisé dans le langage quotidien, pour désigner le même objet : pantaleta. Mais ce dernier, plus familier, semble inconvenant pour le langage commercial. C’est donc uniformément le mot blumer qui est utilisé pour nommer les boutiques spécialisées en lingerie féminine.

Blumer par ci, blumer par là

C’est ainsi que fleurissent dans les villes vénézuéliennes des magasins dont le nom décline à l’infini le mot blumer : El Imperio del Blumer, El Universo del Blumer, El Palacio del Blumer, El Castillo del Blumer, El Templo del Blumer, La Moda del Blumer, Mega Blumer, etc. (voir photos ci-dessus). En français, cela donnerait : L’Empire de la petite culotte, L’Univers de la petite culotte, Le Palace de la petite culotte, Le Château de la petite culotte, Le Temple de la petite culotte. La Mode de la petite culotte, Méga petite culotte). Et encore, je ne cite que les magasins que j’ai pu identifier dans un périmètre de trois blocs sur deux dans le centre-ville de Mérida, la petite ville de 300.000 habitants où je vis. Imaginez ce que doit être la débauche de créativité pour nommer de tels magasins dans une ville comme Caracas !

Dans ces boutiques au nom improbable, on vend non seulement des petites culottes féminines, mais encore toutes les pièces de lingerie féminine, du haut comme du bas, et même des sous-vêtements masculins. Dans certaines, cela va jusqu’aux bas et chaussettes. Mais c’est le blumer qui reste leur dénominateur commun.

Gourmandise corporelle

Reliés par le terme blumer qui figure dans leur dénomination, ces magasins forment ainsi une sorte de chaîne sémantique, à défaut d’être une chaîne commerciale. Mais ils ont un autre point en commun : 90 % des vêtements qu’ils vendent sont fabriqués en Colombie. Rien d’exceptionnel à cela, si l’on sait que les Colombiens sont passés maîtres dans la confection de lingerie féminine, n’hésitant pas, au passage, à copier les modèles des grandes maisons européennes. Il est donc normal que les fabricants colombiens exportent en masse vers le pays voisin, dont la gent féminine est particulièrement friande de ces petites gourmandises corporelles.

De là à s’appuyer sur les Colombiens vivant au Venezuela pour créer localement des boutiques, puis à former pratiquement des franchises, il n’y a qu’un pas, vite réalisé. En quelques années, les boutiques se sont donc multipliées comme des petits pains. Elles se comptent maintenant par dizaines dans toute ville vénézuélienne qui se respecte.

Commerce florissant

Il faut dire que l’industrie colombienne de la confection féminine a trouvé ici un marché tout à fait mirobolant : lorsque la beauté féminine est élevée au rang de valeur nationale, il est normal que le commerce de la lingerie soit particulièrement florissant et que la consommation de dessous féminins soit extrêmement dynamique, quelle que soit d’ailleurs la classe sociale.

Car, que l’on se s’y trompe pas : les magasins de blumers s’adressent à une clientèle populaire, trop contente de trouver dans ces boutiques des pièces à très bon prix, qui rivalisent en variété, coupe et couleurs avec les plus grandes marques. Pour un faible coût, cette clientèle se paie ainsi le chic de pouvoir participer au grand jeu de la séduction à armes (presque) égales avec les riches.

En établissant ainsi son “empire” commercial dans les villes vénézuéliennes, le blumer s’est mis, pourrait-on dire, au service de l’ascension sociale à laquelle aspirent, consciemment ou inconsciemment, tous les Vénézuéliens : la petite culotte comme outil de démocratisation, en quelque sorte…

Une pincée de buzz

Shakira

La jolie Shakira

venezueLATINA vient de franchir le cap des 200.000 visiteurs depuis son premier article en janvier 2007. Pas de quoi se pavaner, Google reçoit autant de visiteurs en 5 minutes ! Malgré tout, pour fêter cela allègrement, on va s’offrir un moment de légèreté, sous la forme de quelques buzz qui ont secoué dernièrement le Venezuela.

La guitare rouge de Shakira

Guitare dédicacée par Shakira

La guitare rouge dédicacée

Le 14 mai dernier, Andrés Izarra, ministre de la Communication, annonçait dans un tweet que Shakira avait offert une guitare rouge dédicacée à Hugo Chávez. Démenti de la chanteuse colombienne : elle avait bel et bien offert six guitares lors de son dernier passage à Caracas, mais ne savait pas que l’une d’elles avait été remise au président du Venezuela.

En fait, il semblerait que ce soient les organisateurs du concert qui, après coup, l’aient fait parvenir à Hugo Chávez. Le service de presse de Shakira a envoyé ce communiqué : « Nous venons d’être informés que l’une des guitares a été envoyée au palais d’Hugo Chávez. Nous espérons que le geste de Shakira contribue à l’unité des citoyens colombiens et vénézuéliens. »

À l’occasion de la dernière visite de Shakira à Caracas, en mars dernier, Hugo Chávez avait manifesté le désir de rencontrer la chanteuse, qui a créé la Fondation Pies Descalzos pour venir en aide aux enfants défavorisés. Mais l’emploi du temps très chargé du président ne lui avait pas permis de rencontrer la jolie colombienne. Il a en tout cas remercié la chanteuse pour la guitare : « Hier soir, je me suis entraîné, j’ai cherché les connexions, parce que c’est une guitare électrique, je ne suis pas habitué », a-t-il déclaré.

Hugo Chávez danse avec Keiko Fujimori

Hugo Chávez danse avec Keiko Fujimori

Danse des canards pour présidents en goguette

Le site péruvien La Mula déterre une vieille photo sur laquelle on découvre un Hugo Chávez pratiquant la danse des canards avec Keiko Fujimori, fille de l’ex-président du Pérou Alberto Fujimori et actuelle candidate à la présidence de ce pays. La photo aurait été prise le 15 juin 2000, lors d’un sommet du Groupe de Río qui réunissait les chefs d’État latino-américains à Carthagène, en Colombie.

Alberto Fujimori, alors président du Pérou, y était venu avec sa fille Keiko. Le soir, après leur journée de travail ponctuée par de nombreuses réunions, les chefs d’État se détendaient, ne dédaignant pas un petit pas de danse. Il est amusant de voir Hugo Chávez, alors président depuis un peu plus d’un an, danser dans une attitude raide aux côtés de la jeune Keiko, devenue entretemps femme d’affaires et représentante de la droite aux élections péruviennes. Une danseuse plus avant, on reconnaît aussi Alfonso Portillo, qui venait d’être élu président du Guatemala et se trouve actuellement emprisonné pour délit de corruption et malversation de fonds.

Carlos écrit à Hugo Chávez

Ilich Ramírez Sánchez, dit "Carlos"

Ilich Ramírez Sánchez, dit "Carlos"

Circule depuis peu sur le Net une lettre ouverte de Carlos à Hugo Chávez, Dans cette missive, Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos, citoyen vénézuélien, se plaint au président du Venezuela du peu d’appui qu’il reçoit des services consulaires de son pays. Ayant été victime d’une agression en février dernier, « notre ambassade à Paris n’a rien fait, dit-il, à part bloquer complètement la moindre assistance pour ma défense. Déjà, en 2008, à la suite d’une autre agression, les diplomates vénézuéliens avaient “disparu” pendant presque six mois. » Après une digression sur la situation en Libye, Carlos demande à Hugo Chávez d’intervenir face à la « trahison de certains diplomates et politiciens vénézuéliens » qui « préparent leur futur exil doré après la “mort de Chávez” ».

L’authenticité de la lettre n’est pas prouvée. À remarquer qu’elle a été publiée initialement par le Parti Anti-Sioniste, fondé par Dieudonné en 2009 et étiqueté d’extrême-droite. Pour la petite histoire, ajoutons que le très controversé Dieudonné a rencontré le président Chávez en 2006 à Damas, déclarant qu’à ses yeux, « Hugo Chávez est le chef de la résistance mondiale à l’impérialisme américain ».

Carlos, Dieudonné, Chávez (et Ahmadinejad n’est pas loin…) : bizarres accointances, au nom de l’antisionisme. Hugo Chávez aurait tout intérêt à bien choisir ses amis et supporters, histoire de ne pas embarrasser inutilement ses vrais amis…

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C’étaient donc les buzz de la semaine. Mis en perspective, ils ne sont pas si anodins que cela et reflètent certains aspects cachés et non officiels de la politique vénézuélienne. À vous de lire entre les lignes pour les déchiffrer.

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