L’amour, la mort, les immondices

1 mai 2008

El amor, la muerte

Eros, Thanatos. Les voici une fois de plus réunis en un seul lieu. Et quel lieu! Un dépôt d’immondices sauvage, comme il en abonde par ici, en bordure d’une petite route menant aux Pueblos del Sur.

Passant par là l’autre jour, j’ai dû freiner sec pour en croire mes pupilles. Oui, c’est bien un cercueil en bonne et due forme qui se trouve là! Un de ces cercueils « modernes » en métal imitation bois. Il semble complet et en bon état, avec couvercle et tout. Non sans quelque crainte, je m’approche pour l’examiner de plus près : ouf, il est vide! Mais comment et pourquoi ce grand objet inutilisé est-il arrivé là? Le mystère reste et restera entier…

Attiré et fasciné par la boîte morbide, je n’avais pas remarqué, au premier abord, le soutien-gorge suspendu au fil de fer barbelé. il était, lui, en moins bon état, éreinté par le temps passé là. Mais la même question se posait : pourquoi et comment cette pièce intime avait-elle atterri dans un endroit aussi repoussant?

Sur cette rencontre fortuite entre un objet de mort et un objet d’amour (ou tout au moins de sexe), on peut imaginer des dizaines d’histoires, toutes plus ou moins nauséabondes. Je les laisse à votre imagination.

De mon côté, je me lance dans la rédaction d’un polar haletant, dont l’action se déroulera, bien entendu, au Venezuela. Exotisme garanti.


L’incroyable aventure d’un mot quechua

25 février 2008
Épicerie rurale

Il était une fois un mot quechua déjà utilisé au temps des Incas : yapa, qui veut dire quelque chose comme « ajout, supplément ». Son usage s’est répandu vers le Sud (Bolivie, Chili, Argentine, Paraguay, Uruguay) aussi bien que vers le Nord (Équateur). En arrivant en Colombie et au Venezuela, il s’est transformé en ñapa (prononcer gnapa), modification linguistique fréquente et naturelle.

Au Venezuela, le terme ñapa existe toujours et désigne le petit supplément gratuit qu’un commerçant offre parfois à l’acheteur. On achète un kilo de bananes et le vendeur ajoute, sans les peser, deux bananes : c’est la ñapa.

Dans leur désir forcené d’uniformisation et de rationalisation, les supermarchés ont irrémédiablement tué la ñapa, mais celle-ci est encore de mise lorsqu’on fait ses achats au marché ou chez le petit commerçant du coin. C’est l’aspect humain de l’acte de vendre et d’acheter, comme peut l’être aussi, sous d’autres latitudes, le marchandage.

Jusque chez Mark Twain

L’histoire ne se termine pas là. Le mot s’est étendu à plusieurs pays des Caraïbes et d’Amérique centrale, jusqu’au Mexique, pour échouer dans le grand port caribéen d’Amérique du Nord, la Nouvelle-Orléans. Là, les Français et les Cajuns (Acadiens) l’ont fait leur, le transformant en gniappe, avec la même signification de petit supplément gratuit.

De là, il passe à la langue anglaise. On le trouve, par exemple, dans la prose de Mark Twain, en 1883, sous la forme lagniappe. Et toujours actuellement, si vous ouvrez un dictionnaire d’anglais américain, vous trouvez ceci :

lagniappe
NOUN: Chiefly Southern Louisiana & Mississippi 1. A small gift presented by a storeowner to a customer with the customer’s purchase. 2. An extra or unexpected gift or benefit.

(The American Heritage® Dictionary of the English Language: Fourth Edition. 2000.)

Dans son ouvrage Buenas y malas palabras (Monte Ávila editores), le linguiste vénézuélien Ángel Rosenblat se demande pourquoi ce mot a eu autant de succès, ayant été adopté aussi rapidement et aussi universellement du Sud au Nord des Amériques. Selon lui, c’est parce que la yapa/ñapa/gniappe est une institution profondément américaine, qui reflète la vision du monde des premiers habitants de ces terres, les Amérindiens. La ñapa serait ainsi une institution d’origine magique : celui qui reçoit de l’argent rend un petit cadeau en espèces, pour s’attirer les bonnes grâces divines et se laver du « péché » de commercer.

Le prestige du cadeau

Angel Rosenblat dresse par ailleurs un parallèle entre la ñapa et le potlach, une autre institution des Indiens d’Amérique du Nord qui consiste à s’échanger des cadeaux entre clans. Pour lui, ces deux institutions relèvent du même esprit et témoignent du peu de prestige, en terre d’Amérique, de la vente, en comparaison avec l’énorme prestige du cadeau.

Qu’en 2008, la ñapa soit toujours appliquée dans les petits magasins de village et de barrio [quartier pauvre] montre à quel point de vieilles modalités de l’esprit amérindien subsistent dans la vie quotidienne. Il est d’ailleurs révélateur que, d’une façon générale, le Vénézuélien, même en affaires, répugne à parler d’argent, comme si cela le gênait aux entournures. Il a en effet toujours tendance à remettre la question du coût ou du prix à plus tard.

Par contre, il n’a aucune difficulté à donner une ñapa, et encore moins à en réclamer une!


Le dernier des « villages de doctrine »

3 février 2008
San Antonio de Mucuño

Ce n’est pas Machu Pichu. Mais il est tout de même émouvant de penser que des centaines de familles ont vécu ici, dans ce lieu grandiose mais ingrat, dans ce paysage époustouflant mais désertique.

Il ne reste que des ruines. Les ruines de San Antonio de Mucuño, village fondé le 26 janvier 1620 et abandonné définitivement au début du 19e siècle. L’endroit fut d’abord exploré le 26 novembre 1619 par l’espagnol Sebastián Bermejo Bailen, qui le jugea apte pour y fonder un établissement. Afin d’exécuter le décret de l’oidor (magistrat) Alonso Vásquez de Cisneros, les encomenderos (maîtres d’Indiens) locaux réunirent en ce lieu 745 indigènes, qu’ils mirent au travail pour construire le village. L’objectif stratégique était de concentrer les Indiens en un seul lieu, dans le but de faciliter leur évangélisation et d’accélérer leur intégration dans la société coloniale.

Ruines de la première église de San Antonio de MucuñoSan Antonio de Mucuño était donc ce qu’on appelle un pueblo de doctrina (village de doctrine), comme en connut beaucoup d’autres le Venezuela. Pour citer un exemple, Petare (qui est à Caracas ce que Saint-Denis est à Paris) est également un ancien pueblo de doctrina, devenu avec le temps le plus grand faubourg populaire de la capitale.

Destin tragique

San Antonio de Mucuño eut un destin plus tragique et une histoire plus courte. Quelques dizaines d’années après sa fondation, le village a dû changer d’emplacement en raison des fréquents mouvements de terrain dans le secteur. Mais les forts mouvements sismiques de l’année 1684 et les failles occasionnées ont terminé d’effrayer les habitants, si bien que décision fut prise d’abandonner le lieu. Les dernières familles ont quitté l’endroit en 1692.

La seconde installation n’eut pas beaucoup plus de chance et dura à peine plus longtemps. Un nouveau village fut construit à quelques encablures du premier. C’est ce qui explique la présence de deux églises aussi proches l’une de l’autre. Mais ce second établissement dut lui aussi être abandonné, pour les mêmes raisons. Au début du 19e siècle, on déménagea le village à Santa Juana, l’actuel San Antonio de Acequias, à plusieurs kilomètres de là.

Contreforts de la deuxième église de San Antonio de MucuñoPlus de deux siècles plus tard, les ruines sont toujours là. Elles se distribuent en deux noyaux principaux, chacun doté de son église, qui attestent des deux périodes du village. Les constructions, de forme carrée, sont en tapia (terre pisée), sur des fondations de pierre. La pierre était aussi utilisée pour renforcer certaines parties, comme les linteaux des fenêtres. Aucun toit ne subsiste. Parmi tous les édifices, se distinguent les deux églises, dont la plus grande possède une nef unique de 35 mètres de long et 8 mètres de large, soutenue par des contreforts. Au centre des ruines, on devine où se trouvait la place. Plus loin, on distingue les restes d’un four à pain, les vestiges des acequias, ces canaux de distribution d’eau…

Sang, sueur et larmes

Linteau de fenêtre en pierre

L’intérêt indéniable de ces ruines, déclarées monument historique national en 1991, est qu’elles constituent les derniers vestiges d’un pueblo de doctrina au Venezuela. Tous les autres ont disparu sous les constructions postérieures, étouffés par des villages ou des villes modernes. L’abandon de San Antonio de Mucuño par ses habitants a donc, paradoxalement, joué un rôle majeur dans la conservation des ruines jusqu’à nos jours.

En visitant actuellement ce lieu impressionnant, on ne peut que penser à la colonisation de ces terres ingrates par les Espagnols –un véritable défi étant donné les moyens limités de l’époque–; à la politique d’asservissement massif des habitants originaires de l’endroit; à l’effort, mené en parallèle, d’évangélisation de ces mêmes populations (dont tous les chiffres indiquent par ailleurs qu’elle fut lente et incomplète).

Bref, on ne peut que penser à la conformation dans le sang, la sueur et les larmes de la société andine telle que nous la connaissons de nos jours.

Des ruines dans un paysage époustouflant

L’été en hiver

19 janvier 2008
L’été à Mérida

Le Venezuela est dans l’hémisphère nord (il y en a qui en doutent ou ne le savent pas, mais vérifiez). Dans l’hémisphère nord, l’hiver dure du 21 décembre au 20 mars. Nous sommes le 19 janvier. C’est donc le plein hiver au Venezuela!

La logique est implacable.

Et pourtant, détrompez-vous : c’est ici l’été! L’été en hiver! Vous n’y pigez rien? Moi non plus, au début. Puis j’ai compris : ce qu’on appelle ici le verano [l'été], c’est la saison sèche. La saison humide, quant à elle, correspond à l’invierno [hiver]. Or, il se fait que la période sèche s’étend généralement de décembre à avril, soit pendant l’hiver météorologique de l’hémisphère nord. L’été (verano) a donc lieu en hiver. Vous suivez toujours?

L’origine de tout cela, ce sont (une fois encore) les conquistadores et colonisateurs espagnols. Les pauvres ne sachant trop bien où ils se trouvaient (les hémisphères n’avaient aucun sens à l’époque), ils ont fait le parallèle entre saison sèche et verano, entre saison humide et invierno. Comme en plein cœur de la Castille, en quelque sorte.

La confusion est restée. Il n’est pas rare qu’un paysan vous dise, juste avant qu’il pleuve, ¡Llega un invierno fuerte! [littéralement : Un terrible hiver arrive!, à traduire par : Il va tomber des hallebardes!]. Ou encore, lorsque la sécheresse perdure, on vous dira : Qué largo este verano! [Qu'il est long, cet été!]. Et cela peu importe la saison de l’année à laquelle on se trouve.

La photo du haut, prise aujourd’hui à midi, illustre à quoi ressemble un verano, depuis la fenêtre de mon appartement. Vous y voyez un ciel immensément bleu surplombant la Sierra Nevada de Mérida et son pic Bolívar enneigé (4980 m). Voici maintenant le même paysage, toujours depuis ma fenêtre, en invierno (photo prise au mois d’août, soit en plein été de l’hémisphère nord) :

Sierra Nevada en hiver

Avouez qu’il y a de quoi être confondu, d’autant plus que, si près de l’Équateur, on perçoit à peine les changements de durée entre le jour et la nuit, selon la période de l’année.

Mais quelle importance peut avoir la saison lorsque, tout au long de l’année, le thermomètre flirte ici (à 1600 mètres d’altitude) avec les 25 degrés le jour et les 18 degrés la nuit? Cela en devient même monotone, à tel point qu’on se prend à rêver (pas trop souvent quand même) d’un vrai hiver!


Petits calculs pétroliers

10 novembre 2007

Prix de l’essence à la pompe

Tiens, le prix du baril de pétrole vient de battre un nouveau record (on est habitué) : 98,62 US$… En même temps, à la pompe au Venezuela, nous continuons à bénéficier de l’essence la moins chère du monde : 70 bolivars le litre de normale (soit 0,032 US$ au taux de change officiel –ne parlons pas ici du dollar parallèle, ce serait franchement indécent) et 97 bolivars le litre de super (soit 0,044 US$). Arrondissons le tout à 0,04 US$ le litre. Non, vous ne rêvez pas : 25 litres pour un dollar, 35 litres pour un euro! Que les incrédules examinent la photo ci-dessus!

Or un baril de pétrole brut vaut 159 litres. Le litre de pétrole brut vaut donc :

98,62 US$ : 159 = 0,62 US$

Nous obtenons donc qu’au Venezuela, un litre d’essence à la pompe vaut 15,5 fois moins qu’un litre de pétrole brut sur le marché international! Vous me suivez?

Mais attention! D’un baril de pétrole on ne tire pas 159 litres d’essence, mais bien moins. Je n’entrerai pas dans les détails, mais cela dépend du cru et des traitements qui lui sont apportés. Soyons bon prince, et ne tenons pas compte de ces futilités techniques…

Ne tenons pas compte non plus :

  • du coût du transport du brut jusqu’aux raffineries
  • du coût du raffinage
  • du coût du transport des raffineries aux stations-services
  • des coûts d’exploitation d’une station-service

Sinon, on arriverait à la conclusion que l’essence vénézuélienne se vend à un prix 25 fois moindre que son coût de production.

Qui perd gagne

Qui gagne et qui perd à ce petit jeu distortionné? Le consommateur gagne, cela ne fait aucun doute. Il ne se préoccupe pas du tout du prix de l’essence lorsqu’il se trouve à la pompe (mais se préoccupe plutôt du prix du lait, 25 fois plus cher, qui a disparu du marché!).

On pourrait croire que l’État, grand propriétaire des ressources pétrolières, y perd. De fait, d’un point de vue strictement économique, il perd quelque chose comme un dollar US chaque fois qu’un litre d’essence est débité à la pompe. Cela fait beaucoup si l’on pense aux quelque 5 millions de voitures qui font en moyenne un plein de 30 litres par semaine! Un petit calcul nous indique que le manque à gagner serait d’environ 8 milliards de dollars par an!

Mais détrompez-vous : l’État ne perd pas, l’État ne perd jamais lorsqu’il fait des cadeaux… Il se gagne l’opinion publique, et cela n’a pas de prix! Idéologiquement, le concept qui se diffuse, c’est que le pétrole appartient aux Vénézuéliens, donc qu’il est juste qu’ils ne le paient pas, ou si peu. Ce fondement est sacré : tout gouvernement qui a tenté de changer de paradigme s’est allègrement cassé la pipe. Hugo Chávez, friand de peuple, est encore moins enclin à prendre un tel risque. Il a besoin de voix pour sa réforme constitutionnelle, et pour le reste!

Et le grand perdant est…

Par contre, il y a un grand perdant dans toute cette affaire, et non des moindres : l’environnement. Les statistiques indiquent que le Venezuela est de loin le plus gros producteur non seulement de pétrole, mais aussi de CO2, en Amérique Latine! Pour vous en assurer, voyez la carte sur le nouveau site des Nations-Unies qui monitorise les objectifs de développement du millénaire.

Émissions de CO2 dans le monde (2004)

Émission de CO2 par habitant dans le monde en 2004 (tonnes) :
Le Venezuela (cercle rouge) se distingue en Amérique latine

Selon le Carbon Dioxide Information Analysis Center (CDIAC) du Département de l’Énergie des États-Unis (je sais, on va encore me dire que c’est une source tendancieuse), le Venezuela a en effet émis 6,57 tonnes de CO2 par habitant en 2004. Cela le situe certes bien en dessous des gros pollueurs que sont les États-Unis, le Canada, l’Australie et la Russie. Il se trouve cependant dans la même tranche que la plupart des pays européens. La petite différence, c’est que ces derniers sont des pays hautement industrialisés dont le revenu par habitant est très élevé. Cela ne justifie pas, mais cela explique, le niveau relativement élevé d’émission de CO2 dans ces pays. Mais au Venezuela?

Avec quelques autres pays (la Lybie, l’Arabie Saoudite, Oman, l’Iran, les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale … –comme par hasard des producteurs de pétrole), le Venezuela se révèle être l’un des champions d’émissions de CO2 dans le dit Tiers-Monde. Triste record…

Je ne dis pas que le prix ridicule du carburant en est la cause unique, mais à n’en pas douter c’en est l’une des principales. Quand le prix de l’essence n’est une préoccupation pour personne, on obtient un parc automoteur éminemment pollueur : les vieilles américaines aux énormes moteurs mal réglés des plus pauvres côtoient les SUV dernier cri des plus riches. Un cocktail véritablement catastrophique pour l’environnement.


Le cirque arrive à Niquitao

10 octobre 2007

Rencontre du 4e type

Étais-je à Niquitao, ce petit village au fin fond des Andes vénézuéliennes, ou bien à Macondo? Je ne rêvais pourtant pas : un cirque ambulant officiait sur la place du village, devant un public enthousiaste installé sur les marches en forme de gradins.

Immédiatement, ce sont les images des romans de Gabriel García Márquez qui me sont revenues : l’arrivée de clowns dans un petit village improbable; l’effervescence que provoque cet événement inespéré; la rencontre inédite, au coin d’une rue, d’un cheval monté par un enfant et d’un monocycle monté par un clown. Réalisme tellement magique!

Trois jeunes échappés de la civilisation urbaine se sont associés pour former le Circo a patas [Cirque à pied] et sillonner le Venezuela profond. A patas, parce qu’ils n’ont pour tout véhicule que leurs pieds, ou alors ils font du stop. Dans leur sac, un bric-à-brac d’objets en tous genres, en commençant par deux monocycles, –car tout clown qui se respecte monte à monocycle!

Pas besoin de publicité. À peine arrivés, ils installent leur attirail sur la place Bolívar du village. Les premiers curieux s’approchent, les enfants se donnent le mot : « Venez vite, il y a des clowns sur la place! » Bientôt des dizaines de personnes attendent avec impatience que le spectacle commence.

Et il commence, enfin. Le soir est tombé, créant une atmosphère encore plus envoûtante. Bientôt, ce ne sont plus que rires, cris, pleurs, peurs… Le village se déride comme il ne l’a plus fait depuis longtemps!

Circo a patasNos trois compères, eux, s’amusent comme larrons en foire. Le public répond, en veut plus. Mais le rêve se termine, par un signal inéquivoque : un chapeau commence à circuler dans les rangs. Les petites pièces sonnantes et trébuchantes suffiront-elles pour passer la journée qui vient? Heureusement, oui : le village enthousiasmé racle jusqu’au fond de ses poches. On invite les artistes à manger, peut-être à dormir (et si ce n’était pas le cas, ils passeront la nuit dans leur tente).

À Macondo/Niquitao, ce soir-là, j’ai revécu un bout de moyen-âge. Venus d’on ne sait où, les jongleurs ont officié sur la place, pour le bonheur de tous. Ils repartiront demain pour le village suivant.

Mais promis juré, ils reviendront à Niquitao pour la fête de Saint Raphaël, le 20 octobre.

Fin du spectacle


Dieu est avec les Vénézuéliens!

23 septembre 2007

Je vous mets tout de suite dans le jus. Regardez ceci :

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Bon, l’histoire n’est pas finie, c’est comme ces films d’avant-garde qui se terminent sur rien. Mais je peux vous dire que -ouf!- le camion est arrivé à bon port. Happy end, donc. Ce n’était pourtant pas une mince affaire : dans les voix off, on entend quelqu’un dire qu’une fois un camion de la Polar (oui, la bière) a coulé a pic.

Et cela se passe où? Au Venezuela, pardi! À Puerto Colombia, près de Choroní, sur la côte caraïbe. Le camion en question doit arriver à Chuao, petit village cacaotier à quelques kilomètres de là, sans accès routier. Vous me direz : pourquoi un camion alors? Ben, sans doute pour faire le trajet entre la plage et le village, soit 3 ou 4 km. C’est tout ce que ce camion pourra parcourir! (Calculez ici dans combien de temps devra se faire la révision des 10.000 km à raison de deux allers-retours par jour, excepté les jours où il n’y a pas de gasoil.)

Mais je m’égare. Voyez plutôt les lieux de l’action sur cette carte. (Petite publicité : La région vaut vraiment le déplacement. Superbes plages, fêtes endiablées, un des meilleurs cacaos du monde, forêts imposantes, le tout à proximité du parc national Henri-Pittier, dont la biodiversité est véritablement exceptionnelle).

Et le bon dieu là-dedans? Ah, vous trouvez qu’il n’a rien fait dans cette épopée? Une traversée de plusieurs kilomètres sur une mer pas vraiment calme avec un camion sommairement installé sur trois barques, et il n’aurait rien fait? Détrompez-vous, sans lui, il n’y aurait pas de camion à Chuao!

C’est pour cela qu’on dit couramment ici : Dieu est avec les Vénézuéliens! Et face à une ingéniérie populaire dont la créativité est absolument phénoménale (le vidéo en offre un bon exemple), il en a du travail, le pauvre!