Category: Dramatique


Augmentin

La version GlaxoSmithKline

Amoxicilina

La version générique

Un peu de vécu, cette semaine, pour changer de la tonique générale de ce blog.

J’ai eu il y a quelques jours une méchante douleur du côté de l’amygdale droite. Le mal se prolongeant, j’ai dû accourir chez le médecin –dans une clinique privée, en l’occurrence, espérant ainsi être plus vite servi (un espoir qui ne s’est qu’à moitié concrétisé, cependant…).

Diagnostic : pharyngite granuleuse. Prescription :  Augmentin 875 mg et Voltaren 50 mg. Honoraires : 390 Bs. (soit 90 $ au taux de change officiel, 46 $ au taux de change parallèle, ce qui n’est pas vraiment donné).

En prime, le médecin me propose d’appliquer le Voltaren par voie intraveineuse, pour des effets plus rapides. Étant à moitié dans les vapes à cause de la fièvre, je suis sur le point d’accepter. Heureusement, l’infirmière intervient et demande si une assurance va rembourser. Quand je lui dis que non, sa grimace me fait comprendre que ça n’allait pas être bon marché. Ma chère épouse, qui m’accompagnait, a aussi compris : « Non docteur, on prendra le Voltaren en comprimés. »

«Vous ne vous trompez pas ?»

Nous courons à la pharmacie pour acheter les médicaments prescrits. L’Augmentin 875 mg coûte 350 Bs. la boîte de dix pastilles. J’ai besoin de deux boîtes. Ma chère épouse, encore elle, demande s’il n’existe pas un médicament générique correspondant. « Si, mais on ne l’a pas en 875 mg, seulement en 500 mg. Au lieu de prendre une pastille toutes les 12 heures, vous en prenez une toutes les 8 heures. » « Ah bon, et combien ça coûte ? » « 5,5 Bs. la boîte » «5 Bs.???!!, vous ne vous trompez pas ? » «Non, c’est un produit dont le prix est réglementé ».

Résultat : j’en achète trois boîtes pour 16,5 Bs. (moins de 4 $ au taux de change officiel, 2 $ au taux de change parallèle). L’Augmentin m’aurait coûté 700 Bs. (162 $ au taux de change officiel, 82 $ au taux de change parallèle), soit 40 fois plus cher ! Idem pour le Voltaren : j’en achète la version générique à un prix nettement moindre.

Sur ces différences de prix, j’avoue ne pas comprendre : on a peine à imaginer qu’un laboratoire perde de l’argent en vendant un produit, même réglementé. Cela signifie que l’autre labo se sucre vraiment beaucoup sur le dos du consommateur –qui plus est pour un produit se trouvant déjà dans le domaine public. C’est payer énormément pour un simple signe © apposé à la marque Augmentin ou Voltaren.

Dindon de la farce

Quant au médecin, inutile de lui demander s’il existe un produit générique, il ne vous répondra pas. Dans mon cas, il a même poussé le vice jusqu’à prescrire le médicament en 875 mg, sachant sans doute très bien que seul le prix du 500 mg est réglementé. C’est qu’il reçoit quelques menus avantages en prescrivant des produits de grands laboratoires : par exemple, un voyage annuel à Margarita ou à Miami, ou un quelconque autre cadeau de luxe (ou faux luxe !).

La conclusion de tout cela : avec la médecine privée vénézuélienne, si vous ne voulez pas être le dindon de la farce, c’est à vous de vous informer et de vous débrouiller au petit bonheur la chance dans le dédale des produits pharmaceutiques. Pas facile lorsqu’on est dans la situation de faiblesse que provoque la maladie. Mieux vaut donc avoir un bon ami pharmacien pour vous orienter en ces moments difficiles.

Dans le contexte social

Mettez maintenant cela dans le contexte social du pays, où seule une partie infime de la population a accès aux assurances : pour une simple pharyngite comme la mienne, le coût de la consultation médicale et de la prescription équivalaient au trois-quarts du salaire minimum ! Étonnez-vous après cela que le gouvernement tente de mettre sur pied, avec plus ou moins de réussite, un réseau de médecine populaire comme l’est la mission Barrio Adentro. Étonnez-vous qu’il menace volontiers de nationaliser la médecine, accusant les médecins de ne pas accepter son intégration à sa politique sociale. Étonnez-vous qu’il prenne à l’occasion des mesures coercitives contre l’Ordre des médecins, par exemple en lui retirant le monopole des certificats médicaux, lesquels sont obligatoires pour tout conducteur de véhicule. Étonnez-vous encore que le gouvernement réglemente les prix des médicaments les plus fréquemment utilisés –ce qui ne lui fait pas que des amis auprès des puissantes compagnies pharmaceutiques.

Étonnez-vous enfin que les médecins n’aient pas vraiment la cote auprès de la population vénézuélienne. Et pour cause : sauf de rares exceptions, ce qui les motive, ce ne sont pas tant les beaux principes du serment d’Hippocrate. Ce qui les motive, c’est tout simplement l’appât du gain.

La prison de El Rodeo

La prison de El Rodeo

Les évènements tragiques de la prison El Rodeo, située à une quarantaine de kilomètres de Caracas, continuent à faire la une de l’actualité : la mutinerie, qui a commencé il y a presque deux mois avec une prise d’otages, a fait jusqu’à présent 29 victimes, selon les déclarations officielles, plusieurs centaines, selon les ONG et les familles des détenus.

Intervention de l'armée à la prison de El Rodeo

Intervention de l'armée à la prison de El Rodeo

À l’heure qu’il est, l’armée a repris le contrôle de la moitié de la prison, tandis que le millier de détenus de Rodeo 2 refusent de se rendre et rejettent toute conciliation. Une bataille de communication a lieu : face à la parole officielle délivrée par les médias gouvernementaux, les mutins témoignent de leur réalité et de leur abandon par les autorités à travers une série de vidéos postées sur Youtube. Des proches des détenus se lancent dans une grève de la faim pour exiger une solution rapide et humaine du conflit, tandis que des pasteurs évangélistes prient et tentent, sans succès jusqu’ici, d’obtenir la reddition des mutins. La situation reste chaotique, comme le montre cette vidéo diffusée par la chaîne de télévision Telesur [en espagnol] :

Avec des filles en bikini

Coïncidence, au moment même où la prison de El Rodeo apparaît aux yeux de tous comme un enfer carcéral, la presse internationale, française notamment, se fait l’écho de la situation dans une prison vénézuélienne où « on peut tout faire, sauf sortir ». Une sorte de paradis. C’est la prison San Antonio, sur l’île de Margarita.

Dans la prison San Antonio (Margarita)

Dans la prison San Antonio

C’est un article du New York Times, publié le 6 juin dernier, qui a attiré l’attention sur une réalité pour le moins contradictoire : dans cette prison hors normes, les détenus, pour la plupart impliqués dans des affaires de drogue, ont le loisir de danser dans une piscine avec des filles en bikini et mènent une vie pratiquement identique à celle qu’ils auraient à l’extérieur. Certains, parfois lourdement armés, se promènent avec leur conjointe tandis que leurs enfants s’amusent dans l’une des quatre piscines de la prison. Des salles ont été aménagées pour que les détenus puissent se retrouver en toute intimité avec leur compagne.

Le secret de tout cela ? Sous l’impulsion et la conduite d’un caïd, Teofilo Rodríguez, surnommé El Conejo [Le lapin], les prisonniers se sont organisés pour se donner les meilleures conditions de vie possible. Ce sont eux, en quelque sorte, qui gèrent la prison au mieux de leurs intérêts, comme le montre cette vidéo accompagnant l’article du New York Times [en anglais].

Cette situation insolite et incompréhensible se répète dans la plupart des prisons du Venezuela : face à des autorités mal pourvues -et en outre largement corrompues-, ce sont les prisonniers qui font la loi.

Abandon et impuissance

Malgré les apparences, il n’y a pas de réelle contradiction entre la prison enfer de El Rodeo et la prison paradis de Margarita. Toutes deux illustrent des facettes différentes de la même réalité : l’abandon et l’impuissance des autorités face à la réalité carcérale du pays. Livrés à eux-mêmes, les détenus peuvent devenir des mutins (El Rodéo) ou des gestionnaires (Margarita). Dans les deux cas, c’est leur loi qui prévaut, une loi basée sur la violence, que celle-ci soit anarchique (El Rodeo) ou canalisée autour d’un leader et sa mafia (Margarita).

Ce que nous enseignent finalement ces deux situations, a priori si différentes, c’est que l’État vénézuélien a perdu, sans doute depuis belle lurette, tout contrôle de ses prisons. Et ce ne sont pas les 5000 soldats amassés autour de El Rodeo qui changeront grand chose à ce lourd et triste constat.

Drapeau du Venezuela

Il existe sur Facebook un groupe intitulé La Venezuela que queremos todos [Le Venezuela que nous voulons tous]. En font partie des Vénézuéliens « moyens » opposés à Chávez. Des personnes sans prétention qui expriment là leur vision du Venezuela idéal. À travers leurs interventions, simples et spontanées, se dessine un portrait sociologique de l’antichaviste commun. Écoutons-les parler :

  • Je voudrais que mon pays soit celui qu’il était il y a vingt ans, où il n’y avait pas autant de haine, autant de laisser-aller, où nous croyions à un avenir meilleur, avec des libertés pour parler de n’importe quoi, et non pas le pays qu’il est devenu.
  • Le Venezuela que nous voulons tous fut un pays où tous étaient égaux, où tous étaient frères depuis le “guajiro” [paysan] jusqu’au “norteño” [celui du Nord], comme le dit la chanson et ajoutons-y l’énorme quantité d’étrangers  qui y vivaient. Nous étions heureux, italiens, espagnols, africains, latino-américains, etc. Nous aimions la cuisine vénézuélienne, la musique, la belle vie à la vénézuélienne. Simplement nous étions heureux de vivre et de partager l’abondance d’un pays aussi beau et de la ville du printemps éternel, on ne parlait pas d’intégration, on ne parlait pas de religion, car nous étions tous intégrés. Nous étions tellement intégrés qu’on pouvait nous voir dans n’importe quelle “arepera” [restaurant populaire qui sert des "arepas"], “cachapera” [restaurant populaire qui sert des "cachapas"], restaurant italien, espagnol ou portugais. Nous parlions des mêmes sujets que les Vénézuéliens et nous dansions lorsque le Venezuela que nous voulons gagnait un concours de beauté ou une compétition sportive, et nous pleurions aussi lorsqu’il nous fallait partager une tragédie (coulée de terre, etc.).
  • C’est le Venezuela des amis sans distinction de classes sociales, où étaient nombreux les bonnes gens.
  • Le Venezuela que nous voulons tous est le Venezuela d’il y a vingt ans. Un Venezuela chargé de promesses et d’espoir pour les étrangers qui venaient y vivre.

Profonde nostalgie

Ces quatre témoignages (il y en a beaucoup d’autres du même acabit) sont révélateurs d’une profonde nostalgie du Venezuela d’avant Chávez. Les photos, les liens, les vidéos qui sont publiés sur la page décuplent encore cette nostalgie : il n’y en a que pour les chanteurs populaires des années 1980-1990, les films ou les souvenirs de cette époque. Les vidéos montrent un Venezuela touristique, fait de plages au sable blanc, de montagnes vierges, de miss Venezuela souriantes, et je passe le plus nunuche (ou le plus inquiétant, comme certaine nostalgie de la dictature de Marcos Pérez Jiménez, dans les années 1950).

Le Caracazo

Une scène du "Caracazo" (1989)

Ce Venezuela désiré est un Venezuela consciemment ou inconsciemment magnifié : en effet, il y a vingt ans, bien avant Chávez donc, le pays était déjà traversé de mouvements sociaux forts, comme le fut le Caracazo de 1989. Auparavant, ce fut le temps de la guérilla, urbaine et rurale, si bien que la belle harmonie sociale décrite ne fut jamais telle. Une illusion, un rêve…

Ce que ces bribes nostalgiques révèlent, c’est avant tout une méconnaissance totale, une ignorance-crasse, de ce que fut historiquement et socialement le Venezuela de la “démocratie” :  un pays coupé en deux, géré par une classe politique endogène au nom de certain développement favorable aux grandes familles et à elle-même, avec l’appui d’une classe moyenne recevant des miettes et espérant pouvoir arriver un jour au partage du grand gâteau. De ce pays étaient exclues les majorités, constituées par les pauvres des zones urbaines et la masse paysanne. Socialement, ceux-là n’existaient pas, juste bons qu’ils étaient à servir les maîtres. Politiquement, ils étaient seulement utilisés comme chair à voter lors des scrutins électoraux.

Déchirement

En 1983 (donc bien avant l’arrivée de Hugo Chávez au pouvoir), le philosophe social José Manuel Briceño Guerrero décrivait ainsi la structure socio-politique du Venezuela :

D’une part une grande population métissée, descendante d’esclaves noirs, d’indiens en déroute et de petits blancs, dans des conditions de vie pitoyables, habités par un désir légitime et aveugle de surpassement ; de l’autre, des groupes privilégiés constitués par des descendants de mantuanos [grandes familles créoles de la Colonie], des néo-créoles et des parvenus du caudillisme militaire, qui n’ont jamais senti les autres comme faisant partie de la même patrie, parce que la notion de patrie n’existait pas. Comment aurait-on pu attendre de ces derniers une action créatrice qui aurait mené plus loin que leurs intérêts de groupe conçus avec des yeux de rats ? S’ils avaient été conçus avec des yeux d’aigle et dans un contexte mondial, cela aurait pu les conduire à tenter, pour le moins, la formation d’un État respectable, dont les citoyens auraient pu vivre et non pas uniquement survivre. Il n’en a pas été ainsi ; il n’y a pas eu de bâtisseurs de patrie ni d’hommes d’État.

Le déchirement du Venezuela est ici décrit dans toute sa dimension dramatique. Cette réalité, ni la classe supérieure, ni la classe moyenne qui s’exprime sur la page Facebook, ne l’ont jamais perçue, ignorantes de leur histoire sociale et hypnotisées par une idéologie faussement rassembleuse, selon laquelle au Venezuela il n’existait ni racisme, ni lutte de classes, mais bien une parfaite harmonie sociale.

Sujet social et politique

Barrio de Caracas

"Barrio" de Caracas (photo : Yann Arthus-Bertrand)

Méconnaissance de l’autre donc, de l’habitant des bidonvilles comme du paysan, et plus encore : négation de l’autre, jumelée avec mépris de l’autre voire peur de l’autre. Le tout se transformant en haine de l’autre dès que cet autre s’affirme en sujet social. C’est précisément ce phénomène d’affirmation qui s’est produit, tel un coup de tonnerre, lors du Caracazo de 1989.

Et c’est ce que le chavisme, d’une certaine manière, a instauré : la transformation de l’autre en sujet social et politique, perturbant ainsi l’ordre social jusque là dominant et entraînant la peur, la haine… et la nostalgie de tous ceux qui jusque là avaient nié cet autre. Si le chavisme a apporté quelque chose à la société vénézuélienne, c’est bien cela : l’avènement des classes sociales oubliées au titre de sujet social et politique. Quoi qu’il arrive dorénavant, y compris une défaîte politique future du chavisme, il sera difficile de revenir en arrière, dans un cadre démocratique du moins. Aussi peut-on d’ores et déjà considérer que cela constituera l’apport historique du chavisme au processus social vénézuélien.

Beaucoup de Vénézuéliens ne le comprennent toujours pas et continuent à se vautrer –en vain– dans la nostalgie infinie d’un système exclusif et socialement injuste. Il serait temps qu’ils reconnaissent que tous les Vénézuéliens, y compris les autres, ont le droit d’être des citoyens.

Ce n’est tout de même pas demander beaucoup à des gens qui se targuent d’être de parfaits démocrates…

Gonzalo González

Gonzalo González, défenseur des Indiens

Mes pérégrinations dans les Llanos du Venezuela m’amènent à rencontrer beaucoup de gens. Des gens ordinaires, que le hasard a mis sur mon chemin. Parfois, une conversation s’engage, spontanément, sans qu’elle ait été commandée par quoi que ce soit. Dans la rue, dans un magasin, autour de la table d’un petit restaurant… Il arrive ainsi que des vies émergent. Des vies ordinaires qui ont tout pour être extraordinaires. Je vous en propose trois, qui représentent, chacune à leur manière, ce qu’est la vie dans les Llanos.

Le petit père des Indiens

Il est de ces personnages qui inspirent le respect. Gonzalo González Cobreces est de ceux-là. D’origine espagnole, ce missionnaire dominicain a vécu sur plusieurs continents avant de s’installer à Elorza, au fin fond des Llanos, non loin de la frontière colombienne.

Il fut pendant des années le curé d’Elorza et de toute la municipalité, grande comme un département français. À ce titre, il prit résolument la défense des indiens Pumé et Cuiba qui y habitent. Il n’y a pas si longtemps, ceux-ci étaient encore chassés par les propriétaires criollos [colons blancs] comme du vulgaire gibier. En 1967 –c’était hier–, un massacre eut lieu dans la région, à la Rubiera : attirés dans un guet-apens, seize indiens Cuibas furent tués, puis leurs corps incinérés.

Le père González se porta immédiatement à la défense de la communauté Cuiba et témoigna dans le procès qui s’ensuivit cinq années plus tard, en Colombie.

Aujourd’hui retiré des ordres, Gonzalo González vit toujours à Elorza. Il reste ce grand humaniste qui a marqué la région de son empreinte d’homme intègre, défenseur de ceux qui apparaissent encore aux yeux de beaucoup comme des hommes de deuxième catégorie.

Tiberio, le paysan sans terre

La grande majorité des habitants des Llanos possèdent un fundo, ainsi que l’on désigne là-bas une propriété terrienne, qu’elle soit grande, petite ou parfois minuscule. Lorsque je demande à Tiberio -un homme calme et fier d’une soixantaine d’années- s’il a un fundo, il me répond immédiatement : « Non, je me suis fait avoir. J’ai travaillé pendant quarante ans dans un hato [grande propriété terrienne], j’ai même été contremaître, je n’ai rien obtenu pendant tout ce temps. » Comme beaucoup, Tiberio a travaillé pour un autre, a été absorbé par ce travail chichement rémunéré qui vous lie presque personnellement à un propriétaire et à une terre qui ne vous appartient pas. Plus le temps passe, plus il est difficile de s’en séparer.

Tiberio n’a donc pas eu le temps de penser à lui. Jusqu’au moment où il a fait le grand saut et a décidé de rompre avec sa condition. Il a commencé à étudier. Analphabète, il a débuté par la mission Robinson, qui lui a donné les rudiments équivalents à l’enseignement primaire : savoir écrire, savoir calculer… Puis il s’est inscrit à la mission Ribas, qui lui a permis d’obtenir un certificat d’études secondaires. C’est sa plus grande fierté : il est maintenant bachiller.

Le restaurant Angel de la Guarura à Elorza

Le restaurant Angel de la Guarura

Entre-temps, il s’est lié aux conseils communaux, les organisations de base créées par le gouvernement pour promouvoir la démocratie participative au niveau des communautés de vie (le quartier, le village, le hameau). Il a participé à la formation de la commune –une nouvelle structure également, créée pour faciliter la gestion locale– qui regroupe les conseils communaux de la localité d’Elorza. Un apprentissage social sans précédent pour Tiberio, ainsi d’ailleurs que pour des centaines de milliers de personnes au Venezuela.

Fort de cette expérience, Tiberio vient d’être nommé administrateur du tout nouveau restaurant socialiste Angel de la Guarura, géré par la Commune. Un nouveau défi pour lequel il est parfaitement armé : ses années de contremaître n’auront pas été tout à fait vaines. Ajoutez à cela sa récente formation scolaire et son engagement social, cela en fait un administrateur social comme il y en a peu. Pour lui, les chiffres ne sont pas tout, même s’ils sont importants, car il met aussi dans la balance les services que doit rendre le restaurant à la population locale, y compris à la population pauvre. Gageons qu’il obtiendra la réussite dans cette nouvelle entreprise qui est aussi pour lui une renaissance.

María, dix enfants et une rémunération de misère

Si l’esclavagisme a été officiellement aboli au Venezuela en 1854, il en reste de belles traces plus de 150 ans plus tard… Prenez le cas de María. Elle travaille dans un fundo où elle prépare quotidiennement la nourriture pour les ouvriers, s’occupe de la propreté des lieux et veille au bien-être du propriétaire lorsqu’il visite son domaine. Tenue de travailler sept jours sur sept, elle sort rarement du fundo. Pour ses services, elle reçoit une rémunération mensuelle de 200 bolivars (45 dollars au taux de change officiel), soit six fois moins que le salaire minimum ! Une misère ! Bien sûr, elle est logée et nourrie, et reçoit en outre du propriétaire des vêtements pour ses enfants…

Parlons-en de ses enfants. Elle en a dix, de pères différents et/ou inconnus (cela aussi fait partie de la réalité sociale des Llanos). Les plus jeunes vivent avec elle, dans le fundo. Mais ceux qui sont en âge d’aller à l’école vivent à Elorza, à une dizaine de kilomètres. María a eu de la chance : étant donné sa situation personnelle et familiale, le gouvernement lui a attribué une petite maison sociale dans un nouveau quartier d’Elorza. Ses plus grands enfants y vivent, les aînés s’occupant des plus petits. Seulement voilà : ce n’est pas la rémunération de Maria qui va leur permettre de subvenir à leurs besoins les plus élémentaires. L’argent fait défaut même pour la nourriture et ce sont des voisins qui, bénévolement, doivent les nourrir.

María n’est pas au bout de ses peines : elle doit maintenant rembourser sa maison et se trouve théoriquement endettée pour vingt ans. Dans la pratique, il est possible (mais rien n’est certain) qu’on lui donne le droit d’occuper la maisonnette sans payer. Malgré tout, ses enfants restent en danger, tandis qu’elle ne peut espérer se libérer de son travail de misère. Que pourrait-elle d’ailleurs faire d’autre ?

Trois vies, trois destins

Trois vies, trois destins. À travers ces histoires individuelles, se dessine en filigrane ce que peut être la vie des petites gens dans les Llanos. Une société, qui malgré ses aspects conviviaux (la musique, la danse, la fête) présente une facette moins noble, faite de dureté, d’inégalités, d’injustices, et dans laquelle la sauvagerie n’est jamais loin.

Au travers ce ces vies, se dessinent aussi les efforts faits par le gouvernement chaviste pour renverser cet état de fait : missions éducatives, organisations de base, logement social, etc. Et encore : il n’a pas été question ici des occupations de terres, de la réforme agraire, des entreprises de production socialiste…  Autant dire que la bataille est rude contre des structures ancestrales ancrées historiquement dans le tissu social profond des Llanos.

Le concept n’est sans doute pas à la mode, mais c’est  bel et bien une lutte des classes qui se déroule dans les Llanos du Venezuela.

La bactérie du choléra

La bactérie du choléra

Si vous suivez de près l’actualité vénézuélienne (en suivant par exemple venezueLATINA sur Twitter –petite pub maison!), vous savez sans doute déjà qu’une alerte au choléra a été déclenchée dernièrement dans le pays. On a en effet détecté 250 cas de choléra au cours des deux dernières semaines. Vingt-huit personnes ont été hospitalisées.

Le plus étonnant est la façon dont le choléra est entré au Venezuela. Ce sont en effet 482 personnes de retour de République dominicaine, où ils avaient assisté à un mariage, qui ont importé la funeste bactérie dans le pays. Un mariage ! 482 invités vénézuéliens ! En République dominicaine !  Mince, ce n’est pas n’importe quoi, ni n’importe qui !

Curieusement, la presse nationale –officielle ou privée– n’a guère donné de détails sur l’identité des jeunes mariés, de leur famille, ou des invités.  Quelques-uns ont bien soupçonné, entre les lignes, les Cisneros, famille de magnats des médias qui, effectivement, a des intérêts en République dominicaine. Mais rien de vraiment concret : une espèce de silence gênant a plané sur l’information.

Noir mystère

Logo de Empresas Polar

Le logo de Empresas Polar

Une petite recherche nous a quand même permis d’éclaircir quelque peu ce noir mystère. C’est Miguel Salazar, journaliste indépendant bien informé et rédacteur de l’hebdomadaire Las Verdades de Miguel, qui a mené l’enquête la plus approfondie. Il révèle que ce n’est pas la famille Cisneros qui est impliquée dans l’affaire, mais bien l’une de ses rivales, la famille Mendoza, propriétaire de Empresas Polar, la plus grande entreprise agro-alimentaire du Venezuela (17 usines, 30.000 employés, production et distribution de bières, pâtes, farines, huile, riz, etc. sans compter les licences Pepsi-Cola, Frito-Lay, etc.). Du très beau linge, donc.

Je reprends ici la description que fait Miguel Salazar de ce qui s’est passé en République dominicaine :

La fête a eu lieu à Vista Chabon 16, maison de campagne de La Romana, à Santo Domingo. C’est là qu’ont été célébrées les noces entre une petite fille de la famille Mendoza et le fils d’un dentiste. C’est Eduardo Borberg (le père de la mariée) qui avait organisé la réception. Ce dernier, pour réduire les frais (faisant preuve d’une pingrerie aussi ancestrale que la croyance en le sang bleu des Mendoza) a loué les services d’une entreprise qui s’est approvisionnée en homards et fruits de mer dans une localité proche de la frontière de Haïti. Au début, on pensait que la fête serait animée par Juan Luis Guerra [célèbre chanteur de merengue dominicain], mais Borberg s’est désisté lorsqu’il a su que le chanteur exigeait 300.000 dollars pour sa participation. Il a donc engagé l’un des nombreux groupes qui pullulent dans les rues de Santo Domingo.

Furent invités à la noce 482 Vénézuéliens qui se sont déplacés moyennant un pont aérien organisé par Empresas Polar (…). Ont défilé les familles Pietri, Jiménez, Azpurua et Quintero, entre autres. Les riches Dominicains n’ont pas été invités, à l’exception du fils d’un ancien président de la République dominicaine et du propriétaire d’un consortium touristique-immobilier. À minuit, le champagne étant épuisé, on est passé au vin, à la vodka et au whisky. Les serveurs se sont multipliés pour offrir les homards infectés sur des plateaux imitation argent. (…). Les noces de l’infante des Mendoza était à peine terminée que les premiers symptômes du choléra se sont manifestés. Ainsi, Morella Pacheco de Pietri (grand-mère de la marieuse) a-t-elle été hospitalisée dans un centre de santé, où elle est restée pendant cinq jours. D’autres membres de la famille ont connu un sort similaire. Les autres sont revenus au Venezuela sans faire part de la situation. Les autorités de notre pays l’ont appris grâce à la diffusion sur Internet d’informations d’origine dominicaine.

Lorenzo Mendoza

Lorenzo Mendoza

Pas de mise en quarantaine

C’est sans doute cela le plus étonnant : à leur retour au Venezuela, les invités à la noce n’ont pas été mis en quarantaine, comme l’exigent les protocoles sanitaires en pareilles circonstances. Lorenzo Mendoza, l’actuel leader de la famille, n’a été soumis à aucun contrôle médical. Quelques jours après son arrivée au pays, il a même participé à la remise du trophée de baseball à l’équipe des Caribes, la championne nationale, dans un stade qui débordait de supporters. On n’ose imaginer le haut risque sanitaire qu’une telle présence impliquait.

Il en est de même du député d’opposition Eduardo Gómez Sigala, qui a lui aussi participé à la noce et s’est réintégré aussitôt aux travaux de l’Assemblée nationale.

Deux poids deux mesures

Au-delà du danger sanitaire proprement dit, l’épisode est révélateur de trois réalités :

  • Les grandes familles sont loin d’être mortes dans le Venezuela bolivarien. Inviter à une grande fête en République dominicaine près de 500 invités vénézuéliens et les transporter en avion privé reste dans l’ordre du possible, pour ne pas dire du normal.
  • Le deux poids deux mesures reste en vigueur, sinon comment expliquer cette impunité dont on bénéficié ces membres des grandes familles à leur retour au pays ?
  • Sauf exception (celle ici de Miguel Salázar), la presse, qu’elle soit privée ou officielle, ne fait pas son nécessaire travail d’investigation, même devant un événement aussi gros que l’importation du choléra par de grandes familles vénézuéliennes parties en goguette à l’étranger. Le silence est d’or…

Chávez ou pas Chávez, révolution ou pas révolution, socialisme ou pas socialisme, certains Vénézuéliens peuvent donc toujours s’offrir tranquillement de grandes bouffes. Même au temps du choléra.

Insécurité au Venezuela

Il y a le Venezuela qui pleure. C’est celui de la photo ci-dessus. Des milliers de victimes chaque semaine : règlements de compte, enlèvements, violence gratuite… Le niveau d’insécurité est à son comble dans le pays, dit-on, statistiques (non officielles) à l’appui : le nombre de meurtres se serait multiplié par quatre depuis 1998. C’est ce que soutient l’ONG Observatorio venezolano de violencia [Observatoire vénézuélien sur la violence] dans son dernier rapport : 4550 en 1998, 16.047 en 2009.

Cela, vous le savez sans doute. Car, attirés par la réputation de Caracas (« la ville la plus dangereuse du monde après Ciudad Juarez au Mexique ») et par les chiffres exorbitants de la criminalité, les équipes de télévision se sont succédées dans les quartiers les plus mal famés de la capitale vénézuélienne. À chacun d’y faire son petit tour, accompagné bien entendu de la police.

Radio-Canada d’abord :

L’Agence France-Presse (AFP) ensuite :

La télévision espagnole TVE est aussi passée par là avec un long reportage dont voici la première partie :

Et la seconde :

On comprend que la soif de sensationnalisme attire ainsi les télévisions étrangères. On comprend moins certains détails :

  • L’année 1998 est toujours prise comme point de départ des statistiques. Comme par hasard, c’est l’année de l’élection de Hugo Chávez à la présidence de la République. Le discours ici sous-entendu est clair : s’il y a une telle augmentation de la criminalité durant cette période, c’est Chávez qui en porte la responsabilité. Et de fait, les reportages ci-dessus, tout entier aspirés par les chiffres et les faits, ne prennent pas la peine de faire une analyse un tant soit peu circonstanciée.
  • Les trois chaînes de télévision citées plus haut, à quelques mois d’intervalles, ont été accueillies par la police de Sucre, municipalité passée aux mains de l’opposition lors des dernières élections municipales. Pur hasard? Il y aurait là un petit biais que ça n’étonnerait personne. À la décharge de l’AFP, son reportage traite également des efforts faits par le gouvernement, avec la création d’une nouvelle police nationale.

Méfiance donc devant ces reportages télévisés, qui tiennent plus du sensationnel que de l’analyse. Aucune mise en perspective, si ce n’est la relation, avouée ou cachée, entre l’arrivée de Hugo Chávez au pouvoir et l’augmentation de la criminalité. Pour une étude profonde de la situation, il faut s’en remettre au Monde Diplomatique, qui en août 2010 a publié deux articles documentés sur le sujet : Caracas brûle-t-elle ? et La Police nationale bolivarienne relève le défi. Je vous invite donc à les lire.

Le Venezuela qui rit

Mais il n’y a pas que ce Venezuela violent. En effet, les foyers de violence sont généralement concentrés dans des secteurs bien déterminés (certains quartiers des grandes villes, la zone frontalière avec la Colombie…), dans des circonstances précises (la nuit plus que le jour, le week-end plus que la semaine) et dans des milieux connus (trafic de drogues, d’armes).

Même s’ils prennent certaines précautions élémentaires pour assurer leur sécurité, la plupart des Vénézuéliens continuent à vivre plutôt normalement, même à Caracas : ils vont travailler, ils sortent, ils vont au restaurant, dans les parcs, etc. Par ailleurs, les zones rurales, qui recouvrent la plus grande partie du pays, ne souffrent que très peu de cette situation d’insécurité. Et croyez-le ou non, les Vénézuéliens rient, s’amusent, vivent plus intensément que l’Européen ou le Nord-Américain moyen ! Cherchez où est l’erreur…

Pour compenser les vidéos antérieures et leur dramatisme forcené, je voudrais terminer en montrant des images du Venezuela qui rit. Il s’agit de la nouvelle vidéo de promotion touristique du pays. Plus que des paysages, on y voit des gens, des sourires, de la bonne humeur. OK, c’est entendu, c’est de la pub, c’est exagéré, mais pas plus exagéré que les reportages des chaînes de télévision occidentales montrés ci-dessus.

Suivons plutôt la règle d’Aristote : choisissons le juste milieu pour nous faire une idée du Venezuela réel.

Voyages de Jules Crevaux en Amazonie (1876-1881)

Carte des voyages de Jules Crevaux en Amazonie, avec notamment l'itinéraire de l'expédition en Colombie et au Venezuela de 1880-1881

Jules Crevaux (1847-1882) n’est pas tout à fait un explorateur comme les autres. On l’a surnommé « l’explorateur aux pieds nus », non pas qu’il ait fait toutes ses expéditions déchaussé, mais parce qu’il était un partisan du voyage léger. Pas de  lourdes bottes militaires, mais des chaussures légères, qu’il lui arrivait d’abîmer ou d’égarer, l’obligeant à poursuivre la route avec les moyens du bord, parfois pieds nus. Pas non plus d’équipements lourds et encombrants.

Il n’emportait avec lui que l’indispensable : « deux chemises, un hamac, une moustiquaire, des vivres pour quelques jours, quelques instruments ». Il ne se faisait accompagner que de quelques porteurs –des Noirs, généralement– et engageait au besoin quelques guides indiens connaisseurs de la région traversée. Il n’était pas non plus toujours armé, ce qui témoignait d’une certaine audace en ces lieux inconnus.

Libre et léger

Jules Crevaux

Jules Crevaux

Ses expéditions n’avaient donc que peu de rapports avec les lourdes expéditions quasi militaires qui étaient la règle en ce 19e siècle colonisateur. Seules deux d’entre elles, en Guyane et en Argentine, ont d’ailleurs été financées par les pouvoirs publics. Les autres ont été payées de ses propres deniers.

Cet explorateur libre et léger choisissait généralement lui-même ses objectifs d’expédition, ou profitait d’occasions qui se présentaient à lui, laissant une juste place à l’improvisation. Contrairement à la plupart de ses pairs, il ne servait pas nécessairement les intérêts coloniaux de la France et optait systématiquement pour des parcours qui n’avaient jamais été explorés : les passages entre la Guyane et l’Amazone, entre l’Amazone et les Andes, entre les Andes et l’Orénoque.

Folle aventure

L’Orénoque, justement. Il parcourut le grand fleuve vénézuélien de San Fernando de Atabapo à son delta, au terme d’une expédition de plus de 5000 kilomètres qui lui fit d’abord remonter, en Colombie, le río Magdalena. Il traversa ensuite les Andes à la hauteur de Neiva pour redescendre, sur le versant oriental, le río Guaviare. Une folle entreprise réalisée sur une embarcation rudimentaire, qui avait été construite pour l’occasion en bois de balsa.

Alors que beaucoup d’explorateurs se contentaient de remettre leur rapport de voyage à des sociétés scientifiques ou aux pouvoirs publics qui les avaient financés, Jules Crevaux s’est préoccupé de à diffuser ses récits à un plus vaste public. C’est ainsi qu’il publia de longs articles abondamment illustrés dans la revue Le Tour du monde, sorte de National Geographic de l’époque. C’est le cas, notamment, du voyage d’exploration à travers la Nouvelle-Grenade (la Colombie) et le Venezuela, dont le récit est publié dans le numéro du 1er semestre 1882 de cette revue.

Jules Verne et Tintin

Jules Crevaux, explorateur

Une vision positiviste

Ses passionnants récits de voyages inspirèrent Jules Verne, qui le cite dans son roman Superbe Orénoque, ainsi que Hergé, le créateur de Tintin, toujours à l’affût d’une bonne documentation pour rendre les aventures de son héros aussi réalistes que possible.

Dans ses écrits, Jules Crevaux n’échappe évidemment pas aux travers de son époque et notamment à la vision colonialiste dominante : les Noirs sont des nègres, les Indiens sont des sauvages, les Blancs sont des civilisateurs. Nous sommes en pleine période de positivisme scientifique et Jules Crevaux, médecin de profession, n’échappe pas à l’influence de ce courant de pensée. Il n’en reste pas moins que, fin observateur tant des hommes que de la nature, il offre toujours une vision pleine d’intérêt sur ce qu’était l’Amazonie à la fin du 19e siècle : un territoire pratiquement vierge de toute influence occidentale.

Obsession de la mort

Au cours de ses derniers voyages apparaît chez lui une certaine obsession de la mort. Il est vrai qu’il a souvent fréquenté cette dernière, entre fièvres, blessures et dangers de toutes sortes qu’il a dû affronter au long de ses expéditions. S’éloignant des descriptions botaniques et ethnographiques de ses premiers voyages, il commence à collectionner des crânes, n’hésitant pas pour ce faire à profaner des cimetières indiens. Il se fait plus sombre, plus distant, moins passionné.

Était-ce là une prémonition? Jules Crevaux est mort à l’âge de 45 ans dans l’exercice de sa mission d’explorateur, lors d’un dernier voyage dans les confins méridionaux de l’Amazonie. Tandis qu’il explorait le río Pilcomayo, entre Bolivie, Paraguay et Argentine, il fut tué, puis dévoré, par des indiens de l’ethnie Toba.

Il y avait décidément du tragique dans ce personnage hors du commun.

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