L’Aéropostale de Mermoz et Saint-Exupéry vole encore (mais pour combien de temps?)

18 mars 2009
Les destinations de l'Aéropostale

Les destinations de l'Aéropostale

Saviez-vous que la légendaire Compagnie générale aéropostale (communément appelée Aéropostale), celle de Jean Mermoz et d’Antoine de Saint-Exupéry, continue à voler? Ou plus exactement, que l’une de ses descendantes existe toujours et opère au Venezuela sous le nom commercial d’Aeropostal?

On connaît l’histoire de l’Aéropostale. Créée en 1927 à la suite de la reprise par Marcel Bouilloux-Lafont des activités de la Société des lignes Latécoère, la compagnie allait s’atteler à réaliser le rêve de Pierre-Georges Latécoère : relier la France à l’Amérique du Sud par voie aérienne.

Les premières liaisons mènent de la France à l’Afrique de l’Ouest (1925), alors en grande partie colonie française. Parallèlement, la compagnie développe ses activités au Brésil (1927), puis en Argentine et au Chili (1929). Mais entre les deux continents, il faut franchir l’Atlantique. Au départ, l’acheminement du courrier se faisait par voie maritime, ce qui augmentait considérablement les délais de livraison. C’est finalement les 12 et 13 mai 1930 que Jean Mermoz traverse pour la première fois l’Atlantique Sud, une véritable gageure à l’époque. Il rend ainsi possible la première liaison aérienne entre l’Europe et l’Amérique du Sud. Dans Vol de nuit (prix Fémina 1931), Antoine de Saint-Exupéry fait le récit romancé de ces débuts héroïques de l’aviation commerciale en Amérique latine.

Périlleuse traversée des Andes

La ligne principale de l’Aéropostale relie Toulouse à Santiago du Chili, avec de multiples escales en Espagne, au Maroc, en Mauritanie, au Sénégal, la traversée de l’océan de Saint-Louis (Sénégal) à Natal (Brésil), puis de nouvelles escales le long de la côte brésilienne jusqu’à Buenos Aires. Enfin, il fallait effectuer la périlleuse traversée de la Cordillère des Andes pour arriver à Santiago (voir carte ci-dessus).

Latécoère 28

Latécoère 28

Une ligne secondaire remonte la côte du Brésil depuis Natal jusqu’aux Guyanes, d’où elle se prolonge jusqu’au Venezuela et la Colombie. Le Venezuela, en particulier, est considéré place stratégique pour faire parvenir le courrier dans les Antilles françaises, Martinique et Guadeloupe, liaison qui devient réalité le 3 juillet 1929. Les premiers vols sont assurés par des Latécoère 26 et 28, qui opèrent depuis les aéroports Boca de Río de Maracay et Grano de Oro de Maracaibo.

En 1930, l’Aéropostale employait 1500 personnes (dont 51 pilotes) et possédait une flotte de quelque 200 avions et 17 hydravions, un capital humain et matériel qui était loin d’être négligeable. Mais l’année suivante, la compagnie, victime de la crise économique et du manque d’appui gouvernemental, est mise en liquidation. En 1933, le gouvernement français oblige les compagnies aériennes nationales à se regrouper. C”est la naissance d’Air France. Dans la foulée, les actifs de l’Aéropostale sont repris par la nouvelle compagnie.

Aux mains vénézuéliennes

Pas tous les actifs cependant. Au Venezuela, le gouvernement du général Juan Vicente Gómez rachète le 31 décembre 1933 une partie des actifs de l’Aéropostale. La compagnie continue à être gérée par du personnel français sous la direction de Robert Guérin, officier français qui assurait la tâche de conseiller technique de l’armée de l’air vénézuélienne. Le 1er janvier 1935, elle passe définitivement aux mains vénézuéliennes sous la direction du commandant Francisco Leonardi. Elle change aussi de nom et s’appellera désormais Linea Aeropostal Venezolana (LAV).

Ancien logo de LAV

Ancien logo de LAV

En 1937, le gouvernement prend le contrôle intégral de la compagnie en la recapitalisant. Les vieux Latécoère sont remplacés par des Fairchild 71 et des Lockheeed L-10 Electras. Au fil des années, la flotte ne cesse de se moderniser : Douglas DC-3 et DC-4 (premiers vols internationaux vers Boa Vista au Brésil et Aruba dans les Antilles néerlandaises), Lockheed Constellation (premier vol vers New York en 1947) et Super Constellation, Vickers Viscount 701 (1956), Douglas DC-8 et DC-9.

À la suite de la création d’une nouvelle compagnie nationale, Viasa, dont elle possède 51 % du capital, la Linea Aeropostal Venezolana abandonne ses vols internationaux au début des années soixante, pour se consacrer uniquement aux vols intérieurs. Elle simplifie aussi son nom en Aeropostal.

Triste fin

Logo actuel

Logo actuel

En août 1994, Aeropostal cesse ses opérations commerciales. Deux ans plus tard, elle est vendue au groupe privé Corporación Alas de Venezuela et reprend ses opérations le 7 janvier 1997. Les débuts sont prometteurs puisque des vols internationaux sont à nouveau programmés vers l’Amérique du Nord et l’Europe.

Mais une gestion douteuse jointe à un climat économique incertain ont raison de la compagnie privatisée. À la fin de 2007, à la suite d’un conflit de travail et de démêlés avec le gouvernement, sa flotte est réduite de 22 à seulement 3 avions. La compagnie, surveillée de près par les autorités aéroportuaires du pays, va de crise en crise. Au début de 2008, elle est revendue à un groupe d’investisseurs vénézuéliens, le groupe Makled. Elle n’est pas sauvée pour autant : récemment, plusieurs membres de la famille Makled ont été inculpés de trafic de drogues, de blanchiment d’argent et même d’assassinat. Deux d’entre eux sont aux mains de la justice et le troisième est recherché par Interpol.

En 2009, Aeropostal vole encore, mais pour combien de temps? Triste fin pour celle qui fut la deuxième compagnie aérienne d’Amérique latine (après la colombienne Avianca), et la descendante directe de la mythique Aéropostale de Mermoz et Saint-Exupéry.
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Pour en savoir plus :

  • Visionner ce très beau documentaire réalisé à l’occasion du 80e anniversaire de la fondation de l’Aéropostale
  • Acheter Vol de nuit d’Antoine de Saint-Exupéry, sur Amazon.fr
  • Voir d’autres ouvrages en français sur l’Aéropostale

Il y a quelque chose de pourri au royaume des expats

19 octobre 2008
Un planète nommée Vételgeuse...

Une planète nommée Vételgeuse...

Voilà qu’il y a du nouveau dans la blogosphère francophono-vénézuélienne : un certain Robert Mérou (son vrai nom?) vient de lancer son blogue Vételgeuse, du nom d’une « planète où les gens ont l’apparence de vraies gens, qu’ils parlent comme pour de vrai, qu’ils font tout pareil que les vrais, que leur pays ressemble a un vrai pays, mais où tout est rien que du Canada-Dry en “lata”. »

Ne vous détrompez pas : Vételgeuse est habitée par des Vételzuéliens et sa capitale s’appelle Vetacas. On saura donc sans trop de peine situer la planète en question.

Mais laissons l’auteur décrire lui-même son coin de paradis :

C’est une contrée assez spéciale, très éloignée de tout ce qui ressemble à un vrai pays, mais qui pourtant donne quand même l’impression étrange d’être dans un monde connu. Mais ce n’est pas le cas, c’est juste l’effet Canada-Dry. On s’y croirait, mais on n’y est pas.

Par exemple, les gens font semblant de savoir parler, de savoir lire et même de savoir écrire. Dans la réalité, ils baragouinent entre eux avec les mains, recomptent cinquante fois une petite addition et transpirent deux heures pour lire la liste des courses.(…)

Par exemple, aussi, on dirait qu’ils vivent comme des êtres humains, mais en fait ils déambulent comme de petits insectes, tous collés les uns sur les autres, à baiser comme des lapins et à se goinfrer de mauvaises choses. Ils pullulent et grouillent mais comme ils ont une religion qui leur interdit de faire attention, ils continuent malgré que la situation dégénère toujours plus.

On dirait aussi qu’ils savent travailler, mais c’est juste qu’ils prennent les outils dans leurs mains et font les mêmes gestes, mais avec un résultat complètement terrifiant.

Votre guide Robert...

Votre guide Robert...

Plus loin, Robert Mérou y va d’une soi-disant analyse sociologique sur la « civilisation du bestiau » qui caractérise Vételgeuse :

Une civilisation qui a tout de celle des hommes, quand on regarde pas trop, mais qui en fait est celle de bestiaux plus ou moins évolués.

Difficile de dire autrement quand on regarde les gens affalés au bord de la route, à regarder passer les voitures depuis leur chaise, ou alors ceux qui se font les poux, les gens qui crachent partout, se mouchent avec les doigts, même des filles superbes, qui baillent la gueule ouverte sans mettre de main devant, on se dit qu’on est quand même assez loin du modèle de gens civilisés. Plutôt de grands primates qui cherchent à nous ressembler sans trop y réussir, juste sur les bords… Ils se prennent un téléphone cellulaire, se paient un Hummer si ils en ont les moyens, et hop, le tour est joué, c’est devenus des gens civilisés!

... et son épouse Gaby

... et son épouse Gaby

Côté face, côté pile

Mais ce n’est là que le côté face de Vételgeuse. Le côté pile est constitué par un défilé à proprement parler consternant de « femelles » (je cite l’auteur) pas du tout piquées des vers. En effet, Vételgeuse « est une drôle de planète, mais il faut lui laisser qu’elle est sacrément bien habitée : leurs femelles sont parmi les mieux loties de la galaxie. » À commencer par Gabriela, Gaby pour les intimes, qui ne serait autre que la (supposée? mythique?) épouse vénézuélienne (pardon, vételzuélienne) de notre compère Robert Mérou.

Arrêtons ici les frais. Et constatons qu’il y a quelque chose de pourri au royaume des expats. On dirait que s’est concentré dans les esprits d’une certaine faune d’étrangers -expats, semi-expats, touristes prolongés et autres irréguliers venus du nord- le plaisir et le désir de casser du Vénézuélien (pardon, Vételzuélien) tout en profitant des jolis culs qui passent par là. Pour mémoire, je rappelle le blogue Chevere, écrit depuis Margarita, dont la (relative) célébrité se doit avant tout aux trémoussements de culs, balancements de hanches et ballottements de nénés bien rondelets, agrémentés de commentaires d’encouragements de la part de pauvres lecteurs frustrés d’être privés chez eux, en Europe, de tant d’apparats.

Dans la même veine

Robert Mérou fait dans la même veine, à ceci près qu’il nous embarque en outre sur ladite planète Vételgeuse et nous la décrit de façon caustique –non sans parfois un certain talent de conteur, reconnaissons-le. Mais, là où il dépasse les bornes de la simple convenance et du simple bon goût, c’est dans ses descriptions dénigrantes de la gent vételzuélienne. Aux extraits cités plus haut, j’ajouterai celui-ci, définitif :

Des cons, sans éducation, profiteurs, ignares, égoïstes, porcs, feignants, bêtes, voleurs, tricheurs, menteurs et j’en passe. Ils sont sûrs d’être des gens très biens, imbus d’eux-mêmes (fierté nationale) et gonflés à bloc, mais franchement, aucune moralité, aucune dignité, aucun sens du devoir, des responsabilités, aucun respect des autres.

Il y a peut-être un fond de vérité dans ce dur constat. Mais la généralisation ne paie jamais. On dirait que Robert Mérou ne fréquente que ce petit milieu de mafiosi corrompus qui s’abreuvent de whisky 18 ans d’âge et roulent des biceps au volant de la dernière 4X4, entourés de nénettes comme celles sur les photos. Il faut dire que ces sinistres individus abondent dans certains endroits fréquentés par les expats.

Mais réduire le Vételzuélien à cela, jamais! C’est insultant pour la majorité de la population qui tente de s’en tirer le mieux possible, et souvent ne peut pour cela que s’accrocher, pour le meilleur ou pour le pire, aux « missions » chavistes (car, faut-il le dire, personne ne lui a jamais offert autre chose). C’est dénigrant pour le petit pêcheur, le petit paysan, le petit travailleur, qui a toujours été la victime des puissants, et a toujours travaillé (oui, travaillé) dans les pires conditions sociales et économiques.

Lorgnette ridicule

Pas une goutte non plus d’analyse socio-historique, chez ce Robert Mérou, pour se rendre compte que les Vetelzuéliens sont bel et bien des victimes impitoyables du pétrole, de cet « excrément du diable » qui les a changé nécessairement pour toujours (et pas pour le mieux, nous sommes d’accord). La destructuration sociale de Vetelgeuse sous l’effet de l’or noir, depuis 1920, est un fait largement avéré. Ses habitants sont-ils des cons pour autant? Car quelle est leur part de responsabilité individuelle face à ce rouleau compresseur mondialiste avant la lettre? Et je ne remonte pas à la colonisation espagnole des siècles précédents, dont les effets destructeurs sont également patents sur les populations, y compris sur les colons eux-mêmes.

Les œillères de Robert Mérou sont infinies. Avec sa petite lorgnette ridicule, il ne perçoit que ce qu’il a juste devant lui. C’est révélateur du personnage, de ce type de personnages, qui malheureusement abondent parmi les expats et consorts, à Vételgeuse ou ailleurs. Faites un petit détour par chez Patxi pour bien remettre vos idées en place à ce propos.

Déçu par cette Vételgeuse-là (qui ne le serait pas?), il ne reste plus à ce pauvre Robert Mérou que les bien fournies femelles locales auxquelles s’accrocher pour justifier sa présence sur la planète.

Plus bestiau que ça, tu meurs!


Margarita, la perle dévaluée

12 octobre 2008
Un pêcheur de Margarita

Un pêcheur à Margarita

Pour ceux qui veulent savoir, mon silence de ces dernières semaines est dû à une petite escapade que je me suis offerte à l’île de Margarita. La perla del Caribe, comme le dit la publicité. En fait de perle, celle-ci est plutôt surfaite et/ou dévaluée.

Ooh, je ne me faisais aucune illusion, j’y étais déjà allé il y a plusieurs années et, déjà à l’époque, je n’avais nullement été impressionné par ce mélange incestueux de plages et de négoces. Je confirme cette fois-ci : les plages de Margarita sont loin d’être les plus belles des Caraïbes. Même au Venezuela, j’en connais de bien meilleures, que je garderai ici secrètes, pour qu’il n’y arrive pas ce qui s’est produit sur l’île aux perles : saleté, déchéance marchande, ranchificación [esthétique du bidonville, si vous préférez], et j’en passe.

Indécent

Quant au commerce, boosté depuis des années par le statut de puerto libre (zone libre de taxes) de l’île, il est tout simplement indécent. Les centres commerciaux les plus luxueux –Sambil, Rattan et autres- poussent comme des champignons dans une ville comme Porlamar qui n’est pourtant qu’un grand bidonville à peine dissimulé. Parcourez son centre parsemé de ruines et de maisons abandonnées et vous vous croirez à Sarajevo après les bombardements, rien de moins. La non-planification de cette ville en plein boom anarchique est tout simplement ahurissante. Vous y verrez une ligne à haute tension traverser allègrement une zone résidentielle entre deux immeubles à étages, puis survoler sans pitié quelques bidonvilles surpeuplés.

Et la nature, vous me direz? Cherchez-la bien, dans cette île surpeuplée sous le double effet du tourisme et du commerce. Les parcs nationaux n’en ont que le nom et donnent l’impression d’un abandon total. La partie occidentale de l’île, jusqu’ici à l’abri des hordes touristiques, commence à être littéralement colonisée par le tourisme. Dans moins de dix ans, c’en sera fini : le rouleau compresseur immobilier sera passé par là, éliminant ce qui reste encore de terres sauvages.

Consommation effrénée

Bref, il n’y a plus grand chose à faire ni à voir à Margarita. L’île n’appartient plus depuis longtemps aux Margariteños. Elle est devenue l’espace de jeu et de conquête des bourgeois, petits bourgeois et néo-bourgeois de Caracas, Maracaibo, Valencia et autres zones urbaines du pays. Certains y passent une retraite qu’ils veulent dorée, d’autres y vont régulièrement pour y acheter du whisky 18 ans d’âge, une boule d’édam bien rouge, du chocolat Toblerone et quelques autres bricoles qui font ici la joie de tous. Une véritable caricature de la soif insatiable de consommation qui prévaut dans le pays du socialisme du XXIe siècle!

Quelques touristes étrangers, égarés dans leur hôtel tout-compris (d’où ils ne devraient jamais sortir s’ils ne veulent pas perdre leurs illusions), viennent compléter le paysage.

Derrière tout cela, la vraie Margarita, celle des pêcheurs et des petites gens, a disparu, emportée depuis belle lurette par le tsunami touristique et marchand. On a l’impression d’être arrivé ici cinquante ans trop tard!

Objectif

Toutefois, pour être objectif, j’ai malgré tout aimé :

  • la mer, suffisamment vaste pour nous faire croire qu’elle est encore propre
  • le musée marin de Boca del Río, l’un des rares espaces intelligents sur une île où la culture est réduite à sa plus simple expression
  • le village de San Francisco de Macanao, miraculeusement préservé des hordes touristiques, au pied des montagnes de la partie occidentale de l’île
  • le coucher de soleil sur la plage de La Guardia, autre village resté à l’abri des foules
  • Le marché aux poissons de Los Cocos à Porlamar, pour la fraîcheur et la variété de ses poissons, ainsi que pour son ambiance unique
  • la plage de La Restinga, non pas qu’elle soit jolie, propre ou déserte, mais pour son ambiance de désolation infinie
  • la possibilité de faire des photos de mer, ce qui est plutôt rare pour moi qui vis en montagne à 400 km de la première plage (vous pouvez voir le diaporama sur Flickr)

Post-scriptum

Loin de moi l’intention de m’immiscer dans la guerre des blogues qui sévit à Margarita (d’ailleurs plutôt calme ces derniers temps), mais force est de reconnaître que ma vision est plus proche de celle de X que de celle de Laurent el Margariteño!


La respiration du monde

20 septembre 2008

Avez-vous déjà vu la Terre respirer? Le site Breathing Earth nous permet de vivre sa respiration en temps réel. Et c’est plutôt impressionnant. Vous y verrez une simulation de la production de dioxyde de carbone (CO2) par pays. Chaque fois qu’un pays émet de 1000 tonnes de CO2, il passe au rouge.

Il n’est pas difficile de deviner qui clignote le plus à ce petit jeu : les États-Unis, toutes les 4,9 secondes, suivis par la Chine, toutes les 9,2 secondes, la Russie toutes les 22 secondes et l’Inde toutes les 25,8 secondes.

Le premier pays latino-américain qui passe au rouge est le Mexique, après 1,4 minute. Suivent le Brésil (1000 tonnes de CO2 produites en 1,7 minute), l’Argentine (3,9 minutes) et le Venezuela (4,9 minutes).

Il s’agit là de production totale de CO2. Si on ramène cette production par habitant, les États-Unis (304 millions d’habitants) renforcent évidemment leur première position, face à des pays beaucoup plus peuplés. En Amérique latine, le Mexique fait assez mauvaise figure. Avec ses 107 millions d’habitants, il produit plus de CO2 que le Brésil (186 millions d’habitants). Le Venezuela n’est pas brillant non plus : avec seulement 26 millions d’habitants, il produit presque deux fois plus de CO2 que sa voisine la Colombie (46 millions d’habitants). J’en avais déjà commenté quelques-unes des raisons dans un précédent billet.

L’Inde s’affole

Le site Breathing Earth offre en prime une simulation du rythme des naissances et des décès dans chacun des pays du monde. Et là on voit l’Inde s’affoler, avec une naissance toutes les 1,3 secondes et un décès toutes les 3,5 secondes. La Chine ne se trouve pas en reste : une naissance toutes les 1,8 secondes et un décès toutes les 3,5 secondes.

Le total des naissances, des décès et des émissions de CO2 depuis que l’on consulte le site s’affiche dans un coin de page. Dans le temps qu’il m’a fallu pour écrire ce court billet, 5945 personnes sont nées dans le monde et 2560 sont mortes. Et 1.065.000 tonnes de CO2 ont été émises.

Et moi, avec ce fichu ordinateur, j’ai produit combien de CO2 pendant ce temps?


Sarah Palin, la Hugo Chávez venue du froid?

15 septembre 2008

poupées Sarah Palin

Petite devinette : quel est le dirigeant politique qui a menacé d’évincer d’un champ de gaz appartenant à l’État la plus grande compagnie pétrolière du monde, Exxon Mobil, ainsi que ses partenaires BP, Chevron et ConocoPhillips; qui a augmenté les taxes sur les profits pétroliers de 1,5 milliard de dollars par an; et qui a empêché les compagnies privées de s’approprier d’un pipeline de 25 milliards de dollars?

Hugo Chávez, vous dites?

Pauvres amis, mais vous n’y êtes pas du tout! Il s’agit de Sarah Palin, gouverneure de l’Alaska et pétulante colistière de John McCain à l’élection présidentielle des États-Unis! Étonnant, non? Il n’en fallait pas plus pour que s’instaure aux États-Unis un débat sur le thème Sarah Palin: The Hugo Chavez of Alaska.

Hypocrisies

Ho là! Pas si vite, cowboy! Il y a beaucoup de politique à la petite semaine derrière cette affirmation choc. Par là, les Républicains cherchent essentiellement à prouver deux choses : 1. qu’ils ne sont pas à la botte des grandes compagnies pétrolières, et 2. qu’ils sont eux aussi capables d’augmenter les taxes pour les redistribuer à la population. En d’autres termes, ils veulent créer la confusion et se faire plus Démocrates que Barack Obama! Belle hypocrisie, car l’histoire ne dit pas que Sarah Palin est une fervente partisane du développement des forages pétroliers dans la réserve naturelle de l’Alaska (Arctic National Wildlife Reserve) et qu’elle est de ce point de vue la candidate du lobby pétrolier.

Ce qui ne manque pas de piquant dans ce débat profondément biaisé, c’est que, sur l’estrade, Sarah Palin s’enorgueillit d’être une « dure » qui ne craint pas de combattre de front les compagnies pétrolières. Et comment justifie-t-elle la nouvelle taxe qu’elle a imposée sur les exploitations pétrolières? « Nous retournons la vaste richesse que possède maintenant l’Alaska au propriétaire de ces ressources, le peuple de l’Alaska ». On croirait entendre Hugo Chávez en personne!

Belle hypocrisie ici aussi : ce qui est bon pour une gouverneure de l’Alaska devient subitement mauvais pour le président du Venezuela, ce « dictateur socialiste » honni par tout Républicain qui se respecte.


Un jeu si innocent…

31 août 2008
Devenez mercenaires...

Devenez mercenaires...

C’est ce 31 août que sort aux États-Unis (et le 5 septembre en Europe) le nouveau jeu vidéo Mercenaries 2 – World in Flames [adaptation française : Mercenaries 2 : L'enfer des favelas], une production de Pandemic Studios pour Electronic Arts.

Cette fois, les vilains mercenaires débarquent au… Venezuela! En effet, là-bas, « un tyran avide de pouvoir utilise les ressources pétrolières du Venezuela pour renverser le gouvernement et transformer le pays en champ de bataille », comme l’annonce d’emblée l’éditeur, qui précise aussi que « le Venezuela est totalement destructible ».

Autant vous dire que Hugo Chávez n’a pas aimé… Il a déclaré haut et fort que ce jeu faisait partie de l’arsenal de propagande qui s’élève contre son gouvernement aux États-Unis et dans le monde. Pire encore, selon lui, ce jeu pourrait préparer les esprits à une invasion réelle du Venezuela par les États-Unis. Les éditeurs de Mercenaries 2 ont répliqué en disant que « ce n’était qu’un fichu jeu vidéo ». Un peu léger…

... et découvrez une ville qui ressemble étrangement à Caracas

... et détruisez une ville qui ressemble étrangement à Caracas

Bien sûr, ce n’est qu’un jeu –extrêmement violent, par ailleurs, et dénué de la moindre valeur éthique. Toutefois, sans aller aussi loin que Chávez, qui y voit une collusion entre le gouvernement des États-Unis et l’éditeur, il faut bien reconnaître que Mercenaries 2 n’est pas aussi innocent que cela.

Désireux de mettre du piment et d’ajouter de l’authenticité à leur scénario, les créateurs du jeu se sont inspirés d’une situation politique réelle et l’ont fait en se plaçant résolument, bien entendu, du côté étatsunien. Cela donne pour résultat une vision tronquée et manichéiste de la réalité, dans laquelle les bons et les mauvais sont connus d’avance.

Je n’ai pas joué au jeu, mais je peux parier que les bons en question finissent par triompher grâce à leur intelligence, leurs astuces et leurs multiples vies, tandis que les mauvais, bien qu’extrêmement puissants et très bien armés, font figure de brutes idiotes. Les premiers sont étatsuniens (et assimilés), les seconds sont vénézuéliens.

Telle est la belle image qui sera projetée aux dizaines de milliers d’ados qui joueront ingénument à ce petit jeu « sans importance ». Subtile propagande : ceux qui la fabriquent ne s’en rendent même pas compte!

Vous êtes curieux? Vous voulez voir à quoi ressemble le Venezuela de Mercenaries 2? En voici la bande-annonce. Accrochez-vous bien!


Dans la vitrine

20 juillet 2008
Les petites filles...

Les petites filles...

J’ai beau avoir passé de nombreuses années de ma vie au Venezuela, ce pays ne cessera jamais de m’étonner. Jusqu’où ira-t-il?

Je déambulais hier dans le centre de Mérida, lorsque je fus attiré par un attroupement devant les vitrines d’un magasin de vêtements. Surprise et consternation! Des petites filles -les plus jeunes devaient avoir 4 ou 5 ans- étaient en train de se trémousser devant un public admiratif. Des mannequins vivants revêtus des vêtements et accessoires vendus dans le magasin.

Visiblement, elles aimaient ça. Il a suffi que je dégaine mon appareil photo pour qu’elles prennent des poses quasi professionnelles -faux sourire y compris. De petites miss en puissance.

J’ai déjà écrit un billet sur les concours de beauté pour enfants qui s’organisent ça et là dans le pays. Dans la récente émission Faut pas rêver consacrée au Venezuela, un mini-reportage illustrait également la fièvre qui accompagne les concours de petites miss dans les écoles. Toutefois, même s’ils peuvent être considérés néfastes pour de jeunes enfants, ces concours ont lieu dans des cadres fermés, selon des règles bien établies. Avec les vitrines, on fait un pas de plus : on expose les petites filles aux yeux de tous, sans cadre régulateur. Le quelconque passant devient alors voyeur par le simple fait de déambuler par là. Question : que se passe-t-il dans les têtes des uns (admirateurs) et des autres (admirées) en cet instant de rencontre?

Course folle à la beauté

On pourrait épiloguer sans fin sur le phénomène. Reconnaissons qu’il est avant tout culturel : toute gamine vénézuélienne qui se respecte rêve d’être un jour miss, et pour cause : les médias -la télévision en tête- lui en mettent plein la vue de ces miss qui réussissent, véritables princesses des temps modernes. La pauvreté (mais pas seulement elle) accentue le phénomène : être miss, c’est monter dans l’échelle sociale, c’est avoir une chance de réussite. À la limite, tout cela serait normal si les parents n’en remettaient pas une couche, et une grosse. Fiers de leur progéniture, ils désirent ardemment que leurs enfants deviennent « quelqu’un ». Il suffit que leur gamine de deux ans manifeste une coquetterie spéciale pour qu’elle soit immédiatement poussée à la développer à l’extrême. On en fera une miss! On la maquillera, on la déguisera, on l’accompagnera dans cette course folle à la beauté. Et on n’hésitera pas, le cas échéant, à la placer dans une vitrine! Terrible programme!

Quel mauvais service est ainsi rendu aux enfants, sans le savoir. Quel mal leur est fait, en les dirigeant aveuglément vers les valeurs les plus superflues et les plus superficielles. Et quelle lourde responsabilité assument donc les parents envers leurs enfants, sans qu’ils en soient bien conscients.

Ainsi va la vie, ainsi va l’éthique dans ce Venezuela trop souvent absorbé par le futile, trop sensible aux paillettes, surtout si elles viennent du Nord.

En d’autres lieux, ce sont d’autres types de femmes que l’on rencontre derrière les vitrines. La différence entre les deux n’est peut-être pas aussi grande qu’il n’y paraît.

... et les ados

... et les ados