Le Michel-Ange méconnu d’Aricagua

4 juillet 2009
L'église d'Aricagua

L'église d'Aricagua

Vous connaissez Aricagua? C’est l’un des Pueblos del Sur de l’État de Mérida, au Venezuela. L’un des plus isolés. Pour parcourir les 85 km qui le séparent de la ville, il faut compter un minimum de quatre heures sur une route des plus spectaculaires, mais aussi des plus risquées. Bref, toute une équipée.

J’étais à Aricagua la semaine dernière. Comme souvent lorsque je visite un village, je suis rentré dans l’église, non en raison d’une spéciale dévotion, mais parce que c’est généralement le bâtiment le plus remarquable du lieu. Et là, illumination! L’église d’Aricagua ne ressemble à aucune autre dans la région. Elle est décorée de fond en comble de couleurs particuièrement lumineuses et arbore d’immenses fresques sur le plafond. Il s’en dégage une atmosphère sans pareille, bien différente des petites églises sombres et dépouillées de la plupart des villages andins.

Splendeur inattendue

Dioban Márquez Carrillo

Dioban Márquez Carrillo

La personne à l’origine de cette splendeur inattendue? Un homme, un peintre. Il s’appelle Dioban Márquez Carrillo. C’est lui qui, depuis mai 2008, a repeint de haut en bas, de bas en haut, l’église d’Aricagua. Le prêtre de l’endroit l’a engagé pour cette tâche immense il y a quatorze mois déjà. Il lui reste à terminer toute la nef gauche. Un travail de titan.

Par chance, Dioban se trouvait à l’œuvre au moment où je visitais les lieux. J’ai donc pu en savoir plus sur ce personnage singulier qui n’a pas hésité à abandonner durant de longs mois son lieu de résidence pour se lancer dans cette folle aventure au fin fond des Andes.

Dioban Márquez Carrillo a étudié à l’école d’art de l’Université des Andes, à Mérida. Fervent admirateur des peintures murales que l’artiste ukrainien Ivan Belski a réalisées dans la cathédrale de Mérida, il a toujours eu un goût particulier pour la peinture religieuse, qui est ainsi  devenue sa spécialité.

Pinceau créatif

À Aricagua, Dioban ne s’est pas contenté de peindre sur le plafond des scènes inspirées de la vie du Christ. Il a aussi décoré la coupole, y alternant scènes religieuses et anges décoratifs. Mais encore, il a peint  tous les murs, tous les plafonds, toutes les colonnes de l’église, leur conférant des textures de marbre, de pierre ou même de ciment ou les décorant de motifs géométriques qui simulent des moulures en trois dimensions. Pas un centimètre carré n’a échappé à son pinceau créatif et appliqué.

Les nièces du curé

Les fresques du plafond apparaissent évidemment comme les œuvres les plus ambitieuses et les plus achevées de ce grand ensemble pictural. Pour les réaliser, il a d’abord travaillé sur papier, avec des modèles vivants à qui il demandait de poser. Ainsi, ce sont des nièces du curé qui ont posé pour représenter la Vierge Marie et Marie-Madeleine ! Pour simuler une tombe sur laquelle quelqu’un était en pleurs, un simple casier de bière a fait l’affaire !

Ensuite, monté sur un échafaudage, à une dizaine de mètres de hauteur, il a transposé les scènes ainsi ébauchées sur l’immense surface du plafond. Il travaillait non pas couché, mais assis, la tête vers le haut. Une position pas vraiment confortable.

Une belle réussite

L’entreprise est une belle réussite. Aricagua possède maintenant l’une des églises les plus lumineuses de la région. Ses vitraux se marient parfaitement avec les tons pastels choisis par Dioban pour donner vie au lieu.

Véritable Michel-Ange des Andes, l’inlassable Dioban aura laissé à Aricagua une œuvre digne, toutes proportions gardées, du grand maître italien.

La coupole

La coupole


Le spectre qui hante le Venezuela

10 mai 2009
Doña Bárbara au cinéma

Doña Bárbara au cinéma (María Félix)

Un spectre hante le Venezuela : celui de Doña Bárbara. Le personnage est une création de Rómulo Gallegos (1884-1969), écrivain et homme politique qui marqua son époque (il fut président de la république de février à novembre 1948, lorsqu’il fut renversé par un coup d’état militaire).

Rómulo Gallegos publia son roman intitulé Doña Bárbara en 1929. Il le retravaillera en 1930, pour en donner la version définitive en 1954. Dans cette œuvre que l’on pourrait qualifier de tellurique, les personnages abondent, mais c’est la terre, en l’occurrence les llanos vénézuéliens, qui en constitue le protagoniste principal. Les grandes plaines vénézuéliennes sont en effet le théâtre d’une lutte sans merci entre la civilisation et la barbarie, une lutte à la grandeur du continent. En cela, le roman dépasse le simple régionalisme et atteint une dimension latino-américaine, voire universelle.

La lutte oppose symboliquement Doña Bárbara, une femme violente, capricieuse et tyrannique, incarnation des forces primitives qui dominaient (dominent encore?) l’Amérique latine, à son antithèse Santos Luzardo, un jeune avocat venu de la ville, qui symbolise la raison et la justice. Quant à la synthèse, elle est donnée par Marisela, fille de Doña Bárbara, qui, à travers son amour pour Santos Luzardo, représente l’espoir, le progrès et l’avenir.

Dévoreuse d’hommes

Rómulo Gallegos

Rómulo Gallegos

Tout cela pourrait paraître didactique, mais fort heureusement Rómulo Gallegos fond le récit dans la culture profonde des Llanos, qu’il décrit de main de maître (sans pour autant tomber dans le pur réalisme ou naturalisme). Il évite ainsi le piège du roman à thèse, même s’il s’inscrit résolument dans le courant positiviste et progressiste, dans un combat contre tous les caudillismes qui affligèrent longtemps –et continuent d’affliger– l’Amérique latine. Tel est également le sens de son engagement politique au cours des années 1930 et 1940.

Le personnage qui donne son nom au titre du roman, Doña Bárbara, est l’archétype même de la femme dévoreuse d’hommes. Derrière cette image de sauvagerie et de terreur, qui la fait craindre de tous, il y a une terrible histoire d’abandon : son père a voulu la vendre à un marchand lépreux et, jeune encore, elle a été violée par un groupe de malfaiteurs, qui ont tué son amoureux. Réfugiée dans la forêt, elle se transforme en rebelle sauvage et superstitieuse, qui déteste les hommes et arrive à ses fins par tous les moyens, y compris illégaux. Elle acquiert ainsi une auréole de sorcière aux pouvoirs diaboliques, qui s’impose par la terreur. Il en est ainsi jusqu’à l’arrivée de Santos Luzardo, dont l’action « civilisatrice » vient remettre en cause le terrible statu quo régnant dans la région.

Machisme lourd

Eh bien, figurez-vous que de nos jours, cette Doña Bárbara, personnage emblématique s’il en est, continue à perturber le sommeil du mâle vénézuélien. Preuve en est que ce dernier voit volontiers dans la femme une fiera (bête sauvage) ou une cuaima (serpent vénimeux), pour reprendre des qualificatifs encore fréquemment employés. Il est un fait que la sauvagerie, voire la barbarie, ne se trouvent jamais loin de la surface dans le Venezuela contemporain. Le substrat que nous décrit brillamment Rómulo Gallegos dans son roman est toujours là. Il suffit en effet de gratter quelque peu pour qu’affleurent la violence et la brutalité, comme dans le roman.

Le machisme, en particulier, est et reste une composante importante du mâle vénézuélien. Et je ne parle pas ici des petites manifestations sexistes qui existent dans toutes les sociétés, mais du machisme lourd : la bigamie socialement acceptée, la violence conjugale, le dédain total de la femme… Or, il apparaît que l’antithèse de ce machisme-là est précisément cette femme dévoreuse de mâles que symbolise Doña Bárbara : une femme profondément déçue par les hommes, qui n’a d’autre solution que de se replier sur elle-même et sur ses enfants (car elle en a généralement beaucoup, machisme oblige!) et qui n’hésite pas à s’imposer, si besoin est, avec les moyens dont elle dispose, quels qu’ils soient, jusqu’à la haine et la violence.

Même si ces derniers temps l’urbanité a quelque peu adouci les angles, des Doña Bárbara, on en rencontre toujours à foison dans les villes et villages du Venezuela. Autrement dit : les Santos Luzardo (car il y en a aussi) sont loin d’avoir terminé leur croisade « civilisatrice ».

Tout espoir n’est cependant pas perdu : il existe encore des milliers de Marisela!

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fotoLATINA : mes meilleures photos du Venezuela (et quelquefois d’ailleurs)

3 mai 2009
Pêcheur à Elorza

Sur fotoLATINA : Pêcheur à Elorza

Dans mon dernier billet, je publiais une photo que j’aimais particulièrement : Trois générations. Pour vous dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, cette photo est arrivée là un peu par hasard. Je faisais en réalité un essai du service hellotxt qui permet de publier simultanément des informations et des photos sur Facebook, Twitter, WordPress et une foule d’autres sites dits “sociaux”.

L’essai à fonctionné et la photo a été publiée (notamment) sur venezueLATINA, qui est hébergé par WordPress.com. Mais ce blogue n’est pas vraiment (et ne se veut pas) un blogue de photos, même si, je le reconnais, je mets un soin particulier au choix des photos qui illustrent les articles.

Cela dit, la publication de cette photo m’a mis la puce à l’oreille : pourquoi ne pas créer, en parallèle, un vrai blogue de photos sur lequel je reprendrais mes meilleures photographies du Venezuela (et parfois d’ailleurs). Je me suis donc mis à la recherche d’un bon modèle de photoblogue et j’en ai trouvé un sur WordPress.com. Un modèle tout simple, qui fonctionne comme une sorte de galerie, à la différence près qu’il permet de commenter le sujet de la photo, les circonstances dans laquelle elle a été prise, etc. En un mot, donner vie à l’image.

Tonalités dominantes

En plus, le modèle est, d’un point de vue graphique, assez joli, ce qui ne gâche rien. Il place notamment chaque photo dans un cadre de couleur différente, définie automatiquement par les tonalités dominantes de l’image. Pas mal, non?

C’est exactement ce dont j’avais besoin. Une petite configuration et fotoLATINA était né. Ce nouveau site vient s’ajouter à la famille LATINA qui comprend déjà venezueLATINA (le présent blogue), boutiqueLATINA (la boutique en ligne de livres, CD et DVD sur l’Amérique latine) et rezoLATINO (le réseau des blogues francophones sur l’Amérique latine).

Je commence à me demander comment je vais trouver le temps de gérer tout cela… Mais c’est promis, venezueLATINA continuera au rythme moyen d’un article par semaine. Quant au blogue fotoLATINA, comme il nécessite moins de recherches, il devrait s’enrichir de plusieurs nouvelles photos par semaine. Le rythme en sera cependant irrégulier, car il sera ponctué par mes nombreux déplacements hors zone Internet (oui, il existe encore des endroits libres de Facebook, Dieu soit loué!).

Rendez-vous donc sur fotoLATINA pour y découvrir le Venezuela d’une autre manière : sous les milliers d’angles que procure la photo.


Camille Pissarro, un jeune peintre à Caracas

30 mars 2009
Cuisine en plein air

Cuisine en plein air

Saviez-vous que Camille Pissarro, considéré comme l’un des « pères de l’ impressionnisme », a passé une partie de sa vie à Caracas? C’était entre 1852 et 1854. Le jeune Pissarro était alors dans la vingtaine. Il n’était encore qu’un inconnu, passionné de dessin et de de peinture, désireux de s’engager résolument dans la vie d’artiste.

Camille Pissarro n’était pas tout à fait un étranger dans les Caraïbes. En effet, il était né en 1830 à Saint-Thomas, une île des Antilles alors colonie danoise (et devenue depuis possession des États-Unis, faisant partie des Îles Vierges). Sa mère est créole et son père, juif d’origine portugaise, est français. La famille tient une quincaillerie à Charlotte-Amélie, la capitale de l’île.

À l’âge de douze ans, le jeune Camille part étudier en France, à Passy, à la pension Savary. Déjà, il s’intéresse plus au dessin qu’aux mathématiques et monsieur Savary l’encourage dans cette voie. À son retour à Saint-Thomas en 1847, son père s’attend à ce qu’il s’intègre à l’entreprise familiale, mais il préfère s’adonner à la flânerie et au dessin, suivant en cela le conseil de monsieur Savary : se dédier à peindre des cocotiers!

Un jour, sur les quais de sa ville, il fait la rencontre du jeune peintre danois Fritz Melbye (1826-1869) et se lie d’amitié avec lui. Ce dernier l’incite à le suivre au Venezuela.  Sans obtenir la permission de ses parents, Camille quitte Saint-Thomas pour La Guaira, le port de Caracas, où il arrive le 12 novembre 1852. Plus tard, dans une lettre adressée en 1878 au marchand et collectionneur Eugène Murer, il expliquera ainsi sa décision: « Je me trouvais à Saint-Thomas comme employé de commerce bien rémunéré mais je ne pus supporter plus longtemps cette situation et sans y réfléchir vraiment, j’abandonnai tout ce que je possédais là-bas et m’enfuis à Caracas brisant ainsi les liens qui m’unissaient à la vie bourgeoise ».

Vision réaliste

Plaza Mayor de Caracas

Plaza Mayor de Caracas

Au Venezuela, il restera d’abord plusieurs semaines à La Guaira, sur la côte, avant de s’établir en 1853 à Caracas. Durant son séjour de 21 mois dans le pays, il fera un grand nombre de dessins, de croquis, d’études, et quelques peintures. On décèle dans ces œuvres de jeunesse une vision réaliste, quelque peu idéalisée de la vie locale, mais aussi la fraîcheur toute romantique d’un artiste qui refusera par la suite l’académisme des salons parisiens.

Caracas est alors un gros bourg de 45.000 habitants, encore très marqué par la ruralité. Aux alentours, les paysages agricoles et naturels restent dominants. Le mode de vie, même en ville, reste en grande partie rural. Si quelques-unes des œuvres réalisées par Pissarro pendant son séjour peuvent être qualifiées d’urbaines, la plupart témoignent de cette dimension rurale de la ville et des environs. Elles constituent un témoignage vivant de la capitale du Venezuela au milieu du XIXe siècle.

Durant son séjour, Pissarro a visité les alentours de Caracas. Il s’est notamment rendu à Galipan, dans la montagne proche, en juillet 1854, pendant la saison des pluies. Il aurait été logé là-bas par les Stürup, une famille danoise qu’il aurait connue par l’intermédiaire de Fritz Melbye. À Galipan, Pissarro a probablement fait des promenades dans la montagne de l’Avila, dont il a rapporté des dessins représentant la forêt et la nature environnante. Il a aussi dessiné et peint à l’aquarelle des scènes de la vie paysanne (dont la plus remarquable est sans doute Les joueurs de cartes, qui préfigure les peintures de Cézanne du même nom). De retour dans la ville, il a dessiné des scènes d’intérieur (plusieurs portraits de femmes) et d’extérieur (des musiciens de rue, un thème qu’il affectionnait particulièrement).

Atmosphères

Vers la mi-1854, la famille Pissarro demande à Camille de retourner à Saint-Thomas, pour y travailler dans l’entreprise familiale. La mort d’un frère et la santé fragile d’un autre rendent son retour plus pressant encore. Mais Camille refuse cette perspective. S’il accepte de retourner à Saint-Thomas, c’est seulement pour une courte période, parce qu’il désire avant tout se rendre à Paris pour s’y consacrer à la peinture. La famille acquiesce finalement et le 12 août 1854, Pissarro quitte la Guaira pour Saint-Thomas. Il laisse au Venezuela quelques amis, tels que Rafael Herrera Vegas, qui écrit au dos d’un de ses dessins : « Pissarro, lorsque tu seras dans l’opulente Paris, ville de plaisir, souviens-toi que tu conserves un vrai ami dans notre modeste Venezuela ».

Scène de marché

Scène de marché

Camille Pissarro aura passé presque deux ans au Venezuela. Deux années de découverte et d’apprentissage, aux cours desquelles il affinera ses qualités de dessinateur et de peintre, faisant preuve d’un sens du volume inhabituel et excellant à recréer des atmosphères. On peut considérer que son expérience au Venezuela a libéré son art des académismes : ses scènes de Caracas, vivantes, authentiques et spontanées, préfigurent indéniablement l’impressionnisme. Comme les impressionnistes, c’est dans la rue et la nature qu’il trouve sa principale source d’inspiration. Le studio ne sert qu’à retoucher ou perfectionner ce qu’il a glané sur le vif. C’est sans doute aussi au Venezuela qu’il a décidé de prendre le beau risque de se consacrer exclusivement à son art, donnant ainsi un nouveau sens à sa vie.

Voici quelques exemples de ses dessins, esquisses et croquis réalisés durant son séjour au Venezuela. La plupart proviennent de la collection de la Banque centrale du Venezuela.

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Pour en savoir plus :


Reynaldo Hahn, un Vénézuélien à Paris

7 mars 2009
Reynaldo Hahn, par Nadar

Reynaldo Hahn, par Nadar

Il a connu et fréquenté les plus grands artistes du Paris de la Belle Époque, mais il reste pourtant un inconnu, tel un personnage de second rôle perdu au cœur d’une période artistique particulièrement riche.

Il s’appelle Reynaldo Hahn et est Vénézuélien. Il est né en 1874 à Caracas d’une mère vénézuélienne et d’un père juif allemand, ami et conseiller du président francophile Antonio Guzman Blanco. En 1878, la famille Hahn quitte le Venezuela pour s’installer à Paris. Le petit Reynaldo n’avait que trois ans. Il ne reverra plus le pays de sa naissance.

Une fois en France, il s’intégrera très tôt à la vie parisienne. Doué pour la musique, il entre en 1885 au Conservatoire de Paris, où il reçoit notamment les cours de composition de Jules Massenet. À treize ans, il crée sa première pièce musicale. À 18 ans, chez les Daudet, il interprète les Chansons grises, son premier cycle de mélodies, dans lequel il met en musique sept poèmes de Paul Verlaine, en la présence de ce dernier.

Amant de Proust

Il fréquente les salons les plus huppés de l’époque, y fait la rencontre de Stéphane Mallarmé, d’Edmond de Goncourt, de Sarah Bernhardt et d’autres grands artistes du moment. En 1894, il fait la connaissance de Marcel Proust, dont il sera l’amant pendant deux ans. Proust transposera sa grande passion pour Reynaldo dans Un amour de Swann, sans toutefois jamais le nommer.

Reynaldo Hahn, par Jean CocteauAllant de salon en salon, Reynaldo Hahn interprète ses mélodies en s’accompagnant au piano. En 1900, il compose les Études latines, une suite de mélodies sur des poèmes de Leconte de Lisle, qui lui valent un succès instantané. Il devient ainsi la coqueluche du Tout-Paris. Outre ses mélodies, il compose un poème symphonique et des musiques de scène et de ballet, dont celle de Le Dieu bleu, créé le 13 mai 1912 pour les Ballets russes de Serge Diaghilev, sur un livret de Jean Cocteau et Federigo de Madrozo. Rien que du beau monde…

En 1914, lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale, il demande à partir sur le front (il avait été naturalisé français en 1912), puis travaille au ministère de la Guerre. Dans l’entre-deux-guerres, il commence une carrière plus officielle. Il est fait officier de la Légion d’honneur et devient professeur de chant à l’École normale de musique de Paris, où il côtoie entre autres le violoncelliste Pablo Casals et Nadia Boulanger. Durant cette période, il compose des opérettes et des comédies musicales, dont Ô mon bel inconnu sur un livret de Sacha Guitry en octobre 1933. Arletty en est l’interprète principale. À cette époque, il compose aussi de la musique de chambre, un concerto pour piano, un concerto pour violon, des chœurs et même un Agnus Dei pour baryton et soprano, des genres qu’il avait jusque là délaissés.

Brillante fin de carrière

À l’approche de la Seconde guerre mondiale, préoccupé par son origine juive, il quitte Paris pour Cannes, puis Monaco. À la fin de la guerre, de retour dans la capitale, il est élu membre de l’Académie des Beaux-Arts et est nommé directeur de l’Opéra de Paris. Brillante fin de carrière pour celui qui restera, avant tout, le musicien de la Belle Époque, compositeur de mélodies séduisantes et d’opérettes divertissantes. Marcel Proust le décrit mieux que quiconque dans Le Figaro du 11 mai 1903 :

Cet « instrument de musique de génie » qui s’appelle Reynaldo Hahn étreint tous les cœurs, mouille tous les yeux, dans le frisson d’admiration qu’il propage au loin et qui nous fait trembler, nous courbe tous l’un après l’autre, dans une silencieuse et solennelle ondulation des blés sous le vent.

Reynaldo Hahn meurt le 28 janvier 1947.

Il restera sans aucun doute comme le plus français des Vénézuéliens. Arrivé à l’âge de trois ans à Paris, il ne manifestera que très peu d’attache pour le pays qui l’a vu naître. Le Venezuela le lui rend bien : sauf auprès de certaine élite culturelle, Reynaldo Hahn y reste un parfait inconnu.

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Pour en savoir plus :

Écouter des extraits musicaux :

  • La Barcheta (extrait de Venezia) – Chanté et accompagné par Reynaldo Hahn. Gramo P 104 (1922/1923). 2 min 42 s

  • Le Cimetière de Campagne (mélodie) – Chanté et accompagné par Reynaldo Hahn. 2 min 25 s

  • Ô mon bel inconnu (Comédie musicale) – Air du magasin et Duo “Qu’est-ce qu’il faut pour être heureux” interprétés par Arletty et Reynaldo Hahn. 2 min 31 s

  • Autres pièces musicales

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Une Vénézuélienne à Washington

27 janvier 2009
Dream Quartet, photo de Geoff Quinn

Dream Quartet, photo de Geoff Quinn

La cérémonie d’investiture de Barack Obama a fait couler beaucoup d’encre. Mais qui donc a signalé qu’une Vénézuélienne figurait aux tout premiers rangs, parmi les invités d’honneur? Elle s’appelle Gabriela Montero, une pianiste de renom, qui, aux côtés du clarinettiste Anthony McGill, du violoncelliste Yo-Yo-Ma et du violiniste Itzhak Perlman (de gauche à droite sur la photo ci-dessus), forme une sorte de « quatuor de rêve ».

Dans le froid glacial de Washington, les quatre musiciens ont interprété une pièce de John Williams, intitulée Air and Simple Gifts, qui avait été composée spécialement pour l’occasion. À vrai dire, ce jour-là, les musiciens ont joué en playback. Ils avaient en effet décidé d’enregistrer la pièce deux jours auparavant afin d’éviter tout risque de rupture de corde ou de doigts congelés. Un couac n’aurait pas été le bienvenu dans de telles circonstances.

Il serait intéressant de savoir qui a choisi les musiciens et pourquoi. Obama lui-même serait-il intervenu? Dans le cas de Anthony McGill, le choix est transparent (et symbolique) : originaire de Chicago, comme Barack Obama, il est l’un des rares Afro-Américains à occuper un poste de premier instrumentiste dans un grand orchestre symphonique, en l’occurrence le Metropolitan Opera de New York. La présence de Yo-Yo Ma et de Itzhak Perlman, vedettes consacrées de la musique classique, est moins inattendue. Quant à Gabriela Montero, elle est certes connue, mais ne fait pas partie des stars, encore que ses improvisations, en fin de concert, sur des airs que lui propose le public, font l’admiration de beaucoup.

Et pour ceux qui auraient raté la partie de la cérémonie d’investiture durant laquelle a joué ce « quatuor de rêve », en voici les images :

Et pour ceux qui voudraient savoir où se trouvaient Gabriela Montero et le quatuor lors de la cérémonie d’investiture de Barack Obama,  scrutez cette photo extraordinaire de 1474 mégapixels de David Bergman et allez à la recherche des invités, dont bien entendu George W. , Condoleezza Rice, M. et Mme Clinton et John McCain (qui bougeait au moment de la photo!). Bon amusement!


Caballo Viejo : plein la vue, plein les oreilles

16 novembre 2008
Simón Diaz

Simón Díaz

Continuons sur la lancée de l’article précédent. L’auteur-compositeur de Caballo Viejo, Simón Díaz, vient de recevoir un prix Grammy latino pour l’ensemble de son œuvre.

Pour célébrer avec lui, je vous propose un florilège Caballo Viejo, à savoir une sélection d’interprétations de cette chanson devenue universelle. Je dis bien sélection : rien que sur Youtube, si l’on tape « caballo viejo », on n’obtient pas moins de 356 ocurrences! Je vous propose les interprétations qui me semblent les plus intéressantes, étonnantes ou représentatives. Vous en aurez plein la vue (malgré la qualité parfois médiocre des images) et plein les oreilles (j’ai tenté de choisir les vidéos dont le son n’est pas trop mauvais, ce n’est pas toujours évident).

Allons-y donc. À tout seigneur tout honneur, commençons par Simón Díaz interprétant lui-même son Caballo Viejo, avec, au milieu de la chanson, une libre improvisation destinée à une jeune dame, à la plus pure façon llanera :

Simón Díaz encore, en duo avec le toujours extravagant Juan Gabriel :

Simón Díaz toujours, en duo avec Plácido Domingo :

Continuons avec l’adaptation la plus connue, le succès des succès, celui des Gipsy Kings. Ces derniers se sont offert le luxe de transformer les paroles, la musique et même le titre, qui est devenu Bamboleo :

Pour rester dans les rythmes effrénés, voici une interprétation salsa de 1989, par la grande Celia Cruz (une caballa vieja, si je puis dire) :

Salsa encore : voici le portoricain Gilberto Santa Rosa et son groupe débordant de sabor (la vidéo amateur est de mauvaise qualité, mais admirez l’interprète qui continue à chanter imperturbablement entouré des fans féminines qui défilent pour venir l’embrasser!) :

Calmons les esprits. Voici l’adaptation d’une grande dame de la chanson espagnole, María Dolores Pradera :

Puis celle du galant numéro 1, le tombeur de ces dames (ici de mères et grands-mères étatsuniennes), j’ai cité Julio Iglesias :

Dans la même veine (mais en pire, si c’est possible), voici Raphael qui vient confirmer que le ridicule ne tue malheureusement pas :

Remontons d’un cran, et même de plusieurs, et écoutons José Feliciano, qui nous montre ici son grand talent de guitariste :

Roberto Torres maintenant, dans une version « classique » qui connut en son temps un grand succès :

Et voici un remix reggaeton de Andre MC Miami, dans lequel Roberto Torres (le même que ci-dessus) tient le rôle de caballo viejo auprès de jeunes beautés aguichantes. Un clin d’œil tout à fait convaincant :

Parmi les versions plus exotiques et moins connues, en voici une qui est bien intéressante, sur rythme de tango par Marga Mitchell :

Une version particulièrement dansante, par les Reyes de la Cumbia, dans une vidéo à la latina, comprenant évidemment de beaux mouvements de fessiers :

Plus académique maintenant, voici une adaptation pour chœur, par la Chorale universitaire Inocente Carreño, de Margarita :

Enfin, une très belle adaptation en langue arabe, par Nabil Mora (deuxième partie de la vidéo) :

Et voilà, le petit florilège est terminé. Si vous avez tenu le coup jusqu’ici, vous avez maintenant le droit de voter pour votre Caballo Viejo préféré, à travers ce petit sondage :