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Schola Juvenil de VenezuelaLa chorale de jeunes Schola Juvenil du Venezuela est de passage en France cet été.

Son premier concert aura lieu à l’hôtel de ville de Montreuil (Seine-Saint-Denis) le 31 juillet à 18 heures (entrée gratuite). Ce sera une sorte d’avant-première avant sa participation au célèbre festival Choralies de Vaison-la-Romaine (Vaucluse), où la chorale vénézuélienne aura les honneurs de la soirée d’ouverture, le 2 août à 20 heures, dans le cadre exceptionnel du théâtre antique de la ville.

La chorale Schola Juvenil du Venezuela est un ensemble de 45 adolescents, issus pour la plupart de milieux défavorisés. Cette chorale est partie prenante du concept du Sistema qui a permis depuis 1975, dans tout le pays, à plus de 270 .000 enfants sortis des  barrios (quartiers pauvres) des grandes villes du pays de recevoir une éducation atypique dans laquelle la musique et le chant sont des antidotes à la violence ordinaire.

Après l’école le matin, les enfants suivent dans un des 270 centres musicaux du Sistema l’apprentissage du chœur d’orchestre. En induisant discipline, travail, écoute des autres et responsabilité, cet apprentissage veut contrecarrer la misère ou la terreur ordinaire de la rue. L’enseignement y est gratuit, la méthode éducative est tout sauf élitiste : il ne s’agit pas tant d’atteindre la perfection technique que d’apprendre à jouer ensemble. À l’exclusion répond l’intégration.

La musique pour surmonter la pauvreté

José Antonio Abreu, le musicien et éducateur à l’ origine du Sistema, a pu écrire : « À l’ origine l’art était fait par une minorité pour une minorité. Puis il a été fait par une minorité pour une majorité. Maintenant, c’est le commencement d’une nouvelle ère, où l’art sera fait par une majorité pour une majorité. » Ou encore : « La pauvreté matérielle peut être vaincue par la richesse spirituelle, qui offre une disposition mentale, des principes éthiques et des instruments intellectuels efficaces pour surmonter la pauvreté ».

La schola juvenil du Venezuela à MontreuilDes grands noms, qu’on retrouve dans les orchestres et les chœurs les plus prestigieux, sont issus du Sistema : Maria Guinand, Alberto Grau, Gustavo Dudamel, qui dirige actuellement l’orchestre philharmonique de Los Angeles. Le Sistema, cet incubateur de talents issus des milieux populaires fît dire au directeur de l’Orchestre philharmonique de Berlin que  « l’avenir de la musique classique est au Venezuela ».

Lors de ses concerts en France, la chorale Schola Juvenil du Venezuela offrira un florilège de musique latino-américaine contemporaine et de musique populaire. Au programme également, l’Ave Maria de Monteverdi.

À ne pas manquer pour découvrir l’énorme talent des jeunes choristes vénézuéliens !

L’ensemble Schola Juvenil:

L’ensemble Schola Juvenil interprète Pata Pata, de Myriam Makeba:

Zamora, film de Roman Chalbaud

Une scène de « Zamora », film de Román Chalbaud (2009)

L’édition 2010 du Festival de Cannes se termine. Les palmes de tous acabits sont attribuées. Bravo.

Il n’y a pourtant pas que les palmes. C’est du moins ce que doivent se dire les participants vénézuéliens au festival, qui ont été plus que discrets cette année. Il est vrai que la cinématographie vénézuélienne ne se distingue généralement pas par son extrême originalité. Même s’ils participent régulièrement à des festivals, peu de films vénézuéliens ont connu une carrière internationale, les derniers en date étant Secuestro Express (2005) et Cyrano Fernández (2007).

Et pour cause : les thèmes sont le plus souvent redondants (la violence, la marginalité), les scénarios s’avèrent plutôt pauvres, les acteurs ont tous les tics des telenovelas, la technique est quelquefois déficiente et les moyens sont limités. Difficile avec cela de faire du grand cinéma, comme peut l’être (pour prendre l’exemple d’un pays aux dimensions comparables) le cinéma iranien.

Présence limitée

libertador morales

Libertador Morales, d'Efterpi Charalambidis

D’où cette présence limitée au Festival de Cannes. Cette année, deux long-métrages vénézuéliens produits en 2009 ont été projetés à Cannes, dans une quelconque section du festival (bien que non identifiée dans le programme officiel) : Zamora, de Román Chalbaud, et Libertador Morales, El Justiciero, d’Efterpi Charalambidis.

Le premier, réalisé par le doyen des cinéastes vénézuéliens, est une fresque historique relatant la lutte d’Ezequiel Zamora, qui prit la tête d’une révolte paysanne égalitariste au milieu du 19e siècle. Le second est l’histoire d’un mototaxista (un taximan à moto) dans le Caracas contemporain. L’un et l’autre ont été produits par la Fondation Villa del Cine, la nouvelle structure de production cinématographique mise en place par le gouvernement de Hugo Chávez.

Du côté des courts-métrages, la production Martes 13, de Domingo Olavarría, a été sélectionnée pour être projetée dans l’espace professionnel Short Film Corner.

Enfin, Lucía, long métrage en préparation de Rubén Sierra Salles, a été l’invité officiel de Cinéfondation, institution dont l’objectif est d’appuyer les jeunes cinéastes. Le jeune réalisateur vénézuélien, qui avait déjà reçu une bourse du Fonds d’aide au développement du scénario dans le cadre du Festival international de cinéma d’Amiens, a participé à l’Atelier du Festival de Cannes.

Téléfilm explosif

Ilich Ramírez Sánchez, dit "Carlos"

Ilich Ramírez Sánchez, dit "Carlos"

Mais le Vénézuélien qui a le plus fait parler de lui dans le festival de cette année ne se trouvait pas à Cannes. Il était plutôt emprisonné à la maison centrale de Poissy ! Il s’agit ni plus ni moins d’Ilich Ramírez Sánchez, alias Carlos ou Le Chacal, le fameux terroriste international qui défraya la chronique dans les années 1970 et 1980. Le 19 mai était en effet projeté au Festival, hors compétition, Carlos, le (télé)film explosif d’Olivier Assayas : une fresque de plus de cinq heures produite pour la télévision, -ce qui en soi provoqua déjà des remous dans un festival qui se targue de promouvoir le pur cinéma.

Cependant, la vraie controverse n’était pas là : elle se trouvait du côté d’Ilich Ramírez Sánchez, dit Carlos, qui, depuis sa prison, envoya le film aux gémonies. Sur la base du scénario, qu’il a lu, il affirme ne pas se reconnaître du tout dans le personnage présenté à l’écran : « Ce personnage n’a pas de rapport avec moi. On découvre un alcoolique drogué qui ne passe son temps qu’à tuer des gens et à se payer des femmes. On nous présente des attaques commandos complètement ridicules… Jamais les choses ne se font comme ça. Ce qui est présenté s’oppose à toutes les règles de combat ».

Dans la foulée, Carlos dénonce plusieurs inexactitudes historiques dans le scénario : la fameuse prise d’otages de l’Opep à Vienne en 1975 ne lui aurait pas été commanditée par l’ex-président irakien Saddam Hussein, comme le présente le film, mais par le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. D’autre part, Carlos affirme qu’il n’a jamais rencontré en 1978 le chef du KGB, Iouri Andropov, qui, selon le scénario du film d’Olivier Assayas, lui aurait donné comme mission de tuer le président égyptien Anouar el-Sadate.

Edgar Ramírez dans "Carlos", d'Olivier Assayas

Edgar Ramírez dans "Carlos", d'Olivier Assayas

Comme on peut le voir, Ilich Ramírez n’est pas content du film, même s’il n’en a vu que les « extraits diffusés à la télévision ». Il a même écrit une lettre pleine de pathos à celui qui interprète son personnage dans le film. Celui-ci, ironie du sort, est également Vénézuélien et s’appelle aussi Ramírez ! Il s’agit d’Edgar Ramírez, un acteur que l’on avait déjà vu dans Cyrano Fernández, où il tenait avec brio le rôle principal. Interpelé, l’acteur ne répondra pas à son homonyme emprisonné…

Tout cela, finalement, ce n’est que du buzz pour faire monter la tension autour du film d’Olivier Assayas. Comme il se doit, la presse, plus people que sérieuse, s’est emparée du sujet en allant interviewer dans sa prison le personnage mythique qu’est Carlos, histoire de réveiller les vieilles peurs qui dorment en nous… et de nous faire aller voir le film.

Les Vénézuéliens à Cannes, c’était donc cela : les quelques représentants officiels présents sont restés dans l’ombre la plus profonde, tandis qu’est sorti de son trou celui qu’on n’attendait plus, Carlos en chair et en os. Il est vrai qu’il est l’un de ces personnages mythiques qui font encore trembler dans les chaumières de France, de Navarre et d’ailleurs. Beau sujet de film, donc.

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Pour en savoir plus :
> La bande-annonce du film Carlos, d’Olivier Assayas

> L’interview d’Olivier Assayas à propos de son film « Carlos », dans Le Monde
> La lettre d’Ilich Ramírez Sánchez (« Carlos ») à son homonyme Edgar Ramírez
> Le reportage radio de RTL sur le film Carlos d’Olivier Assayas (avec interview du réalisateur et de Carlos lui-même) :

Artistes vénézuéliens en goguette

Sculpture de Jesus Soto

Sculpture de Jesús Soto (photo : Javier Volcán)

Coup sur coup, je tombe sur plusieurs informations concernant des artistes vénézuéliens en Europe, des musiciens pour être plus précis. On sait combien le talent musical est énorme dans ce pays. En voici encore deux illustrations, pour ceux qui auraient encore quelque doute à ce sujet.

Venezuela Crónica

Venezuela Crónica

Venezuela Crónica

Au Festival international de la guitare de Vendôme, dans le Loir-et-Cher, c’est un groupe vénézuélien qui, en compagnie d’un duo argentin, aura les honneurs du concert d’ouverture, le samedi 17 avril à 20h30. Son nom ? Venezuela Crónica. Cet ensemble a été créé par Cristóbal Soto à la fin des années 90. L’objectif premier était de rassembler les musiciens vénézuéliens vivant à Paris autour de leurs musiques traditionnelles et de faire partager au public leurs émotions. La richesse musicale du Venezuela aidant, le succès s’est trouvé au rendez-vous.

Cristóbal Soto

Le fondateur du groupe, Cristóbal Soto, est le fils de l’artiste plasticien Jesús Soto, célèbre pour ses peintures et sculptures géométriques d’art cinétique, mais aussi musicien à ses heures. Au début de sa carrière de musicien, il a été membre de nombreux groupes de musique traditionnelle vénézuélienne et sud-américaine. En 1971 et 1972, il est en France où participe comme musicien, acteur et acrobate au Grand Magic Circus que dirige Jérôme Savary. L’année suivante, il fait du cinéma : il est l’acteur principal du film de Jacques Doillon, Les doigts dans la tête.

Cristobal Soto avec Soledad Bravo en 1979

Cristobal Soto avec Soledad Bravo en 1979

Entre 1974 et 1996, il est de retour à Caracas où il travaille comme accompagnateur en concerts, disques et télévision de grandes figures vénézuéliennes et sud-américaines de la chanson, telles que Soledad Bravo, Mercedes Sosa, Simón Díaz, Cecilia Todd et Serenata Guayanesa. Il fonde plusieurs groupes de musique instrumentale vénézuélienne, comme Gurrufío, Los Anauco, Cañon Contigo et enregistre avec eux de nombreux disques.

En 1996, il revient à Paris où il continue sa carrière musicale : il participe à de nombreux groupes, en crée d’autres, comme Venezuela Crónica, la Fanfare La Tina, Yare, etc. Il joue aussi comme soliste de mandoline, son instrument de prédilection, et interprète aussi bien ses propres compositions que de la musique traditionnelle latino-américaine ou même des pièces baroques comme le Concerto pour deux mandolines de Vivaldi. Il dirige également des ateliers musicaux et est l’un des animateurs principaux des stages de musique vénézuélienne qui ont lieu depuis 2002 dans les Cévennes.

Les Festival de Vendôme vous offre donc une excellente occasion de rencontrer ce musicien prolixe, cette fois à la tête de l’ensemble Venezuela Crónica.

La Passion selon saint Marc

OSVALDO GOLIJOV, La Pasión según San Marcos

OSVALDO GOLIJOV La Pasión según San Marcos

La seconde nouvelle musicale du jour concerne la toute récente parution -chez Deutsche Grammophon, rien de moins- de l’œuvre La Pasión según San Marcos [La passion selon saint Marc] du compositeur argentin Osvaldo Golijov. Cet enregistrement exceptionnel a été réalisé par des musiciens vénézuéliens : les solistes sont Biella Da Costa, Jessica Rivera et Reynaldo González, le chœur est celui de la Schola Cantorum du Venezuela, l’orchestre est formé de membres de l’Orchestre symphonique de la jeunesse du Venezuela Simón Bolívar, le tout sous la direction de María Guinand.

L’œuvre est déconcertante et n’est sans doute pas facile à appréhender. Le critique Jacques Schmitt, sur ResMusica, la décrit de cette manière :

La musique est un mélange de rythmes afro-cubains et d’harmonies classiques modernes, tambourins et trompettes alternent aux chants, un melting-pot de rythmes et de mélodies insolites, mais avec une maîtrise de l’écriture dont témoignent les musiques de film du compositeur. Une passion profane dans les rues d’Argentine, du Venezuela ou de Cuba avec son concert de voix entremêlées. On est ici dans une célébration joyeuse et jubilatoire, sorte de tentative de synthèse des cultures comme Bernstein l’avait déjà envisagé dans sa géniale Messe.

Le coffret comprend deux CD (enregistrés à Caracas) et un DVD (enregistré en concert au Royal Carré Theatre d’Amsterdam en juin 2008).

Comme vous pouvez le constater, les artistes vénézuéliens se portent donc plutôt bien, même si leurs succès à l’étranger ne sont pas toujours reconnus à leur juste mesure dans le pays. Le vieil adage « Nul n’est prophète… » se vérifie donc une fois de plus.

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Contrapunteo en Elorza (Apure, Venezuela)

Contrapunteo en Elorza (Apure, Venezuela)

Imaginez deux personnes en train de se dire vertement leurs quatre vérités, mais en chantant : c’est le contrapunteo, l’un des genres les plus excitants de la musique des Llanos du Venezuela et de Colombie.

Dans le contrapunteo, deux individus s’affrontent sur un fond musical de style llanero (harpe, cuatro, maracas, basse ou contrebasse). La musique, ici, n’est que prétexte. Elle n’est là que pour donner un rythme soutenu à l’improvisation de coplas (strophes) par les deux chanteurs (appelés ici copleros).

Se disputer en chantant

Le contrapunteo est une sorte de combat que se livrent de strophe en strophe deux ou plusieurs chanteurs. Bien qu’il soit le plus souvent totalement improvisé, il a aussi ses règles : le thème, libre dans certains cas, est parfois imposé. Le genre contrapunteo peut revêtir plusieurs formes : il est dit de pie forzado lorsque les chanteurs doivent terminer chaque strophe par le même vers. Il est appelé encadenado [enchaîné] lorsque le dernier vers d’une strophe doit être repris par l’autre chanteur comme premier vers de la strophe suivante.

Une autre règle concerne la rime des vers : on oblige les copleros à utiliser une terminaison spécifique, par exemple en -a, en -ao, en -anca, en -ansa, en -ato, en -azo, en -ante, en -ero, en -ia, en -ido, en -ino, … –certaines rimes étant bien entendu plus difficiles que d’autres.

Vivacité d’esprit

Ces contraintes obligent les chanteurs à faire preuve d’une grande vivacité d’esprit et de beaucoup de créativité. Car ils doivent en outre donner un sens à leur improvisation, répondre du tac au tac à ce qu’a dit l’adversaire. Certains se feront volontiers agressifs, d’autres joueront plutôt sur la subtilité, d’autres encore sur l’humour.

Un contrapunteo peut durer presque indéfiniment, jusqu’à épuisement des adversaires, bien que le plus souvent on impose aux chanteurs une durée déterminée. À la fin, c’est le public qui décide quel est le coplero qui a été le plus convaincant ou le plus créatif. Un vainqueur est proclamé, mais ce n’est pas toujours le cas. De toutes façons, vainqueur ou pas, les deux adversaires finissent toujours par une forte embrassade au sortir de l’épreuve.

Genre littéraire

Le contrapunteo a indéniablement un rapport direct avec la poésie. La copla bien construite devient un véritable genre littéraire qui consiste à exprimer une idée complète en quelques vers improvisés : une sorte de haïku en moins contemplatif, en quelque sorte. Les thèmes les plus récurrents sont le llano en tant que terroir ; la vie quotidienne du llanero, ce cowboy latino-américain ; ainsi que, sujets évidemment incontournables, l’amour et les femmes ! Les meilleurs copleros sont aussi de grands poètes, comme le sont d’ailleurs nombre d’habitants des Llanos, inspirés sans doute par la nature immense qui les entoure.

À l’instar de toutes les musiques improvisées, le contrapunteo est en soi extrêmement excitant, tant pour le chanteur que pour le spectateur. À chaque fois, devant tant de talent et de créativité, on a l’impression de vivre un événement unique qui ne se répètera plus jamais. En d’autres termes, on est convaincu qu’on se trouve, face à ces deux chanteurs, au bon endroit et au bon moment…

C’est sans doute là le secret de l’énorme force d’attraction du contrapunteo, ce chant venu des profondeurs du llano, dont l’art est transmis de génération en génération.

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Pour illustrer ce billet, voici quelques vidéos. Étant donné la teneur du contrapunteo, il est clair que la connaissance de l’espagnol (de l’espagnol du Venezuela, voire de l’espagnol des llanos du Venezuela) est nécessaire pour l’apprécier à sa juste valeur. Une traduction ne ferait que pâle figure à côté de la créativité linguistique de certaines coplas.
Voici d’abord Alcides Padilla et Eimer Escalona dans un contrapunteo encadenado :

Pour ceux qui veulent écouter la suite, c’est ici et ici (plus de 20 minutes de contrapunteo !)
Le contrapunteo n’est pas réservé aux hommes. Voici Dulce María León et La Negra Linares en pleine action :
>> Voir la transcription de quelques coplas.
>> Télécharger en format mp3 le CD Joropo y Contrapunteo sur Amazon.fr.

De la musique vénézuélienne plein les oreilles

Orinoco sur Divergence FMIl existe en France un fou de musique vénézuélienne. Il s’appelle Gilles Bègue et il anime une émission sur Divergence FM, une radio libre de Montpellier. Pas n’importe quelle émission, puisqu’elle est consacrée exclusivement à la musique vénézuélienne. Il s’agit sans doute d’un cas unique en France. Orinoco –c’est le titre de l’émission en question– est diffusée tous les premiers jeudis du mois à 20 heures –heure française–, soit à 14h30 –heure vénézuélienne–. Elle est ensuite reprise le dimanche suivant aux mêmes heures.

tambours vénézuéliensCe jeudi 7 janvier, l’émission porte sur le tambour du Barlovento et sur le calypso vénézuélien. Pour la présenter, laissons la parole à Gilles Bègue, passionné et grand connaisseur de toutes les musiques vénézuéliennes, depuis les musiques populaires jusqu’au jazz, en passant par la musique académique :

Voyage à Barlovento, berceau du tambour afro-vénézuélien, au travers d’une rencontre avec Carlos Longa, professeur de percussion dans le village de Curiepe, avec qui nous découvrirons le son et les rythmes du tambour vénézuélien à l’état brut, sans artifice ni compromis.

Barlovento, sur la côte centrale du Venezuela , à 3 heures de Caracas, est bordée par une grande baie allongée. C’est un des rares endroits du pays où les vents les alizés, venant de la mer et chargés d’humidité, soufflent perpendiculairement à la côte. D’où ce nom de Barlovento (sous le vent). Les colons espagnols n’ont pas mis longtemps à s’apercevoir de la fertilité des terres et de l’excellente disposition du climat pour une culture intensive du cacao. Ils firent venir des esclaves d’Afrique pour travailler la terre. Après l’abolition de l’esclavage, les travailleurs noirs sont restés dans les plantations, continuant à les travailler. C’est vrai qu’ils n’avaient guère le choix. Barlovento est resté isolé jusqu’en 1920, date à laquelle fut construite la première route en provenance de Caracas. La population, en très grande majorité noire, conserva de fait pendant plusieurs siècles ses danses et ses coutumes .

La seconde partie de l’émission nous conduira à la découverte d’un genre musical encore inabordé en cinq années d’émission : Le « calipso de El Callao ». Musique tirant davantage ses origines de Trinidad et Tobago, elle est souvent chantée dans un idiome propre à cette région du sud de l’état de Bolívar, un patois ou papiamiento mélangé à de l’anglais, du néerlandais et de l’espagnol. Cette musique est très appréciée lors du carnaval. Le rhum et la danse font vite oublier que ce dialecte n’est pas compris par la plupart des vénézuéliens.

Diversité des thèmes

Pour vous donner une idée de la diversité des thèmes présentés dans Orinoco –ainsi que de la diversité des musiques du Venezuela–, voici une liste de sujets traités récemment par Gilles Bègue (cliquez pour écouter le podcast) :

Si vous ratez l’émission en direct sur Divergence-FM, vous pouvez l’écouter en podcast sur le blog musical d’Orinoco à l’adresse http://orinoco-divergence.musicblog.fr/. Les anciennes émissions y figurent aussi.

Gilles Bègue nous en offre donc plein les oreilles ! On l’en remercie !

Dudamel Superstar

Gustavo Dudamel dirigeant l'Orchestre national des jeunes Simón Bolívar du Venezuela au concert de Mérida (photo : FESNOJIV)

Il n’y en avait que pour lui. Dès avant le concert, des dizaines de milliers de personnes scandaient son nom : DU-DA-MEL ! DU-DA-MEL ! Lorsqu’enfin il apparut, ce fut le délire. Lorsqu’il commença à diriger l’orchestre, ce fut le silence. Et lorsque, plus de deux heures plus tard, il offrit un, deux, trois rappels, le stade était en folie !

Gustavo Dudamel est la nouvelle coqueluche du Venezuela, la superstar absolue dans ce pays qui n’en possède pas tellement. Question de popularité, il est le seul à pouvoir concurrencer les multiples misses qui font la gloire supposée du pays. Et pour cause : il symbolise à la perfection à la fois la culture et la réussite. Parti d’en-bas, il est arrivé haut, très haut : non content d’enregistrer chez l’emblématique Deutsche Grammophon, le voici qui succède au Finlandais Esa-Pekka Salonen à la tête de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles, rien de moins.

Carrière prodigieuse que celle de ce jeune musicien de 28 ans, formé par le Système des orchestres de jeunes et d’enfants du Venezuela (El Sistema), le fameux programme d’éducation musicale du Venezuela créé par José Antonio Abreu : un programme d’excellence qui se propose de faire de la musique un canal d’intégration pour les enfants vénézuéliens, toutes classes sociales confondues. Et de fait, nombre d’entre eux proviennent des barrios, les bidonvilles des grandes villes vénézuéliennes.

Plein de punch

Stade métropolitain

15 à 20.000 personnes pour Gustavo Dudamel

Je me trouvais parmi les 15 ou 20.000 personnes venues voir et écouter le phénomène Dudamel dirigeant l’Orchestre national des jeunes Simón Bolívar du Venezuela. Le concert était gratuit. Pour une telle occasion, le choix du stade métropolitain s’imposait.

Ce n’est pas sans une certaine appréhension que j’ai abordé le concert. De la musique classique dans un stade, devant des milliers de personnes électrisées, que fallait-il en attendre? Eh bien, ce fut une belle réussite : l’acoustique, contre toute attente, était de bonne qualité ; le public, dans sa grande majorité, savait écouter. Et puis, surtout, surtout, Gustavo Dudamel avait choisi d’interpréter un répertoire adapté au lieu et aux circonstances. Des œuvres pleines de punch qui n’allaient laisser personne indifférent.

De Wagner à Pérez Prado

Jugez-en : début en fanfare avec l’ouverture de l’opéra Rienzi de Richard Wagner. Contrairement à l’avis général, c’est la pièce qui, personnellement, m’a le mieux plu : découverte d’un son rond, puissant et ample qui allait être celui de l’orchestre tout au long du spectacle. La musique du grandiloquent Wagner se prête parfaitement à ce parti-pris esthétique qui est celui de Gustavo Dudamel en général.

Concert de Dudamel à Mérida

Un spectacle son et lumières

Suivirent le poème symphonique Francesca da Rimini de Tchaïkovsky, autre compositeur friand de surenchères expressives, puis le Concerto pour violoncelle d’Antonin Dvořák, que la soliste invitée Alisa Weilerstein enleva avec panache. Vint ensuite l’ouverture 1812, de Tchaïkovsky encore, une œuvre «explosive et tapageuse », selon les mots même de son compositeur, qui célèbre la victoire des armées du tsar contre Napoléon. Explosive et tapageuse, elle le fut, lorsque résonnèrent les canons et qu’un feu d’artifice déclencha la folie dans les gradins.

Contagieux

Il restait les rappels. Gustavo Dudamel fut loin d’être pingre, puisqu’il gratifia l’assistance de trois de ceux-ci. Le pot-pourri de mambos de Pérez Prado provoqua l’effet contagieux qu’il a toujours eu, même lorsqu’il est interprété par un orchestre symphonique de la taille de celui que nous avions devant nous.

Le joropo traditionnel vénézuélien Alma Llanera paraissait devoir terminer le concert. C’est en effet le thème qui, au Venezuela, indique que la fête est finie.

Aussi la surprise fut-elle immense lorsque l’orchestre entama aussitôt le Mambo de la comédie musicale West Side Story de Leonard Bernstein : un autre succès confirmé de Gustavo Dudamel, sur toutes les scènes du monde. Galvanisé par la foule, l’orchestre se déchaîna, sur fond de feu d’artifice.

Cette fois, c’en était bien fini. L’ovation était immense, l’excitation était à son comble. La soirée était une réussite : la musique classique avait débordé sur le populaire, arborant des couleurs et prenant des chaleurs qu’elle affiche rarement en salle de concert. Une espèce de croisement entre le Boston Pops Orchestra et les BBC Proms de Londres, avec en supplément l’effervescence communicative du public vénézuélien qui rencontrait ici son héros.

Le perdant

Concert de Dudamel à Mérida

Mambo !

Seul perdant de toute cette folle aventure : le gouverneur de l’état de Mérida, Marcos Díaz Orellana, qui fut abondamment hué par la foule lorsqu’on le présenta comme l’organisateur du spectacle invitant la population de Mérida à cette grande fête de fin d’année. Mal lui en prit : on ne se présente pas ainsi impunément devant la population d’une ville qui, dans sa majorité, a voté pour l’opposition aux dernières élections. Le public culturel-étudiant-classe moyenne qui est celui de la musique académique est évidemment loin d’être acquis au chavisme. Le gouverneur aurait dû le savoir.

Circonstance aggravante : sur les tracts et banderoles invitant au concert, c’est la figure du gouverneur –dans un accès de culte de la personnalité malheureusement trop fréquent parmi les chavistes–, qui figurait en bonne place. On aurait pu s’attendre à voir celle de Dudamel… Grave faute de goût et irréparable erreur de perspective. Car on ne se frotte pas de cette manière à celui qui est la superstar du Venezuela.

La banderole du gouverneur

La banderole du gouverneur

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>> En prime, un autre extrait du concert avec le pot-pourri des mambos de Pérez Prado, enregistré à l’aide d’une caméra plus professionnelle :

Le chavisme pour les nuls : c’est ainsi que s’intitule le premier des quatre volets que l’émission « Sur les docks » consacre au Venezuela sur les ondes de France-Culture. Alexandre Héraud et Yvon Croizier en sont les maîtres d’œuvre.

Au travers d’un abécédaire qui –si l’on en juge par les extraits cités çà et là– ne sera pas piqué des vers, on y passera en revue les bonheurs, heurs et malheurs du chavisme, du « A » d’Alegria (joie) ou d’Autoritarisme au « T » de Tristesse, en passant par le « C » de Caudillisme, ou encore celui de Cambio (changement). Sans concession, ce premier volet cherche à donner un éclairage original –quoiqu’imparfait– sur la complexité de ce qui se produit réellement au Venezuela par les temps qui courent.

Divers éclairages

Intitulée Le Venezuela: voyage au pays de Chávez, l’émission comprend quatre volets de 55 minutes, qui offriront, au travers de multiples interviews, divers éclairages sur le processus socio-politique en cours au Venezuela. Elle sera diffusée sur France-Culture du lundi 30 novembre au jeudi 3 décembre, de 17 h à 17 h 55, heure française (soit de 11h30 à 12h25, heure vénézuélienne).

Mais laissons Alexandre Héraud présenter lui-même en détail l’émission qu’il a produite, nous expliquer sa démarche et nous donner, par la même occasion, ses impressions du Venezuela :

Les quatre volets sont les suivants [Note : j'ai ajouté les podcasts après la diffusion des émissions] :

  • Le chavisme pour les nuls – Abécédaire du chavisme (lundi 30 novembre 2009)

  • L'équipe de "Sur les docks" à Caracas

    L'équipe de "Sur les docks" à Caracas

  • Mais qui est donc Lina Ron ? Portrait d’une révolutionnaire en armes (mardi 1er décembre 2009)

  • 23 de Enero, Caracas : une ballade révolutionnaire (mercredi 2 décembre 2009)

  • Attention Monsieur Branger ! (jeudi 3 décembre 2009)

En prime, voici un petit montage photographique-artistique sur le Venezuela réalisé par Alexandre Héraud lui-même :