Les « bolibourgeois » au théâtre
17 février 2008
On a eu de la chance hier soir : nous avons reçu à Mérida les mimes Bodecker & Neander, émules et élèves de Marcel Marceau, pour une unique représentation au Venezuela dans le cadre de leur tournée latino-américaine.
La grande salle du centre culturel Tulio Febres Cordero était bien remplie, mais –ô surprise!– les cultureux de la ville (qui sont pourtant légion dans cette ville universitaire) n’étaient pas au rendez-vous, sauf quelques rares exceptions. Absente aussi la belle bourgeoisie locale, celle-là même qui, sous la 4e République, a fait construire l’immense centre culturel et a été jusqu’à doter sa salle principale d’une fosse à orchestre, dans l’espoir qu’un jour on pourra assister à un vrai opéra à Mérida –espoir déçu jusqu’à présent.
Pourtant, Neander et Bodecker avaient de quoi attirer ce public cosmopolite toujours friand de spectacles internationaux. D’autant plus que la publicité avait été orientée autour de l’image de Marcel Marceau, qui n’est tout de même pas un inconnu au régiment.
Nouveau public
Qui étaient alors ces 1200 à 1500 personnes présentes dans la salle? Un public tout nouveau, parfaitement inhabituel pour ce genre de spectacle. Comment le définir? Pas mal de jeunes, mais pas l’étudiant universitaire type. Des familles aussi. Au total, un public résolument populaire. À 70 Bs. F. (plus de 20 euros au change officiel), le prix des places n’était pourtant pas donné. Quelle est donc l’explication?
Il faut savoir que le spectacle était organisé conjointement par le Gouvernement bolivarien de Mérida, la mairie de la ville, Ferisol (le comité des fêtes municipal) et une coopérative de production. Il avait donc une odeur officialiste certaine, suffisante pour faire fuir les allergiques au chavisme. C’est bien entendu ce qui explique l’absence des cultureux et de la bonne bourgeoisie traditionnelle.
Par contre, on peut supposer que les organisateurs officialistes ont distribué un certain nombre de billets à certains de leurs fonctionnaires et amis. On peut supposer aussi que la bolibourgeoisie, bourgeoisie bolivarienne, ainsi que l’on appelle les nouveaux riches issus du chavisme, a également fait acte de présence, histoire de faire montre de son nouveau vernis culturel.
Du vulgaire au sublime
Sans former une nomenklatura dans le sens strict, la bolibourgeoisie est composée essentiellement des nouveaux entrepreneurs qui s’enrichissent grâce aux nombreux contrats gouvernementaux, ainsi que des hauts fonctionnaires enrichis par les prébendes qu’ils reçoivent. Rien de bien neuf au Venezuela, où ce mode de fonctionnement à toujours été la règle. Mais plutôt gênant quand on se targue de vouloir construire le socialisme du XXIe siècle… Passons, ce n’est pas l’objet de ce billet…
Bref, c’est surtout cette bolibourgeoisie qui a rempli la salle. Ce renouvellement du public n’est pas nécessairement une mauvaise chose : il y a quelques années, ces mêmes personnes se seraient contentées d’un spectacle de divertissement vulgaire. Les voici qui touchent au sublime!
Car, faut-il le dire, le spectacle était à la hauteur. Bodecker et Neander nous ont offert un spectacle de toute grande qualité, alternant drame, humour, rires et pleurs, avec une économie de moyens proprement ahurissante.
Pour vous en convaincre, je vous présente un extrait du spectacle :
Avouez que les bolibourgeois en ont eu pour leur argent (qui n’était d’ailleurs peut-être pas tout à fait le leur…).
Publié par Jean-Luc Crucifix

Un petit instrument presqu’anodin se trouve au cœur de la musique vénézuélienne : les maracas. Faites de petites calebasses, de graines et de manches en bois, elles ont ainsi traversé les siècles, depuis leur origine amérindienne.
Le cuatro vénézuélien est une petite guitare à quatre cordes accordées en la, ré, fa#, si. Instrument très rythmique, il se joue en grattant ou écrasant les cordes selon des formes propres à chaque genre musical.
Décidément, je vais de surprise en surprise : un opéra à Mérida, ville de quelque 350 000 habitants, dans les Andes vénézuéliennes!
Les bouteilles de Solera Light sont jolies, mais elles sont aussi une véritable plaie pour le pays. Non consignées, on les retrouve le plus souvent, une fois consommées, le long des routes ou dans les endroits les plus impossibles. Et leur couleur bleue ne fait rien pour les dissimuler.
C’était dans un restaurant de Barinitas, 














