Peut-on encore écrire sur le Venezuela?

9 octobre 2007

Graffiti à Tostos

Comme vous le savez peut-être, je publie certains articles de venezueLATINA dans Agoravox et Centpapiers, deux médias –français et québécois, respectivement– promoteurs du « journalisme citoyen ». Je sélectionne pour ce faire les billets de portée plus générale, qui peuvent intéresser un public curieux, mais non spécialisé. Ce sont aussi, le plus souvent, des articles qui touchent de près ou de loin à la politique vénézuélienne.

Mon précédent billet, consacré à la corruption au Venezuela, fut de ceux-là. Publié dans les deux sites web cités plus haut, il attira une avalanche de réactions. Sur Agoravox, cela tourna même à l’hystérie. Je vous invite à y jeter un petit coup d’œil : les injures et les noms d’oiseaux volent bas, très bas, parfois à l’encontre de l’auteur (dur, dur), mais pas uniquement : les coups les plus forts (facho, stalinien, raciste…) se donnent entre commentateurs. Dans une telle logorrhée, personne n’y retrouverait ses petits…

De quoi s’agit-il exactement? D’un débat entre personnes qui ne connaissent pas le Venezuela, mais qui ont toutes une opinion arrêtée sur ce qui s’y passe. Une opinion qui correspond à une préconception ou matrice idéologique préexistante : Chávez (encore lui, bien sûr) est soit dieu, soit démon. Et de citer souvent des références politiques françaises (!) pour le prouver!

Dans tout cela, l’article original, son auteur, ses idées mêmes, ne comptent plus pour grand chose. Oubliés, évacués, remplacés par de grandes déclarations entendues qui ne mènent nulle part, mais qui, apparemment, font du bien à celui qui les profère.

D’où ma question de départ : peut-on encore écrire sur le Venezuela? Peut-on encore faire preuve d’indépendance d’esprit, de qualités d’analyse et de pondération quand il est question du pays de Chávez? Ou bien faut-il nécessairement s’aligner sur les grandes matrices idéologiques qui font la pluie et le beau temps en ces beaux pays de France et d’ailleurs?

Se taire?

Poser la question, c’est y répondre : oui, il est bien difficile d’afficher une vision critique –critique de gauche, progressiste, entendons-nous bien– du processus en cours au Venezuela. Cela disqualifie automatiquement le discours, tant au Venezuela qu’à l’étranger, où les esprits sont particulièrement échauffés sur la question. La « révolution » n’a que faire des mous et des faibles, elle doit aller de l’avant, selon les uns (dont Chávez lui-même). Il est insupportable de voir dans le processus en cours au Venezuela des aspects positifs et des avancées sociales indéniables, selon les autres. Pauvre de nous…

Je ne me tairai pourtant pas, même si je dois continuer à endurer des sarcasmes, des injures et des cotes plutôt basses dans l’applaudimètre du journalisme citoyen! Je continuerai donc à écrire –ici, dans Agoravox, Centpapiers ou ailleurs– avec ce même esprit d’indépendance, en tentant de conserver la lucidité qui fait défaut à beaucoup dès qu’il est question du Venezuela actuel.

Dur, dur, je vous dis.


Première lumière

30 avril 2007

Première lumière

La semaine dernière, j’ai eu la chance, le privilège, la joie d’assister au plus beau spectacle de la nature : la naissance de la lumière. C’était dans les Andes, quelque part entre Niquitao (Trujillo) et Calderas (Barinas), sur le camino real qui a relié pendant des années ces deux localités. La veille, nous avions gravi le col jusqu’à 3500 m, dans le brouillard le plus épais, pour ne pas dire dans les nuages. À 3200 m d’altitude, nous avions établi notre campement. On n’y voyait pas à 20 mètres. La frustration était complète.

En fin d’après-midi, le ciel a commencé à s’entrouvrir, puis s’est lentement déchiré. Peu à peu, le paysage s’est offert à nos yeux, imposant. Nous avons dormi tranquilles : nous nous trouvions enfin « quelque part ».

Mais la vraie récompense est arrivée à l’aube. Sous un ciel entièrement découvert, la première lumière a percé, timide. La montagne est devenue bleue, puis les montagnes sont devenues autant de vagues. Les Andes naissaient de la nuit!

Jamais la télévision n’arrivera à remplacer ce moment privilégié. Pas même NatGeo!


Une rivière plus loin

4 février 2007

Traversée du rio Masparro

Photo : ©Jaime Bautista

Je savais que cela existait, mais je ne l’avais jamais expérimenté personnellement : le franchissement d’une rivière sur une guaya (câble). Il y en a des centaines au Venezuela, qui traversent des rivières parfois en crue et relient à la « civilisation » des villages qui n’ont pas la chance (ou la malchance) de disposer d’une route d’accès. Ce sont donc des milliers de personnes qui, dans le pays, utilisent chaque jour ce moyen de transport.

Une guaya est une sorte de téléphérique rudimentaire. Elle est constituée d’un câble porteur en acier, d’un cajón (une petite cabine découverte) et d’un câble tracteur (en plastique). La traction utilise, faut-il le dire, la force des bras de l’utilisateur. Celui-ci peut éventuellement être aidé par une personne restée sur la berge.

La capacité est généralement limitée à une seule personne et ses bagages. La seconde personne doit donc rappeler la cabine avant de s’embarquer à son tour et faire appel à l’huile de ses bras. Le plastique du câble porteur étant assez abrasif, les mains en prennent un sacré coup!

Une fois au milieu du parcours, suspendu à plusieurs mètres de haut, on se sent un presque rien par rapport à la nature environnante : belle, mais aussi puissante et presque menaçante. Le jour où j’ai effectué la traversée, le débit de la rivière était faible, car nous étions en pleine saison sèche (celle-ci va de décembre à mars). Mais les jours de grandes eaux, le frisson est garanti!

La “Guaya” de La MaporitaPour ceux qui voudraient tenter l’expérience, la rivière représentée sur ces photos est le río Masparro, près de la communauté de La Maporita (état de Barinas). Nous nous trouvons à l’endroit exact où les Llanos (plaines du sud) rencontrent la Cordillère des Andes. Là, les routes se terminent et laissent place à des sentiers. Cette guaya est utilisée par les habitants des communautés de La Loma et Masparrito. Ils l’utilisent pour descendre leur production agricole, essentiellement du café, au village de La Maporita. Là, ils la vendront à un grossiste, puis reprendront la route de leurs Andes, en empruntant à nouveau la guaya