Désolant/Ecologique

Recyclage des déchets : Vénézuéliens, encore un (gros) effort !

Recyclage des déchets - CIULAMIDE

Une opération de recyclage des déchets organisée par CIULAMIDE

Chaque dernier samedi du mois, je me rends religieusement au rendez-vous de CIULAMIDE [Circuito Universidad de Los Andes para el Manejo Integral de los Desechos / Circuit Université des Andes pour la gestion intégrale des déchets]. L’objectif : recyclage des déchets ménagers du mois. L’action se passe sur un terrain du jardin botanique de l’université.

Sur place, tout le monde s’affaire dans un gentil désordre : ici le papier, là le verre, plus loin le plastique, juste à côté le carton. Les piles? Dans ce petit bac, là-bas. Et le métal? Là, juste derrière. Devant les gros bidons qui servent de dépôt, un ou une jeune volontaire aide à faire un tri supplémentaire : le verre selon les couleurs, les plastiques selon leur type, les métaux selon qu’il s’agisse de fer ou d’aluminium.

Cela pourrait paraître simple pour qui a fait un tri préalable à la maison selon les catégories voulues. Mais ces personnes avisées sont une minorité. Car la plupart des gens viennent avec de gros sacs où tout est mélangé. À eux alors de faire le tour des bidons pour classifier tant bien que mal le contenu de leurs sacs (dont certains récipients n’étant pas même lavés ou rincés ne sont pas acceptés).

Les plaisirs de la classification

Opération de recyclage à Mérida VenezuelaC’est que le Vénézuélien, sachant à peine faire la différence entre l’organique et le non organique, en est toujours à s’initier aux plaisirs de la classification des déchets. Il a donc du chemin à parcourir avant de devenir un expert accompli en la matière. Heureusement, tout cela se passe généralement dans la bonne humeur, comme il est de coutume par ici.

Les personnes qui vont chaque mois déposer leurs déchets ménagers lors des opérations de CIULAMIDE ont au moins la bonne conscience de faire quelque chose pour la planète. Elles sont sensibilisées au problème que représentent les déchets et tâchent de faire leur part. Toutefois, faut-il le dire, elles ne représentent qu’une infime minorité de la population. Qui plus est, une minorité socialement privilégiée que l’on pourrait définir comme la classe moyenne cultivée.

Des initiatives comme celle de CIULAMIDE, on peut en trouver ici et là, dans les grandes villes vénézuéliennes. Elles émanent généralement d’organisations non gouvernementales, d’universités (comme c’est le cas à Mérida), d’associations écologistes… Militants et volontaires forment le personnel nécessaire à ces opérations. Les organisateurs travaillent en cheville avec de petites entreprises spécialisées qui se chargent en aval de la commercialisation ou la transformation des déchets.  Le grand absent, ce sont les pouvoirs publics, ceux-là qui, en principe, devraient se charger de définir, tant au niveau local que régional ou national, une politique rationnelle de gestion des déchets, ainsi que d’en organiser au mieux la collecte.

De simples dépotoirs

Rationnel ? Ce qui existe en matière de collecte est tout le contraire. Seules les villes ont un service soi-disant organisé de récollection. Mais aucune ne procède à la classification ou au recyclage. Toutes les ordures sont rejetées pèle-mêle dans des décharges, qui sont le plus souvent de simples dépotoirs.

Quant aux villages, leur service de collecte des déchets se limite le plus souvent à une camionnette qui va décharger le tout en un endroit donné, en pleine nature. Et dans les hameaux et maisons isolées où on ne peut compter que sur soi, on fait comme avant : on jette tout au fond du jardin ou sous les bananiers… Seulement voilà : il y a cinquante ans, pratiquement tous les déchets étaient de nature organique, et se transformaient en engrais naturel. Actuellement, le plastique, les piles, les emballages de toutes sortes ont envahi les endroits les plus reculés. Une fois lancés au fond du jardin, ce n’est pas en compost qu’ils se transformeront…

La classification des déchets et le recyclage sont donc loin d’être passés dans les mœurs au Venezuela. Dans la grande majorité des foyers, tout passe sans regrets à la poubelle, à la rue, au jardin, ou ailleurs ! Beaucoup reste à faire en matière de sensibilisation de la population. Si vous voyagez au Venezuela, il n’est pas rare que de la voiture ou du bus qui vous précède, l’on jette à qui mieux mieux récipients en plastique, papiers et mêmes bouteilles par la fenêtre. Il y a pire : les dépôts sauvages fleurissent au détour de petites routes peu fréquentées. Il y a quelques années, dans une de ces décharges, j’avais même découvert un cercueil en excellent état !

Grand gaspilleur

Décharge au VenezuelaAutant dire que de manière générale, la question des déchets, ménagers ou autres, reste entière au Venezuela.  La situation est d’autant plus grave que le Vénézuélien moyen est gros consommateur et grand gaspilleur devant l’éternel. Les déchets s’accumulent donc de manière exponentielle aux quatre coins du pays : en 2009, chaque Vénézuélien produisait en moyenne 1,091 kg de déchets par jour, ce qui le situe presque au niveau des pays européens. Cependant, alors qu’on obtient un taux de recyclage des déchets de plus de 60 % en France, ce taux doit être de moins de 1 % au Venezuela…

Du côté des autorités –nationales, régionales ou municipales– qui sont censées trouver des solutions à ce problème de société, c’est la même ignorance qui prévaut. En effet, les décideurs, plutôt mal formés, sont généralement eux-mêmes des pollueurs qui, comme la majorité des Vénézuéliens, n’ont tout simplement pas la conscience de l’être… Comment leur demander, dans ces conditions, de prendre le problème à bras le corps ?

Tout n’est sans doute pas perdu. Après tout, il y a à peine cinquante ans, l’Europe ne faisait pas mieux que le Venezuela actuel. La prise de conscience de certaines couches de la population face à une question devenue planétaire est un fait. On sent une demande –encore vague, mais bien réelle– de la part de la population. Il y a seulement cinq ans, les opérations de CIULAMIDE n’auraient sans doute pas eu le même succès.

Il reste maintenant à espérer que ces petites gouttes d’eau lancées ça et là dans la géographie vénézuélienne finiront par former un fleuve aussi énorme que l’Orénoque.

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Une réflexion sur “Recyclage des déchets : Vénézuéliens, encore un (gros) effort !

  1. Dans un sujet connexe , la fameuse taxe carbone , ou comment en fait nous payons le pollueur ( multinationale ) avec l’argent public et pire , comment elle est un nouveau vecteur des dominations de l’économie occidentale . ( tace dont le principal lobbyiste était … BP en Europe ) .
    Je pense qu’ici aussi on joue à l’écologie : d’après la Municipalité , il est jeté chaque année 25% d’objets en plus sur la voie publique . Mais on a les poubelles jaunes ,vertes , bordeaux …tout ça me rappelle le dernier album des Bidochons : les Bidochons sauvent la planète . Eh bien ici les Vénézuéliens sauvent la planète et elle se sauve aussi , car elle a peur !
    ( Mais bon notre municipalité a fermé la décharge municipale pour qu’on aille à des km , alors évidemment , que faire des encombrants .. programmés du reste aussi par les fabricants qui limitent la durée de vie ) .

    Le rôle des pouvoirs publics est donc central car le geste individuel ne mène à rien sans une gestion publique , comme il est dit !

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