Artistique/Créatif/Traditionnel

Un artisan sur la corde

Alvino Escalona, artisan de Chacantá

Alvino Escalona prépare le « fique » pour fabriquer une corde

Vous êtes-vous déjà demandé comment on fabriquait un cordage avant l’invention des machines ? Mes pérégrinations dans les Pueblos del Sur de Mérida, au Venezuela, m’ont permis de rencontrer à Chacantá un personnage étonnant, dont l’activité est en voie de disparition : Alvino Escalona fabrique des cordes de manière totalement artisanale. Même les outils qu’il utilise ont été fabriqués de ses propres mains.

Pour confectionner ses cordes, il n’utilise pas comme matière première le chanvre, ainsi que ce fut le cas en Europe, mais bien le fique (Furcraea andina), une plante succulente semblable à l’agave, dont les longues feuilles sont très fibreuses. Originaire des Andes, le fique abonde dans la région, où il croît de façon sauvage.

Un kilo de fibre par an

La récolte du fique

La récolte du fique

La plante adulte possède un tronc d’environ 30 centimètres d’épaisseur. Ses feuilles, à bords lisses ou dentés, sont vertes et se développent autour du tronc en forme de lance. Elles peuvent mesurer de 50 à 200 centimètres de long et de 8 à 14 centimètres de large.

La fibre produite par le fique est fine, brillante et blanche. Elle se caractérise par sa dureté et sa résistance. Une plante sauvage produit normalement un kilo de fibre chaque année, mais certaines variétés cultivées peuvent produire de 3 à 6 kilos par an.

Le premier travail de l’artisan consiste à récolter à la machette les feuilles les plus vieilles et les plus longues (photo ci-contre). Il faut ensuite en extraire les fibres pour ensuite les laver et les sécher au soleil. Elles sont alors séparées au moyen d’un peigne artisanal fait de clous sur une planche. Vient ensuite la préparation des fibres en les nouant par petits bouquets de façon grossière (photo ci-dessus).

Un ingénieux système

Le plus intéressant vient ensuite : il s’agit de réunir un à un les petits bouquets afin d’en fabriquer une corde de la dimension voulue. Pour ce faire, Alvino Escalona a fabriqué, de ses mains toujours, un ingénieux système, en profitant de la configuration naturelle d’un arbre de sa propriété. C’est là, dans une prairie ouverte, qu’il a installé une espèce de tour, actionné à la main moyennant un mécanisme de treuil.

C’est un neveu d’Alvino Escalona qui est chargé d’actionner et de contrôler le système. Un premier bouquet de fibres est attaché au tour. Tandis que le neveu met en branle le mécanisme, Alvino Escalona unit les uns aux autres, par torsion, les bouquets de fibre qu’il avait auparavant disposés le long du parcours. Selon la longueur voulue de  la corde, ce parcours peut s’étendre sur plusieurs dizaines de mètres.

Une corde à trois brins

Une fois toutes les fibres unies les unes aux autres, on obtient une première corde à brin unique, très fragile. Il convient de la doubler, puis de la tripler, toujours en utilisant le tour. On obtient alors une corde à trois brins qui, si l’on en croit le Livre de l’Ecclésiaste 4.12, « ne se rompt pas facilement ».

Mais rien de tel qu’une vidéo pour illustrer ce mode tout à fait artisanal de fabrication. Voici donc Alvino Escalona fabriquant une corde à trois brins, et expliquant le processus :

Alviro Escalona est l’un des derniers artisans à continuer à travailler le fique dans les Pueblos del Sur et sans doute au-delà. Non seulement il fabrique des cordes, mais aussi ce qu’il appelle des chivas, espèces de filets à provisions fait de fique noué. Dans un village voisin, quelques artisans confectionnent encore des marusas, petit sacs en bandoulière également fabriqués en fique.

La concurrence du plastique

Auparavant, le fique était utilisé principalement pour la fabrication des sacs de café. Mais la concurrence des matières plastiques a eu pour effet de pratiquement terminer cette production. Le fique était aussi la matière première des semelles d’alpargatas (espadrilles), mais celles-ci se portent de moins en moins… Dans la Colombie voisine, la perte de ces marchés a été compensée par un développement de l’artisanat lié au tourisme. Rien de tel au Venezuela.

Alvaro Escalona est donc le survivant d’une lignée d’artisans en voie de disparition. Il en est conscient et forme ses neveux à son savoir-faire unique. Mais ceux-ci continueront-ils la tradition, alors que les motos, les téléphones portables et la télévision par satellite conquièrent sans le moindre merci jusqu’aux coins les plus reculés des villages andins ?

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2 réflexions sur “Un artisan sur la corde

  1. je n’ai pu voir la vidéo ni son lien pour y accéder …
    Une petite comparaison encore avec Madagascar : on y utilise le sisal , sorte d’agave qui ressemble fort au fique par son aspect et ses usages et qu’on exploite dans le sud semi désertique ( région nommée Anosy = pays des épines )
    On en confectionne aussi des cordes et des sacs , de façon artisanale et fort ingénieuse http://youtu.be/O52xQNQd8qM
    ….mais pas seulement : http://youtu.be/dBRm1GrjR_A

    sinon , on utilise du raphia , une sorte de palmier : http://youtu.be/E71KNolj9TI je ne sais pas si on en fait aussi au Venezuela …

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