Désolant/Politiquement incorrect

¡Hola! au Venezuela : un investissement garanti ?

¡Hola! Venezuela
Qui a dit que plus personne ne voulait investir dans le Venezuela de Chávez ? Que la politique économique du gouvernement faisait fuir les capitaux ? Que la confiance n’était plus au rendez-vous chez les investisseurs ?

Il y en a pourtant, dans ce Venezuela bolivarien, chaviste, révolutionnaire, qui n’hésitent pas à investir. C’est le cas de la maison éditrice du quotidien El Nacional qui vient de lancer, à grand renfort de publicité, l’édition vénézuélienne de la revue espagnole ¡Hola!.

Vous ne connaissez pas ¡Hola! ? Prenez Point de vue, hebdomadaire français spécialisé dans la vie des têtes couronnées, ajoutez Valeurs actuelles et un zeste de Paris-Match. Agitez bien fort et vous obtenez ¡Hola!.

¡Hola! est une revue hebdomadaire espagnole qui diffuse essentiellement ce que vous voulez savoir sur la vie des rois, reines, princes et princesses et vous dévoile les secrets les mieux gardés des people.  Accessoirement, on y trouve aussi, comme il se doit, des sections Mode, Actualité, Beauté, Femme, Homme, Cuisine et Décoration. La revue est diffusée dans plus de 70 pays et compte des éditions locales en Argentine, au Brésil, au Mexique, au Pérou, en Équateur, et maintenant au Venezuela. Il existe aussi des versions dérivées, qui paraissent sous le titre de Hello!, en Grande-Bretange, en Grèce, en Russie, en Turquie, aux Émirats arabes unis et en Thaïlande.

Croustillant

Bref, c’est le magazine familial par excellence, qui ne dérange personne mais est suffisamment croustillant pour intéresser tout le monde. La revue idéale à placer dans un cabinet médical ou dentaire.

La première couverture de Hola! Venezuela

La couverture du premier numéro de ¡Hola! Venezuela

La voici donc depuis un mois au Venezuela, où elle est bimensuelle. Comme dans les autres pays latino-américains où existe une édition locale, une grande partie du contenu éditorial concerne la vie des vedettes du cru. Mais, républicanisme oblige, par rapport à l’édition originale espagnole, il y est moins question des frasques des familles royales que de celles des stars hollywoodiennes et du showbiz étatsunien.

Décadence

C’est la maison d’éditions El Nacional qui en est propriétaire. La décadence continue donc pour ce quotidien qui fut longtemps considéré comme progressiste et de centre-gauche, puis passa résolument à droite, à la suite de l’arrivée de Hugo Chávez au pouvoir. À tel point que son actuel directeur et propriétaire, Miguel Henrique Otero, est le fondateur d’un mouvement politique d’opposition assez radical, le Movimiento 2D.

Sans doute fallait-il compenser la chute d’audience du quotidien, qui a perdu une grande partie de son aura à la suite de sa nouvelle orientation éditoriale (et à cause, sans doute aussi, de la concurrence d’internet). Mais fallait-il tomber aussi bas, au point d’éditer une revue de facture aussi légère et sensationnaliste ? Gageons qu’un calcul économique a au moins été fait et que la rentabilité se trouve au bout du chemin.

Frivolité

La rentabilité ? Cela en dit long sur le Venezuela de 2012. Après 13 ans de chavisme, une entreprise ne craint nullement d’investir sur un titre de presse certes populaire, mais non populaire au sens où Hugo Chávez l’entend. Une revue qui véhicule des valeurs qui vont à l’encontre de celles du bolivarianisme, du socialisme, de la révolution.

Il existe donc, sous ce régime taxé d’autoritaire, voire de dictatorial, un lectorat suffisant pour faire vivre une revue de cet accabit. Cela voudrait-il dire, en définitive, qu’après ces 13 années de chavisme, les mentalités n’ont pas changé pour un sou, qu’au Venezuela, le sensationnel se vend comme avant ? Ce serait là un dur constat. Mais il convient de le nuancer : c’est essentiellement dans les classes moyennes, qui sont précisément les principales consommatrices de cette revue, que les mentalités n’ont pas changé. Pour leur plus grande part, elles restent attachées à la frivolité, et ne manquent pas, à l’occasion, de s’en vanter comme d’une marque de fabrique vénézuélienne…

Influence idéologique

Les classes populaires, bien qu’elles restent en partie sous l’influence idéologique de cette classe moyenne frivole et superficielle (Miss Venezuela, Venevisión…), tendent aussi à s’en détacher, sous l’effet du discours mobilisateur de Hugo Chávez et des valeurs qu’il promeut. Il y a donc fort à parier qu’elles ne se précipiteront pas en masse sur le ¡Hola! vénézuélien, fort heureusement !

Mais cette prise de conscience progressive des classes populaires sera-t-elle suffisante pour que les valeurs socialistes deviennent hégémoniques dans le Venezuela de demain, condition pour que le socialisme s’affirme comme viable ? On peut en douter. En tout cas, les patrons de El Nacional ont déjà répondu : en investissant dans ¡Hola!, ils ont parié (et investi leurs capitaux) sur la persistance  des valeurs de frivolité dans la société vénézuélienne.

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4 réflexions sur “¡Hola! au Venezuela : un investissement garanti ?

  1. Alors que paso???
    nous n’avons plus de nouvelles en cette période d’élections.
    au plaisir de vous lire bientôt!
    un assidu de venezuelatina…

  2. En vacances au moment où Chavez est au charbon : allons allons , Capriles remontait mais n’a pu empêcher la déferlante … il ne fallait pas s’affoler .

    Cet article sur Hola est vraiment intéressant : à partir de ce simple prisme , que de choses sont vues et toujours avec cette pointe d’humour : alors comme ça les investisseurs investissent actuellement , et dans le décervelage des classes populaires.
    Il est vrai que cette sorte d’investissement est assez rentable en général …

    Sur les ondes nationales en France , on a eu droit à un pauvre propriétaire terrien des llanos , possesseur de milliers d’hectares ( 6000 ha ) dont une partie a encore été redistribuée et qui va quitter le pays si ça continue . Une femme pauvre des llanos , qui se plaint de l’insécurité sous Chavez et qui veut que ça change . Par contre pas de documentaire sur ce qui ressemble bien à une réforme agraire .
    Idem sur les villes . Aucun détail sinon sur l’insécurité . Ah ,qu’on aimerait alors se réfugier dans la lecture lénifiante de Hola !
    Dans l’Huma bien sûr c’est un autre son de cloche .
    Tout de même , y compris parmi mes collègues profs d’espagnol , la plupart se contentent de ce que les médias leur offre en pâture … c’est pourtant bien moins croustillant que Venezuelatina !

    Dans l’attente d’autres articles sur Venezuelatina .

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