Politiquement incorrect/Religieux/Traditionnel

Les candidats, le Christ et les vierges

Henrique Capriles Radonski et la vierge de Regla, Tovar, Venezuela

Henrique Capriles Radonski se prosterne devant la vierge de Regla

Hugo Chávez invoque le Christ plutôt deux fois qu’une. Henrique Capriles Radonski, son adversaire dans la course présidentielle, ne rate pas une occasion de se prosterner devant les vierges qui émaillent ses déplacement en province. Décidément, Christ, saints et vierges font partie de la campagne aux élections présidentielles du 8 octobre prochain au Venezuela.

Chacun a ses raisons. Hugo Chávez, qui se dit chrétien et catholique, a toujours invoqué le Christ révolutionnaire, celui des pauvres et des laissés pour compte, contre les fastes et les déviances de l’Église officielle. Alors que la hiérarchie prenait ouvertement position contre lui et adoptait des positions résolument politiques, notamment lors du coup d’État de 2002, c’est au Christ justicier qu’il en appelait, à celui qui avait chassé les marchands du temple. À l’entendre, Jésus en serait presque le précurseur du socialisme !

Autre coloration

Dernièrement, à la suite du cancer qui lui a été diagnostiqué, l’invocation du Christ par Hugo Chávez a pris une autre coloration, plus existentielle. Il s’agissait alors d’une réelle prière pour la vie, pour la survie, dont la plus émouvante fut celle qu’il fit dans sa ville de Barinas, en présence de ses parents, le 5 avril de cette année :

[Je suis chrétien dans le social, dans le politique et dans la foi / Donne-moi ta croix, Christ, je vais la porter, mais ne m'emporte pas déjà. Donne-moi la vie, Jesús, il me reste encore à vivre]

Le recours au Christ est donc revendiqué et assumé par Hugo Chávez. Aussi n’est-il pas étonnant qu’en pleine campagne électorale, le Christ soit utilisé au vu et au su de tous, telle une valeur transcendantale qui supplante tous les discours (photo ci-dessous).

Racines juives

Son adversaire n’est pas en reste. On le voit s’incliner devant les vierges les plus représentatives du pays. C’est le cas de la vierge de Regla, à Tovar, très populaire dans les Andes (photo ci-dessus), et surtout de la Virgen del Valle, la protectrice des pêcheurs de Margarita, très vénérée dans toute la partie orientale du pays.

C’est que Henrique Capriles Radonski doit, lui, prouver autre chose : qu’il est bel et bien catholique. On sait en effet que ses racines familiales sont juives : askhénaze du côté de sa mère, sépharade du côté de son père. Ses arrières-grands-parents maternels furent tués dans le camp de Treblinka et sa grand-mère maternelle, restée cachée pendant vingt mois dans le guetto de Varsovie, n’échappa que d’extrême justesse à ce même sort. La guerre terminée, en 1946, elle et son mari, André Radonski, débarquèrent au Venezuela en 1946 pour y tenter une nouvelle vie. Avec le succès que l’on sait, puisqu’en deux générations, ils ont créé la plus grande chaîne de distribution cinématographique du Venezuela.

Capriles devant la Virgen del Valle, Margarita, Venezuela

Capriles devant la Virgen del Valle

De son côté, la branche paternelle était juive d’origine hollandaise. Les premiers Capriles s’établirent au Venezuela à la fin du XIXe siècle, venant de Curaçao.  Le premier Capriles né au Venezuela fut Armando Capriles Mayeston, le grand-père de Henrique, en 1898. Lorsque ce dernier épousa Laura García Arjona, originaire de l’état andin de Trujillo, une région aux profondes racines catholiques, il accepta de se convertir au catholicisme. À partir de ce moment, tous les enfants de la famille furent élevés dans la religion catholique, sans toutefois ignorer leurs origines juives. Ce fut le cas de Henrique.

De telles origines juives sont lourdes à porter dans un Venezuela bolivarien qui, en 2009, a rompu ses relations diplomatiques avec Israël et entretient les meilleures relations avec l’Iran et la Palestine (laquelle possède une ambassade dans le pays).  Des partisans de Chávez, parfois à la limite de l’antisémitisme, ont taxé Capriles de "sioniste". Aussi est-il décisif pour l’adversaire de Chávez, dans ce pays aux racines et traditions catholiques, de mettre l’accent sur sa pratique religieuse chrétienne.

Au cœur de la campagne électorale

Hugo Chavez avec affiche du Christ

Le Christ et Chávez en campagne

Le Christ et les vierges se retrouvent donc au cœur de la campagne électorale, d’un côté comme de l’autre. Comment pourrait-il en être autrement dans un pays qui, tout républicain qu’il soit, n’a qu’une compréhension très vague de la notion de laïcité ? De la même façon qu’aux États-Unis, il est inconcevable qu’un candidat à la présidence ne  fasse sans cesse allusion à la Bible, au Venezuela un candidat qui se présenterait sans le Christ, les saints et les vierges a ses côtés n’aurait aucune chance de l’emporter. C’est une question de culture. Et la culture, ici, est chrétienne et catholique.

Il s’agit d’une culture faite d’images, de paroles, de croyances, de religiosité, voire de superstitions. Une culture catholique populaire, colorée et spectaculaire, teintée des mythes ancestraux amérindiens et africains, et finalement aux antipodes de la spiritualité profonde.

Et c’est en fin de compte leur attachement à cette culture-là, à ce catholicisme-là que les candidats doivent montrer aux foules qui devront les élire le 7 octobre. Ils ne s’en privent pas.

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