TGV

On a beau dire que c’est la crise au Venezuela, que le contrôle des changes instauré par le méchant Chávez limite les voyages des Vénézuéliens à l’étranger, que plus rien n’est comme avant,…  les Vénézuéliens en question continuent à voyager allègrement, comme si de rien n’était.

Il ne s’agit pas bien sûr de tous les Vénézuéliens, mais précisément de ceux qui se plaignent le plus : la dénommée classe moyenne. En effet, la plus grosse partie de la population (80 % environ) n’a tout simplement pas les moyens de voyager à l’étranger (et ne s’en plaint pas outre mesure). Mais la classe moyenne, elle, ne se satisfait pas des 3500 dollars par an et par personne, au taux officiel, qui sont autorisés par le contrôle des changes pour voyager à l’étranger, hors billet d’avion. Cela semblerait vouloir dire qu’annuellement, elle a besoin de plus que cela, la pauvre,  pour voyager. De quoi faire pâlir les familles européennes moyennes, dont la plupart dépensent bien moins que cette somme pour leurs vacances annuelles.

Partout

Touristes vénézuéliens à Venise

Touristes vénézuéliens à Venise

Ces Vénézuéliens voyageurs, on les trouve partout : dans les aéroports, bien entendu (Miami et Panama en tête, commerce et consommation obligent), mais aussi dans les grands lieux touristiques de la planète : sur les Champs-Elysées en train de fouiner parmi les parfums de Séphora, déambulant sur la 5e avenue de Manhattan, perdus dans les ruelles de Florence, se baladant au parc Guell de Barcelone, ou encore en croisière sur le Nil, pour ne parler que des quelques endroits ou j’en ai personnellement rencontrés lors de mes pérégrinations de ces dernières années (car je voyage, moi aussi…).

Le Vénézuélien en goguette est dépensier et gros consommateur : non seulement il s’offrira les meilleurs hôtels et s’achètera la toute dernière technologie, mais encore il cherchera à faire en catimini son petit négoce, achetant par exemple, qui des parfums ou des vêtements, qui des Blackberry ou des iPod, afin de les revendre avec un généreux bénéfice une fois revenu au Venezuela. D’où le succès ininterrompu, pour les Vénézuéliens, de Miami et Panama, places fortes du commerce latino.

À ce compte-là,  il n’est pas étonnant que les 3500 dollars ne suffisent pas et que, en conséquence, Chávez apparaisse comme un tyran les empêchant de faire du négoce, ou plutôt du marché noir.

Bruyant

Le Vénézuélien en voyage n’est pas très discret.  Souvent bruyant, il passe rarement inaperçu, d’autant plus qu’il privilégie le voyage en groupe, familial ou non.

Atmosphère feutrée ?

Petit exemple vécu : je voyageais récemment dans le TGV reliant Bruxelles à Paris, en première classe. La voiture était pleine de ces hommes d’affaires qui ne lèvent pas une seconde la tête de leur ordinateur durant le voyage ou négocient à voix basse par téléphone. L’atmosphère aurait dû être feutrée, comme d’habitude… Mais non :  au centre de la voiture, sur les sièges qui se font face, quatre personnes conversaient et s’animaient, ne craignant pas d’élever la voix ou d’éclater de rire. Leur accent ne laissait aucun doute (pour moi tout au moins) : c’étaient des Caraqueños (des habitants de Caracas) : trois femmes et un homme qui avaient tout de cette classe moyenne dont je parlais plus haut : une attitude insouciante, inconsciente, hautaine, irrespectueuse.

Le plus triste est à venir : de quoi ont-ils parlé durant ce trajet de plus d’une heure ? Exclusivement de crèmes hydratantes ! De celles qu’ils avaient achetées, de celles qu’ils voulaient acheter, de celles à ne pas acheter, du meilleur endroit où les acheter…

J’avais là devant moi, le temps d’un trajet en train, la caricature parfaite du touriste vénézuélien.

Pour tout dire, cela me provoquait de la gêne aux entournures.