Désolant/Politiquement incorrect/Religieux

Quand les évêques désobéissent au pape…

Le cardinal Velazco signe l'acte d'autoproclamation du gouvernement Carmona (12 avril 2002)

Le cardinal Velasco signe l'acte d'autoproclamation du gouvernement Carmona (12 avril 2002)

Alors que les nouvelles sur l’état de santé du président Chávez continuent de monopoliser tous les esprits, une intéressante information est passée inaperçue dans la presse nationale et internationale. Il est vrai qu’elle émane des câbles de WikiLeaks, ce qui n’est déjà plus « à la mode » ces temps-ci.

Au travers de ces câbles, on apprend que le pape Jean-Paul II avait ordonné aux prêtres du Venezuela de ne pas participer aux tentatives de faire tomber le président Hugo Chávez, il y a maintenant presque dix ans. Mais la hiérarchie catholique, stimulée par l’administration Bush, n’a aucunement tenu compte de cette directive et a délibérément choisi de désobéir au pape. C’est ce que révèlent des documents secrets du Département d’État recueillis par WikiLeaks et analysés par El Nuevo Herald, le quotidien en langue espagnole de Miami.

Inquiétude

« Le Saint-Siège manifeste de l’inquiétude face aux perspectives de violence civile au Venezuela dans les prochains mois. Le pape lui-même a demandé avec insistance aux évêques vénézuéliens de "congeler" l’activisme politique et d’encourager en revanche le dialogue », indique un câble de Jim Nicholson, alors ambassadeur des États-Unis au Vatican, envoyé le 19 novembre 2002 au Département d’État.

Dans ce document, Nicholson fait part de réunions tenues avec celui qui était alors directeur des affaires caribéennes du Saint-Siège, Giorgio Lingua. Ce dernier manifeste sa crainte que la violence ne s’empare rapidement du Venezuela, précisant que le pape a ordonné aux évêques de chercher à établir un dialogue avec Chávez. Le président du Venezuella, de son côté, n’a pas manqué de faire monter la tension en déclarant que l’Église catholique était un « cancer de la société vénézuélienne ».

Comme on le sait, le message du pape fut amplement ignoré. Le câble de Nicholson continue : « Lingua, en souriant, pensait que le message du pape "pourrait ne pas avoir été capté". Il reconnut que le cardinal et archevêque de Caracas Antonio Ignacio Velasco García se trouvait peut-être très proche des putschistes ». Nicholson commente : « L’activisme soutenu du clergé vénézuélien, malgré la prudence du pape, ne nous surprend pas. »

Bénédiction au coup d’État

On sait en effet que le cardinal Velasco García participa à la cérémonie de prise de possession de Pedro Carmona au palais présidentiel de Miraflores le 12 avril 2002 (photo ci-dessus). En agissant ainsi, il donnait la bénédiction de l’Église au coup d’État de Carmona et annihilait tout espoir de réconciliation avec Hugo Chávez, qui revint au pouvoir deux jours plus tard.

« Le Saint-Siège craint une réaction négative [de Chávez] au fait que le cardinal archevêque de Caracas, Velasco García, a signé un document lors de la prise de possession, le samedi, de l’usurpateur Carmona », écrit encore Nicholson dans un câble du 22 novembre 2002, dans lequel il relate une réunion qu’il a eu avec l’archevêque Jean-Louis Tauran, qui occupait un poste équivalent à celui de premier ministre du Vatican.

De fait, les relations entre Chávez et l’Église n’ont cessé de se détériorer, y compris après la mort du cardinal Velasco, le 6 juillet 2003. Le président déclara même en 2008, dans un discours commémoratif des évènements de 2002, qu’ « il retrouverait en enfer le cardinal Velasco ».

Un autre câble confidentiel, daté du 19 octobre 2004, fait état d’une analyse du cardinal vénézuélien José Castillo Lara, qui avait occupé plusieurs postes à responsabilité au sein du Vatican et était alors retraité. Le cardinal considérait que Chávez disposait maintenant de l’avantage et que l’Église serait « moins agressive que les années précédentes vis-à-vis du gouvernement du Venezuela ». Il ne croyait pas cependant que tous les évêques l’accepteraient : « Le cardinal n’écartait pas l’hypothèse que des évêques, agissant individuellement, pourraient être plus actifs aux côté des groupes d’opposition », signale le câble.

Détail révélateur : étant donné que le gouvernement vénézuélien, en vertu d’un accord de 1964, a un pouvoir de veto sur la nomination des évêques, le Vatican n’a pas nommé de successeur au cardinal Velasco avant 2006, soit après la mort du pape Jean-Paul II.

Au plus bas

Presque dix ans après le coup d’État manqué, les relations entre l’Église et le gouvernement restent au plus bas. Et pour cause : les câbles dévoilés par WikiLeaks ne font que confirmer par le détail ce que l’on savait déjà : la hiérarchie de l’Église catholique non seulement est alignée sur l’opposition, mais encore fait presque fonction de parti politique dans le débat vénézuélien.

Les exemples abondent. Ainsi, en 2005, Mgr Baltazar Porras Cardozo, archevêque de Mérida et président à l’époque de la Conférence épiscopale vénézuélienne, aurait demandé au gouvernement des États-Unis d’être plus explicite dans sa condamnation du gouvernement de Hugo Chávez, comme le révèle un autre câble dévoilé par WikiLeaks.  Sur un plan moins diplomatique, en 2006, dans une homélie tenue en pleine messe, le cardinal José Castillo Lara a demandé de « prier avec ferveur la Vierge Marie pour qu’elle sauve le Venezuela » qui vivait l’une des situations les plus graves de son histoire.

En 2011, la hiérarchie catholique continue à favoriser l’affrontement politique plutôt que la recherche du dialogue. Depuis belle lurette, elle a choisi son camp : celui du conservatisme et de l’opposition à Chávez. Comme on l’a vu, même la plus grande autorité de l’Église, le pape Jean-Paul II lui-même, n’a rien pu faire, à l’époque, contre cette relation incestueuse entre élites politiques, économiques et religieuses.

Il est vrai que l’Église catholique vénézuélienne a trouvé en Chávez son plus grand concurrent auprès des pauvres, qui forment sa principale « clientèle »… Décidément, c’était bien mieux avant…

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