Archive pour novembre, 2010


musica venezolana

Si j’en juge par les retombées de ce blog, pas mal de lecteurs s’intéressent à la musique vénézuélienne. Les articles sur les instruments de musique spécifiques du pays, notamment le cuatro, figurent parmi les plus consultés. Il y a déjà longtemps, pour répondre à la demande de ceux qui voulaient découvrir la musique qui se joue par ici, j’avais conseillé un CD qui pouvait servir d’introduction aux musiques du Venezuela. Ce n’est sans doute pas assez, puisque nombreux sont les lecteurs qui en redemandent !

Un site web pourra combler les plus exigeants : il s’agit de VenezuelaDemo, une initiative promotionnelle mise en place par le groupe indépendant ELG4 et soutenue par le ministère de la Communication et de l’Information du Venezuela.

Un CD par mois

VenezuelaDemo met en ligne chaque mois un CD virtuel contenant une sélection multigenres de musiques vénézuéliennes. Cela peut aller de la musique traditionnelle jusqu’au hip hop, en passant par le rock, le jazz, la musique académique et le reggae. Bref, un éventail de tout ce qui se produit actuellement au Venezuela en matière de musiques populaires, ainsi que quelques musiques savantes.

Huascar Barradas

Huascar Barradas, fusionneur de musiques

De mois en mois, il s’est ainsi constitué ainsi un catalogue musical de la production discographique vénézuélienne, réalisée autant dans le pays qu’à l’étranger. Le catalogue comprend à ce jour 34 volumes et regroupe près de 700 pièces musicales de tous genres.

VenezuelaDemo a été conçu à l’origine comme un outil de travail pour programmateurs, présentateurs et journalistes de radio, dans l’objectif d’appuyer la diffusion de musique vénézuélienne à la radio. Les ondes locales sont en effet trop souvent envahies par des musiques venues d’ailleurs, alors que la loi exige qu’au moins 50 % de la programmation musicale soit constitué par des productions nationales.

Par la même occasion, VenezuelaDemo sert à la promotion des artistes nationaux, leur permettant d’accéder à toutes les radios du pays, que celles-ci soient publiques, privées ou communautaires.

Brillants musiciens

Rien n’empêche évidemment le commun des mortels d’écouter cette musique en ligne, ou de la télécharger. Il est donc possible de se constituer un catalogue bien fourni de musiques et chansons du Venezuela et de découvrir la grande diversité des musiques du pays, qu’elles appartiennent au folklore ou soient des compositions actuelles.

L’occasion en vaut la peine : s’il y a une expression artistique dans laquelle le Vénézuélien brille tout particulièrement, c’est bien la musique. Celle-ci est ici presqu’un art de vivre, comme peut l’être la gastronomie en d’autres lieux. Elle fait partie de la vie de tous les jours et permet de socialiser mieux que n’importe quel autre vecteur.

Profitons-en donc allègrement et piochons dans VenezuelaDemo. Voici donc une sélection de pièces musicales que j’y ai trouvées. Il y en a pour tous les goûts. Bonne écoute et bonnes découvertes !

Traditionnel

Pasacalle, La guasa (folklore, recop.: Vicente Emilio Sojo; genre : guasa, 2003)

Cristóbal Jiménez, El último coplero (musique : folklore; paroles : Cristóbal Jiménez; genre : joropo, 2004)

Cheo Hurtado

Cheo Hurtado, virtuose du cuatro

Cheo Hurtado y José Archila, Periquera (Folklore; genre : joropo/periquera, 1998)

Vasallos del Sol, Tamborero (Musique : Jesús Rondón, folklore; paroles : Ángel Palacios, Jesús Rondón; genre : Golpe de tambor, 2004)

Golperos de Don Pío, Si acaso la vieres (musique: folklore, paroles: Pío Rafael Alvarado: genre: golpe larense, 2002)

Aquiles Báez, Mañana tuyera (comp. : Aquiles Báez, genre : joropo central’ 2003)

Cecilia Todd, Los grifiñafitos, (comp.: Henri Martínez, genre : golpe larense, 2000)

Fusion

Huáscar Barradas y Maracaibo, Habanera de la ópera Carmen (comp. : George Bizet, version Huáscar Barradas; genre : fusión, 2004)

Alexis Cárdenas Trío, Fou rire (comp. : Richard Galliano; genre: valse musette/joropo, 2005)

Cristóbal Soto, Por estos rincones (comp. : C. Soto; genre: valse)

Musiques caribéennes

Orlando Poleo, Publicidad gratuita (comp. O. Poleo; genre : salsa, 2001)

La Descarga Criolla, Una sola bandera (comp. : Dimas Pedrosa; genre : salsa, 2005)

Sonero Clásico del Caribe, Aunque tu mami no quiera (comp. : Luis Martínez Griñán; genre : son, 2006)

Los Melódicos, Besitos del corazón, (comp. : D. D.; genre : bomba de Porto Rico, 2007)

Jazz

Leo Blanco

Leo Blanco, un pianiste raffiné

Gerry Weil, Caballito frenao (comp.: Gerry Weil; genre : jazz vénézuélien, 1999)

Pablo Gil, Tambor p’Alfredo (comp. Pablo Gil; genre : jazz vénézuélien, 2004)

Leo Blanco World Jazz Ensemble, Golpeao (comp. : Leo Blanco; genre : jazz vénézuélien, 2004)

Bajo Sospecha, La danza del gallo patuleco (comp. : Johann Espinoza; genre : jazz vénézuélien, 2007)

Rock

Desorden Público, Luna verde (comp. : Horacio Blanco, genre : rock/reggae, 2004)

La Puta Eléctrica, Victoria (comp. : Norton Pérez; genre : rock, 2005)

Ska

papa shanty

Papa Shanty, au croisement du reggae, du ska et du hip hop

PapaShanty SoundSystem, Celebración (comp.: PapaShanty; genre : ska / hip hop, 2005)

Hip-hop

Zro, Better (comp.: “Zro” Belandria; genre: hip-hop, 2005)

Reggaeton

Tazajo Tamboo, No te quiere (N. Gutiérrez, L. Oporto y C. Tález; genre : Reggaetón, 2005)

Musiques anciennes

Musica Reservata, Cuncti Simus Concanentes (genre : virelai)

Ana María Hernández, Galliard (comp. : John Dowland; genre : gaillarde, 2001)

Wayuu : une société matrilinéaire et matriarcale

Les Wayuu : une société matrilinéaire et matriarcale

On a beaucoup glosé ces derniers temps, dans le petit monde francophone, sur l’entrée du repas gastronomique des Français dans la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité établie par l’UNESCO. On a moins dit que la diète méditerranéenne y était aussi entrée.  Et on n’a pas dit du tout que 49 autres éléments ont été ajoutés à la liste cette année, dont quatre nécessitent une sauvegarde urgente.

Parmi ces 49 éléments, l’un concerne le Venezuela, bien qu’il ait été présenté officiellement par l’État voisin, la Colombie. Il s’agit du système normatif Wayuu, appliqué par le Pütchipü’üi (palabrero). Kesekça ?

Aire habitée par les Wayuu entre la Colombie et le Venezuela

Aire habitée par les Wayuu entre la Colombie et le Venezuela

Les Wayuu sont une ethnie qui vit dans la péninsule de la Guajira, un territoire que se partagent la Colombie et le Venezuela. Ils forment une communauté de 300 à 400.000 personnes (selon les sources) et parlent une langue encore bien vivante : le wayuunaiki. La société Wayuu  se structure à travers des clans matrilinéaires (Eiruküü), des autorités traditionnelles (Alaülayuu), des autorités spirituelles (Ouutsü) et des autorités morales (Pütchipü’üi).

Dans le clan, la fonction de Pütchipü’üi (ou palabrero) est exercée par l’oncle maternel. Elle consiste à rendre la justice communautaire devant une assemblée ouverte. Ce système original est précisément celui qui a été distingué par l’UNESCO pour faire partie du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. En quoi consiste-t-il ?

Le document de candidature présenté à l’UNESCO par la Colombie et la communauté Wayuu le décrit de cette manière :

Le système normatif Wayuu est l’ensemble des principes, des procédures et des rites qui régulent la conduite sociale et spirituelle des membres de la communauté Wayuu. Son application sociale devient effective à travers l’institution du Pütchipü’üi, connu aussi sous le nom de « Palabrero ». Le Pütchipü’üi agit comme un agent de contrôle social pour l’application de la justice, en recréant la parole et le savoir ancestral qui intègre les fondements de la vie spirituelle, mythologique et sociale Wayuu.

Le Pütchipü'üi ou palabrero

Le Pütchipü'üi ou palabrero

Le système normatif Wayuu s’inspire de la relation binaire du manque et de la compensation, de l’erreur et de la réparation, et dans l’équilibre qui correspond aux mandats ancestraux à l’ordre universel. Le « Palabrero » (Pütchipü’üi) a pour fonction de maintenir l’ordre social dans le monde Wayuu. Son travail contribue à l’équilibre social et il est une manifestation de l’autonomie et du droit propre. Le Pütchipü’üi est l’adorateur de la parole, du dialogue et de la persuasion en tant que forme pacifique de résolution des conflits.

Le Droit Wayuu (Sükuait’pa Wayuu), s’inspire des principes de réparation et de compensation. La justice Wayuu est restauratrice. Le principe fondamental est la reconnaissance du mal et le rétablissement des relations sociales à travers le paiement d’une indemnité. Dans la résolution des conflits, le lignage et la spiritualité Wayuu déterminent la gravité du mal et la valeur de la compensation. Le « Palabrero » interprète et applique dans son art la notion de l’ordre social, les paradigmes moraux, l’appartenance, et la valeur symbolique des éléments de l’univers culturel Wayuu. Sa présence centrale dans la dynamique sociale du monde Wayuu, représente l’équité et le dialogue en tant qu’outil efficace pour la paix.

Les femmes jouent un rôle majeur dans la société Wayuu

Les femmes jouent un rôle majeur dans la société Wayuu

La transcendance des connaissances du « Palabrero » constitue une manifestation de l’identité Wayuu par la langue maternelle, en tant que véhicule de la pensée ; la cosmovision à travers des mythes et des légendes ; la spiritualité, en tant que soutien du paradigme moral et social ; l’organisation sociale ; l’enracinement au territoire en tant qu’espace vital et culturel et l’économie traditionnelle exprimée dans la valeur symbolique des compensations.

Dans la tradition culturelle de l’ethnie, on souligne l’importance qu’a eue la femme dans la vie sociale et religieuse, où c’est elle qui est l’image protectrice du composant social et culturel, étant donné ses connaissances traditionnelles sur les origines et la correspondance avec la nature. À partir des travaux de la femme Ouutsü ou experte religieuse, on promeut la relation de l’humain avec le monde du naturel et du surnaturel. De cette manière, l’ordre social Wayuu se base sur un état désirable d’harmonie sociale et spirituelle entre la société, les individus et l’environnement naturel. Le « Palabrero » et la femme Ouutsü constituent la réserve morale et spirituelle de l’univers Wayuu.

Une vidéo illustre cette pratique (en langue wayuunaiki, sous-titres en espagnol) :

Nul doute que la reconnaissance du système normatif Wayuu comme patrimoine culturel immatériel aura pour effet de renforcer la culture traditionnelle Wayuu face à l’érosion constante dont elle fait l’objet de la part de la « modernité ». En effet, le caractère institutionnel du « palabrero » est sérieusement menacé par des facteurs comme l’adoption de modèles socio-économiques étrangers à la culture ; l’existence de moyens alternatifs de résolution de conflits ; la perte de la cohésion sociale dans les noyaux familiaux ; la détérioration de la spiritualité Wayuu ; et la crise de l’économie traditionnelle. Aussi un plan de sauvegarde de ce système a-t-il été élaboré en parallèle de la reconnaissance par l’UNESCO.

Il est à déplorer que le gouvernement vénézuélien soit resté largement en marge du processus, alors même que les Wayuu représentent plus de 50 % de la population autochtone du pays. Pire : à ce jour, le Venezuela ne compte encore aucun élément dans la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité établie par l’UNESCO. Pourtant, les manifestations qui mériteraient cette reconnaissance ne manquent pas dans le pays. Pendant ce temps, la Colombie, plus active, compte déjà six éléments dans la liste.

Cette absence de préoccupation pour la sauvegarde du patrimoine national, fût-il immatériel, s’inscrit malheureusement dans une longue tradition de laisser-aller propre aux gouvernements qui se sont succédés depuis des décennies au Venezuela.

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>> Pour en savoir plus sur la société Wayuu, visionnez une série de vidéos sur Youtube (la plupart sont en espagnol)
>> Pour en savoir plus sur le système normatif Wayuu, consultez le dossier de candidature présenté à l’UNESCO :

seins

Vous saviez déjà que je vis au pays des seins siliconés. Le silicone, c’est une vraie obsession nationale au Venezuela. Même les filles qui ont, ma foi, une bien jolie poitrine, en veulent une plus grosse, au risque de les défigurer à jamais. Allez comprendre…

L’industrie -car c’en est une- de la chirurgie esthétique est en plein essor, et ce n’est pas le chavisme qui va l’arrêter. Le président peut nationaliser les mines d’or, les cimenteries, l’industrie métallurgique, les supermarchés, les compagnies immobilières, que sais-je encore… , il ne nationalisera pas mon corps, ma beauté, mes seins.

La médecine esthétique fait donc feu de tout bois : publicités pleine page dans les journaux, panneaux publicitaires géants dans les villes, cliniques hyper-modernes. Laissons les médecins cubains faire le sale boulot, concentrons-nous sur le rentable, voilà ce que se disent les médecins du cru.

Consultation virtuelle

Dernier avatar : la consultation de chirurgie esthétique sur Internet. C’est ce que propose notamment la Clinica Dempere :

La consultation virtuelle est la forme la plus rapide, la plus complète et la plus sûre d’avoir une consultation en chirurgie plastique et médecine esthétique.

Ne perdez pas votre temps à vous déplacer et à attendre dans le cabinet. Posez vos questions par Internet et envoyez-nous votre photographie.

Suivent les instructions : en premier lieu (bien évidemment), il faut verser le coût de la consultation (200 Bs., soit 45 US$ au taux officiel) à l’un des comptes bancaires indiqués. Ensuite, il faut prendre des photos de son corps et les envoyer à l’adresse de courriel mentionnée. Des instructions précises sont données selon qu’il s’agisse de photos du visage, des seins, du corps ou des cuisses. Enfin, on posera ses questions personnelles sur un formulaire ad hoc.

En prime, la clinique offre une consultation en esthétique dentaire totalement gratuite ! Quant à la facture, elle vous sera envoyée par courrier électronique.

Potiches ambulantes

sein, beauté, corpsCette petite anecdote vous illustrera le stade où nous en sommes ici au Venezuela en matière de beauté féminine : un stade plutôt désolant où des filles naturellement jolies veulent se faire faussement jolies. Le tout poussé par une industrie médiatique qui impose ses diktat en matière de beauté : la moindre présentatrice de nouvelles doit correspondre aux canons de la beauté factice, sans parler des vedettes de telenovelas, véritables potiches ambulantes.

L’industrie médicale n’est pas en reste. Elle s’engouffre à fond dans le créneau, promettant de réparer les soi-disant imperfections de la nature. Elle multiplie publicité et offres sur tous les canaux possibles. Le bouche à oreille entre amies bien informées fait le reste.

Face à cette pression à la fois médiatique, médicale et sociale, il est difficile pour une jeune fille de résister bien longtemps. Elle a toutes les chances d’entrer tôt ou tard dans le circuit bien balisé de la beauté industrielle. Et si, d’aventure, elle ne peut se payer (ou on ne peut lui payer) ces dépenses extravagantes, elle vivra dans une frustration à peine retenue.

Refabriquez-moi ces seins, qui ne sont pas comme il faut. Resculptez-moi ce nez, trop long à mon goût. Rabotez-moi ces fesses, qui sont trop rebondies. Réparez-moi ce corps, que je ne supporte plus.

Rares sont celles qui, à quinze ou vingt ans, échappent à ce rouleau compresseur bien orchestré.

Les ados, le sexe et la contraception

Au Venezuela, l’impression prévaut que les adolescents sont sexuellement plutôt précoces. Il n’est pas rare de voir de très jeunes filles -toutes classes confondues- tomber enceintes. Les conséquences ne sont pas les mêmes pour toutes, cependant : pour les plus démunies, c’est le plus souvent l’abandon des études et une vie parfois brisée (encore que souvent assumée), tandis que d’autres, plus chanceuses, reçoivent un appui familial qui leur permet de poursuivre comme si de rien n’était. Le garçon, lui, s’en sort plutôt bien dans tous les cas…

Une récente étude internationale intitulée La contraception : qui est responsable? permet de situer le Venezuela sur la carte de la sexualité adolescente mondiale. En effet, elle met en lumière les connaissances et les comportements des jeunes de 25 pays (dont sept d’Amérique latine) en ce qui concerne plus précisément la contraception. Plus de 5000 adolescents de 15 à 19 ans ont participé à ce vaste sondage international.

Méthodes de contraception

Les jeunes de mieux en mieux informés

Globalement, il en ressort une série de chiffres qui marquent les grandes tendances mondiales en la matière :

  • Les adolescents ont leur première relation sexuelle de plus en plus jeunes
  • 42 %  connaissent une amie ou un membre de leur famille ayant eu une grossesse précoce (contre 32 % un an plus tôt)
  • 45 % des jeunes sexuellement actifs admettent avoir eu des relations sexuelles sans contraception avec un nouveau partenaire  (contre 36 % un an plus tôt)
  • 51 % affirment être bien informés en ce quoi concerne les méthodes contraceptives (contre 47 % un an plus tôt)
  • 32 % croient que le coït interrompu est une méthode efficace de contraception (contre 36 % un an plus tôt).

En conclusion, malgré une (apparente) meilleure connaissance théorique, la contraception semble de plus en plus abandonnée dans la pratique, la principale conséquence étant que le nombre de grossesses non désirées a tendance à augmenter.

Apparence et hygiène personnelle

Passons maintenant en Amérique latine. Nous y observons que 56 % des adolescents ont eu des relations sexuelles avec un nouveau partenaire sans utiliser de méthode contraceptive. On est déjà bien au-dessus de la moyenne mondiale (45 %), mais que dire alors du Venezuela où 67 % des adolescents sont dans ce cas ? Un chiffre particulièrement élevé.

Comment les jeunes vénézuéliens expliquent-ils cette situation ? La principale raison qu’ils invoquent était qu’ils n’avaient aucun moyen contraceptif à leur disposition au moment d’un rendez-vous susceptible de mener à une relation sexuelle (44 %). Par ailleurs, 18 % d’entre eux considéraient qu’il n’y avait aucun risque de grossesse. Parmi les autres causes invoquées, citons l’oubli, le refus ou le rejet par le partenaire, ou encore le fait de ne pas savoir quelle méthode utiliser. Ces comportements indiquent qu’ils n’attachent pas beaucoup d’importance à la protection.

Priorité à l'apparence

Priorité à l'apparence

D’autres aspects de l’enquête confirment ce dernier point. En effet, si l’on compare avec les autres pays –même les pays latino-américains– les jeunes vénézuéliens sont ceux qui accordent le plus d’importance à l’apparence et à l’hygiène personnelle au moment d’avoir une relation sexuelle (61 %). Si l’on distingue par sexe, on s’aperçoit que 70 % des filles et 52 % des garçons citent l’aspect physique comme l’élément de plus grande valeur lors d’un rendez-vous qui pourrait conduire à un contact sexuel. Quant à la protection, elle ne préoccupe que 15 % d’entre eux.

Aussi ne faut-il pas s’étonner du nombre de grossesses non désirées dans le pays : 60 % des jeunes vénézuéliens ont un parent ou une amie proche qui a eu une grossesse non planifiée. Pourcentage élevé, mais inférieur, toutefois, à la moyenne de l’Amérique latine où ce pourcentage est de 67 %.

Une relativement bonne information

Bien que, comme on l’a vu, l’usage des méthodes contraceptives soit loin d’être généralisé, 65 % des jeunes vénézuéliens affirment avoir une pleine connaissance des diverses options disponibles. Ils citent le préservatif et la pilule comme les méthodes les plus efficaces pour éviter les grossesses non désirées (96 et 90 % respectivement).  Puis viennent la pilule du lendemain (51%) et le coït interrompu (46%). (Ce dernier pourcentage est, soit dit en passant, le plus élevé des pays d’Amérique latine). 39% des adolescents vénézuéliens admettent connaître au moins 3 ou 4 méthodes contraceptives et seuls 5 % d’entre eux n’en connaissent aucune –contre 13 % au Brésil, par exemple.

Cette information sur les contraceptifs, les jeunes vénézuéliens l’obtiennent en premier lieu de leurs parents (50 %), ensuite du gynécologue (48 %), du pharmacien (36 %), des amis et des professeurs (25 %).

Quant à l’âge de la première relation sexuelle au Venezuela, il est de 16 à 17 ans pour 35 % des jeunes, de 14 à 15 ans pour 30 % d’entre eux. À remarquer toutefois que 83 % des jeunes dans le pays considèrent qu’il est important d’avoir une relation stable avant d’avoir des relations sexuelles. Seulement 11 % des filles et 22 % des garçons pensent que cela n’a aucune importance.

Naturalité et spontanéité

Le passionnel et le rationnel

Le passionnel et le rationnel

Que conclure de ce tableau statistique ? En vrac :

  • Que ce n’est pas l’information sur la sexualité et la contraception qui fait défaut au Venezuela.
  • Que les supposés tabous imposés par la religion catholique n’ont plus guère d’importance (s’ils en ont jamais eu dans ce pays aux profondes racines « païennes »).
  • Que le magico-religieux, toutefois, reste une composante essentielle de la sexualité pratiquée réellement : dans les villages, jusqu’il y a peu, c’est Dieu, et lui seul, qui décidait du nombre d’enfants. Même ceux qui prétendent vivre dans la modernité, ne se trouvent pas loin de cette croyance.
  • Que la sexualité des jeunes (et des moins jeunes) reste dominée par la spontanéité et la naturalité plutôt que par la rationalité, dans une vision toute caribéenne du sexe. Une vision puissante qui trouve ses racines dans les sociétés précolombiennes et africaines restées sous-jacentes dans l’actuelle structure sociale vénézuélienne.

La contraception se trouve, elle, indéniablement du côté du rationnel. Les campagnes qui cherchent à la promouvoir auprès des jeunes (dont fait partie l’étude citée plus haut) en appellent également au rationnel. Aussi peinent-t-elle à s’imposer face à une forme de sexualité qui se veut avant tout libre et naturelle. D’autant plus que le sexe, dans cette perspective, touche aussi, quelque part, au magique et au religieux, un solide socle infrastructurel qui n’est pas près, au Venezuela, d’être ébréché.

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