Archive pour juin, 2010


Mundial au Venezuela

Comme à Buenos Aires...

En temps normal, ils s’entredéchirent entre le Barça et le Real. En temps de Mundial, c’est entre le Brésil et l’Argentine. Qui ça, “ils”? Eh bien, les fanatiques de foot du Venezuela, pardi !

Les pauvres, ils n’ont pas grand chose de national à se mettre sous la dent en matière de football. Ce n’est pas le Caracas Football Club, le Deportivo Táchira ou Estudiantes de Mérida qui vont pouvoir rivaliser avec les grands clubs latino-américains. Ce n’est pas non plus la Vino Tinto, l’équipe nationale, qui va les faire rêver comme pourrait le faire une équipe gagnante. Ils doivent donc vivre le football par procuration.

C’est le cas tout particulièrement en ce mois de juin 2010, Mundial oblige. Pour le Vénézuélien moyen, il est littéralement impossible de rester de marbre alors que le monde entier entre en transe. Il faut absolument faire la fête, participer à la folie générale. Car la fiesta, n’est-ce pas ?, c’est tout simplement le sel de la vie.

Pour qui s’embraser ?

mundial au Venezuela

Brésil, Argentine, les bien-aimés

Seulement voilà : le Venezuela étant absent des festivités, pour qui s’embraser? À défaut d’équipe nationale à supporter, il faut donc trouver une équipe pour laquelle s’enthousiasmer. Le choix n’est en général pas trop difficile : les voisins brésiliens, ces artistes du foot habitués à la victoire, font généralement l’affaire. De fait, ils sont, Mundial après Mundial, les préférés des Vénézuéliens. Pas de grosse prise de risque avec les vert et or, ils sont cools, sympas et gagnent (presque) toujours –un point qui n’est jamais à dédaigner.

Les suivent les Argentins. Ils gagnent aussi, mais sont par nature moins sympas… Dans leurs mauvais jours, ils peuvent être odieux comme des Français ou mauvais perdants comme des Italiens… Malgré tout, ils peuvent servir de substitut, pour autant qu’ils jouent bien et qu’ils gagnent -ce qui semble être le cas en 2010.

Résultat : des milliers de petits drapeaux brésiliens et argentins flottent aux quatre vents du pays sur autant de véhicules circulant dans les rues vénézuéliennes. Le jour des matches, ce sont de grands drapeaux étrangers qui se déploient ça et là. Et si l’une de ces deux équipes gagne, des cortèges de voitures se forment spontanément, pour se concentrer ensuite dans quelques points stratégiques de la ville. Là, jusque bien tard dans la nuit, les discussions vont bon train et la boisson coule à flots. Une vraie fête par procuration, comme si on se trouvait à Rio de Janeiro ou à Buenos Aires!

Derrière les grands

mundial au Venezuela

Argentins par procuration

Derrière ces deux grands, il y a quelques autres équipes qui pointent : on croise aussi dans les rues et sur les voitures –mais en nombre infiniment plus restreint– des drapeaux espagnols, italiens et portugais. Pourquoi ceux-là? Rien de plus évident si l’on tient compte de l’importance des communautés de ces trois pays européens au Venezuela : ce sont eux qui ont fourni le plus fort contingent d’immigrants dans le pays.

Dans la foulée, on rencontrera l’un ou l’autre drapeau allemand, anglais ou même français. Ce ne sont plus alors des communautés, sinon des individus attachés à leur pays d’origine et leur équipe nationale, ou encore l’un ou l’autre Vénézuélien renégat, qui a une relation particulière avec ces pays, pour y avoir étudié ou travaillé, ou pour s’être amouraché avec quelqu’un de là-bas.

C’est tout : je n’ai jamais vu de drapeau du Japon, de Nouvelle-Zélande, de Côte d’Ivoire ou du Ghana, et encore moins des États-Unis ou de Corée du Nord ! Mine de rien, on voit ainsi se profiler certaine hiérarchie entre les équipes des pays participants au Mundial. Cela mérite un explication supplémentaire.

Prendre parti

Tout au long du Mundial, le Vénézuélien regarde les matches dans la rue, dans les bars, en famille, n’hésitant pas à prendre, le cas échéant, des arrangements boiteux par rapport à ses obligations professionnelles. Dans tous les cas, une règle s’impose : peu importe qui joue contre qui, pour que le jeu soit intéressant, il faut absolument prendre parti pour l’une ou l’autre des équipes en présence. Sans cela, la fête serait insipide, dépassionnée.

Comme par enchantement, des préférences se marquent : les bons -ceux qui attirent immédiatement la sympathie- sont, dans l’ordre, les pays latino-américains en premier lieu, les pays africains ensuite. En face, les mauvais sont les pays asiatiques (allez savoir pourquoi) et les pays européens (parce qu’ils sont les concurrents les plus dangereux des latino-américains). Si deux pays européens s’affrontent, on prendra parti pour le plus latin –Espagne et Italie en tête– plutôt que pour le nordique. Et si deux nordiques s’affrontent, on se mettra du côté des « artistes » du ballon plutôt que pour les « machines » implacables : les Pays-Bas plutôt que l’Allemagne, par exemple.

Représentation du monde

mundial de football

Planète foot

Intéressant de voir ainsi se créer une hiérarchie de préférences, et d’autant plus intéressant qu’on se trouve dans un pays, le Venezuela, qui n’a aucun intérêt national direct dans ce Mundial. Finalement, à travers ces choix –basés, faut-il le dire, sur des a priori et des stéréotypes– c’est toute une représentation du monde qui apparaît en filigrane, la représentation que se font du monde les Vénézuéliens.

Le monde proche, le monde rassurant, celui qui ressemble le plus à l’image que l’on a de soi, est constitué par les pays latino-américains : même langue (ou presque), même culture (ou presque), même désinvolture (ou presque). Se dessine ainsi une sorte de solidarité latino-américaine qui va bien au-delà des tentatives d’union politique ou économique en cours. Une solidarité populaire qui plonge ses racines dans un vague passé fait de conquête, de colonisation et d’indépendance perçu comme commun.

Un peu moins proche mais presque aussi rassurant est le monde « latin » venu d’Europe, conforté qu’il est par la présence dans le pays de grandes communautés espagnole, italienne et portugaise. On y retrouve une passion et un désordre bien proches, dans la perception des Vénézuéliens, de ce qu’ils vivent dans leur pays.

Curieusement, l’Afrique est perçue également comme assez proche : serait-ce en raison de la présence de fortes racines africaines dans la culture vénézuélienne ? Ou pour le parallèle fait entre des situations coloniales et néocoloniales pourtant bien différentes? Ou pour la condition de petits pays opposés aux grands, de pays pauvres opposés aux riches? Un peu de tout cela sans doute. Toujours est-il qu’on peut voir les fanatiques vénézuéliens s’enflammer pour des équipes de pays africains, comme le Cameroun ou le Ghana, qu’ils sont incapables de situer sur une carte ! Ils n’en connaissent généralement que l’équipe de foot…

Parfaite antithèse

mundial au Venezuela

¡Viva Argentina!

Dans cette représentation du monde, les nordiques et les asiatiques sont perçus comme négatifs, pour des raisons différentes : les nordiques parce qu’ils représentent à la fois l’efficacité et le manque de passion, et constituent ainsi une parfaite antithèse de ce que l’on croit être. Les Asiatiques parce que tout simplement il n’existent pas : ils font partie, avec les Océaniens, du monde lointain et inconnu, sans relation réelle et concrète avec le Venezuela, si ce n’était par la présence d’une immigration chinoise ressentie comme de plus en plus invasive, donc négative.

Le Mundial permet ainsi de décrypter la lecture que se fait du monde le Vénézuélien moyen, représenté ici par le fanatique de foot. La méthode n’est sans doute pas rigoureusement scientifique, encore que le concept de représentation sociale permettrait à coup sûr de l’affiner.

Grâce au Mundial, on voit ainsi s’ébaucher une véritable géopolitique populaire. Celle-ci n’est pas totalement dénuée de signification, loin s’en faut. Chacun en tirera ses conclusions.

¡Viva Brasil! ¡Viva Argentina! On va gagner! Par procuration.

Vuvuzelas en concert

Concert de vuvuzelas sur la plage de Durban

Un instrument nouveau a fait irruption sur la scène mondiale à l’occasion de la Coupe du monde de football qui se déroule actuellement en Afrique du Sud: la vuvuzela. Cette corne en plastique –une descendante probable de la corne kudu traditionnelle–,  assourdit de son bourdonnement incessant joueurs, arbitres, sélectionneurs et même téléspectateurs. À tel point que les chaînes de télévision ont dû trouver une parade technique pour atténuer cet entêtant bruit de fond. Si le Mondial 2010 doit apporter quelque chose à la culture du foot, ce sera bien la vuvuzela!

Bizarrement, il est courant de la voir écrite erronément vuvuzuela (143.000 résultats sur Google, contre tout de même 6.880.000 résultats pour vuvuzela). La raison ? Une assonance avec Venezuela, sans aucun doute. Et là, je dois intervenir…

Pollution sonore

joueur de vuvuzela en Afrique du Sud

Haut en couleurs!

Cette dérivation n’est pas si idiote, finalement : si la vuvuzela n’avait pas été inventée par les Sud-Africains, elle l’aurait été sans aucun doute par les Vénézuéliens ! Car question de bruit, ici, on s’y connaît. La pollution sonore est omniprésente, jour et nuit, nuit et jour.

Tiens, rien qu’aujourd’hui, mon immeuble a été pollué pendant des heures par des coups de marteau venus d’on ne sait où. Il y a trois jours, c’est l’alarme d’une voiture qui, en pleine nuit, se déclenchait automatiquement toutes les demi-heures! Et je ne parle pas ici de la musique à plein tube dans les transports publics, des batailles pour la domination sonore dans les parcs et sur les plages (chaque groupe rivalisant par la puissance de ses haut-parleurs) ou même dans les rues commerçantes (les commerces faisant de même). Cela tient presque de la philosophie : en effet, pour le Vénézuélien moyen, le bruit c’est la vie, tandis que le silence, c’est déjà, en quelque sorte, l’antichambre de la mort, excusez du peu.

La vuvuzela est donc une véritable aubaine pour un peuple qui se nourrit de bruit comme pas deux. On peut donc s’attendre à ce que la corne en plastique rencontre le plus grand succès dans les stades du Venezuela, tant elle correspond parfaitement à l’idiosyncrasie locale.  Pour l’instant, les fanatiques vénézuéliens s’en tiennent à la trompette en plastique. Mais celle-ci ne fait décidément pas le poids face à la vuvuzela, dont la puissance peut atteindre 127 décibels!

De là à prédire une prochaine commercialisation massive de la vuvuzela dans le pays, il n’y a qu’un pas. Fabriquée en plastique –un matériau bon marché dans un pays pétrolier comme le Venezuela–, la vuvuzela a un rapport prix/bruit absolument imbattable! Il y a donc fort à parier que l’industrie nationale du plastique, déjà passablement prospère, y verra une bonne occasion de diversifier sa production et de s’enrichir à bon compte.

Instrument de culture

Pedro Espi-Sanchis

Pedro Espi-Sanchis

Un autre domaine dans lequel le Venezuela pourrait amplement tirer profit du vuvuzela, c’est la culture. Si les Vénézuéliens ont su faire des maracas, ce petit objet aux sonorités apparemment limitées, un instrument de musique à part entière, il n’y a aucune raison qu’il ne puissent faire de même avec la vuvuzela. Sa fondamentale en si bémol ne peut être un obstacle à la créativité musicale intrinsèque du Vénézuélien.

Les Sud-Africains eux-mêmes ont tracé la voie. Un Vuvuzela Orchestra existe bel et bien, qui parvient à mettre en valeur la pauvre palette sonore de l’instrument. Curieusement, cet orchestre a été mis sur pied par un espagnol, Pedro Espi-Sanchis, spécialiste des musiques traditionnelles sud-africaines, qui considère que la vuvuzela permet de renouer avec les racines musicales du pays. Mais à quoi ressemble donc un concert de vuvuzelas ? Voici :

Le Vuvuzela Orchestra interprète ici, dans une chorégraphie artistique, Shosholoza, chant traditionnel des travailleurs noirs, devenu ensuite un des symboles de la lutte contre l’apartheid, puis hymne sportif, qui a été interprété notamment par Ladysmith Black Mambazo (de loin la meilleure version), Peter Gabriel et Helmut Lotti !

Sur scène, le Vuvuzela Orchestra est nettement plus spontané :

Bon, je l’accorde, c’est un peu sommaire, mais les musiciens vénézuéliens feront mille fois mieux, j’en suis sûr. Je vois (ou plutôt j’entends) très bien les vuvuzelas accompagner les musiques noires de la côte centrale du Venezuela ou du sud du lac de Maracaibo.

Vuvuzela et politique

vuvuzela

Soufflez fort !

Enfin, il y a un troisième domaine où la vuvuzela a un avenir tout tracé au Venezuela : la politique! On imagine sans peine les grands rassemblements politiques, qu’ils soient du gouvernement ou de l’opposition, animés par des dizaines de milliers de trompes en plastique! La totale ! On imagine tout aussi aisément la classe moyenne manifester son mécontentement en troquant la traditionnelle casserole pour la vuvuzela, plus performante. Ainsi, les opposants pourraient jouer de la vuvuzela pendant les interventions de Hugo Chávez à la télévision (là, il leur faudra du souffle! Pour leur faciliter la tâche, il pourront toujours jouer de la vuvuzela virtuelle ou encore brancher en boucle la radio vuvuzula.fm).

Sport, culture, politique : voici donc trois domaines dans lesquels la vuvuzela a toutes ses chances d’être adoptée et bonifiée au Venezuela. Mais si de telles prédictions se vérifient, il n’y aura alors plus de doute : la vuvuzela deviendra bel et bien la vuvuzuela!

La cascade au nom de femme

J’étais de passage à Los Rastrojos, un hameau perdu à deux heures de piste cahotante de Chacantá, Pueblo del Sur situé lui-même à quatre heures de route de la ville de Mérida. Presque le bout du monde.

Sur le flanc opposé du village, une cascade –une belle cascade entourée de végétation luxuriante– attire aussitôt mon attention. L’endroit est d’autant plus attirant qu’il semble presque vierge de toute fréquentation humaine.

« Comment s’appelle cette cascade ? », demandé-je, intéressé, à un groupe d’habitants du lieu.

« Yessica », me répond-on.

« Yessica ?… Mais c’est le nom d’une femme… »

« Oui, c’est le nom de la première femme qui s’y est baignée ».  Interloqué, je veux en savoir plus. Les villageois s’animent. À plusieurs voix, chacun renchérissant sur l’autre, ils me racontent donc l’histoire de la cascade, ou plutôt du nom de la cascade.

Dégourdie et délurée

Yessica : ainsi s’appelait une jeune fille qui, il y a quelques années, vint à Los Rastrojos avec une équipe technique du Consejo Nacional Electoral [le Conseil national électoral, l'institution chargée d'organiser les élections au Venezuela]. Son objectif : l’installation d’une machine à voter avec son antenne parabolique. Comme on peut le voir, les faits ne remontent pas très loin, le premier vote électronique datant de 2004.

Les travaux d’installation nécessitant plusieurs jours, les techniciens étaient logés par les familles villageoises, avec lesquelles ils se sont tout naturellement liés d’amitié. Comment pouvait-il en être autrement dans ce lieu retiré, dans ce paysage idyllique ? Cela a dû être une expérience unique pour ces fonctionnaires urbanisés venus de Caracas ou des grandes villes du pays.

Yessica, apparemment, était plutôt du genre dégourdi et déluré. Lorsqu’elle annonça qu’elle voulait se baigner dans la cascade, tout le monde, ou presque, la prit pour une folle. Et pour cause : l’endroit est difficile d’accès, à flanc de montagne, et seuls quelques adolescents allaient très occasionnellement s’y baigner. Et puis surtout, surtout, aucune femme n’y était encore allée ! On fit donc tout pour la décourager.

Nue ou pas nue?

Yessica n’en démordit pas. Un beau jour, elle partit, seule et résolue, vers la cascade. Autant dire que, dans le village, ce fut l’attraction de l’année ! Tous les habitants de Los Rastrojos la suivirent du regard, durant sa longue descente dans la vallée, puis lors de sa remontée sur la montagne d’en face. Au terme d’une longue marche, elle arriva finalement sur le lieu.

Puis elle se baigna, longuement, dans les eaux diaphanes venues de la montagne. Certains ajoutent qu’elle était nue, d’autres affirment que non, mais comment en être sûr à une telle distance? Quoi qu’il en soit, ce doute quant à la nudité de la belle n’a fait qu’ajouter un piment supplémentaire à l’évènement. Les hommes, en particulier, en parlent encore avec une petite flamme dans les yeux.

La cascade, qui étrangement n’avait pas de nom, subitement en a eu un. Ce nom s’imposa tout naturellement : ce sera celui de la première femme qui s’y baigna, osant vaincre les interdits et affronter les préjugés.

Bel hommage à cette Yessica devenue presque mythique dans le village, qui n’est jamais revenue à Los Rastrojos et ne sait sans doute pas qu’une cascade y porte à jamais son nom.

petite fiesta entre amis

Cela ressemble à quoi, une petite fête entre amis, au Venezuela ? À ce que vous voyez ci-dessus : un cercle autour d’un cuatro, la petite guitare vénézuélienne à quatre cordes, tellement indispensable à la vie en société.

La télé est branchée –tout de même, on est moderne ou on ne l’est pas!–, mais, heureusement, quelqu’un a eu la bonne idée d’en couper le son. L’un des présents, le moins timide, le plus musicien, s’empare de l’instrument et commence à gratter. Il entame une chanson, presqu’intimement. Puis une autre, une autre… Très rapidement, les demandes affluent : « Chante-nous celle-là! Et cette autre! » Puis voilà que le cuatro passe de main en main, tandis que tout objet tant soit peu résonnant est susceptible de servir d’instrument de percussion. La période d’échauffement est passée. La tension monte. Ce n’est pas encore la transe, mais presque. Rires, cris. Chacun y va maintenant de sa petite ritournelle, que tous reprennent en chœur : depuis les succès les plus débiles du jour jusqu’aux chansons engagées du siècle dernier (ouuuh, cela fait vraiment vieux!) en passant par les vieilles rengaines impérissables.

Hit parade

Parmi les classiques qui reviennent à chaque coup –c’est presque inscrit dans les gènes!–, il y a la cumbia Pagarás, mieux connue sous le titre plus explicite et plus amusant de Es el humo del cigarrillo que me hace llorar [C'est la fumée de la cigarette qui me fait pleurer]. Ce vieux succès d’il y a trente ans, qui semble ne jamais vouloir mourir, vient de rejaillir à la surface ces dernières années. Pour vous situer, en voici une interprétation par le Grupo 5 du Pérou, créateur du hit, accompagné comme il se doit par une jeune dame sexy (sans quoi on ne se trouverait pas en Amérique latine!) :

Pour le moment romantique de la fiesta ( car il y en a toujours un), la chanson inévitable, c’est Yolanda, l’hymne à l’amour de Pablo Milanés, vraiment l’une des rares chansons qui, je l’avoue tout de go, me met les larmes aux yeux chaque fois que l’entend (je suis si sensible).  En voici une interprétation sur scène qui date de 1984, en duo avec le compère de toujours Silvio Rodríguez.

Pas très vénézuélien tout cela, me direz-vous. Heureusement pour la patrie, il y a Dame pa’ Matalá, le groupe vénézuélien qui monte qui monte et qui est très très bon, il faut le dire. Certains l’accusent d’être chaviste (c’est un péché?), mais ils l’aiment quand même, c’est tout dire ! Par ce groupe, voici Chichiriviche, du nom d’une plage locale, très facile à reprendre en chœur :

La fête touche à sa fin. Les troupes sont fatiguées ou se sont un peu trop portées sur la boisson ? Il y a un tout dernier recours : Sigo siendo el Rey. Immanquable, celle-là, surtout après quelques lampées de trop ! Je ne résiste pas à vous en transcrire le couplet :

Con dinero y sin dinero
Hago siempre lo que quiero
Y mi palabra es la ley
No tengo trono ni reina
Ni nadie que me comprenda
Pero sigo siendo el rey

Je vous traduis :

Avec de l’argent ou sans argent
Je fais toujours ce qui me plaît
Et ma parole, c’est la loi
Je n’ai ni trône ni reine
Ni personne qui me comprenne
Mais je reste le roi

Pour vous plonger la tête la première dans l’extrême pathos de cette chanson, en voici l’interprétation la plus célèbre, celle de Vicente Fernández, l’inénarrable chanteur mexicain :

Il est déjà trois heures du matin. Le soleil se lève bientôt. Si à ce niveau de la partie, vous n’avez toujours pas saisi le sens profond –quasi philosophique– de ces paroles et surtout de cette macho attitude, désolé de vous décevoir, mais vous n’avez rien compris à l’Amérique latine !


Hugo Chavez au 23 de enero

Hugo Chávez durant son émission "Aló Presidente" du 30 mai 2010 consacrée à la réhabilitation d'un quartier populaire de Caracas

Il avait déjà un blog, mais en réalité ce n’en était pas un vrai de vrai. Je vous en avais parlé à l’époque. Voici maintenant que le toujours bouillant président Chávez annonce son entrée officielle dans le monde des blogueurs. Ce n’est là que l’étape suivante de sa conquête des espaces virtuels, qu’il avait longtemps abandonnés à l’opposition politique. Maintenant, le nouveau mot d’ordre lancé à ses partisans est : « Envahissez Twitter, Facebook, montrez votre présence sur Internet. Livrons la bataille sur ce front-là aussi ! »

http://www.chavez.org.ve est donc né dans la foulée du succès phénoménal (493.118 suiveurs à ce jour) de @chavezcandanga (c’est son amusant pseudo) sur Twitter. Mais là, déception ! Malgré l’annonce et malgré le titre officiel du site, il ne s’agit pas non plus d’un vrai blog ! En effet, il ne contient aucun contenu nouveau par rapport à ceux que l’on connaissait déjà. Il s’agit plutôt d’un site fédérateur, une sorte de portail qui reprend et organise ce qui se trouve déjà ailleurs : les messages de @chavezcandanga sur Twitter, les écrits des Líneas de Chávez, des reportages sur le programme télévisé Aló Presidente, quelques vidéos, quelques photos, quelques discours, ainsi que des informations plus générales sur le pays. Plus bizarrement (mais c’est explicable, n’est-ce pas ?), les Reflexiones de Fidel ont également droit à un espace dans un coin de la page d’accueil. Au final, le principal intérêt de la chose -que je n’appellerai donc pas blog- est de permettre de trouver toutes ces informations au même endroit.

« Le petit père des peuples »

Le plus original du site est sans doute sa page de contact : celle-ci mène à un formulaire de demande particulièrement complet que toute personne, vénézuélienne ou étrangère, peut remplir si elle considère qu’elle a besoin d’aide.  Outre les données personnelles habituelles, on y demande des informations sur la situation professionnelle, les revenus, ainsi qu’une description du cas personnel précis, avec même la possibilité d’envoyer des pièces jointes. Le tout est basé sur la bonne foi, mais on se réserve de faire une enquête pour s’assurer de la véracité des informations.

C’est à ma connaissance le formulaire de demande en ligne le plus complet entre un dirigeant politique majeur et ses concitoyens. Il répond en fait à l’image que veut donner de lui Hugo Chávez : être personnellement à l’écoute de ses concitoyens, en passant par-dessus toutes les institutions traditionnelles. Cette relation quasi-personnelle avec le peuple est une caractéristique dominante du chavisme et n’est pas sans rappeler le statut de « petit père des peuples » que cultivait un certain Joseph Staline. Voyons aussi du côté de Juan Domingo Perón, en Argentine, pour trouver un équivalent assez proche. Les politologues analyseront.

Force et faiblesse

Quoiqu’il en soit, cette relation privilégiée avec le peuple constitue à la fois la force et la faiblesse du chavisme. Force, parce qu’Hugo Chávez trouve là son meilleur carburant politique en réunissant autour de sa personne les majorités traditionnellement laissées pour compte. Faiblesse, parce qu’elle lie indissolublement le destin d’un peuple à celui d’un homme, et qu’un homme, cela change, cela doit s’adapter à des circonstances extérieures, et cela meurt…

A défaut d’un vrai blog ouvert à la discussion tous azimuts, le blog de Chávez, ainsi que son compte Twitter, se profilent donc comme des instruments de conquête des individus, qui y verront un moyen de faire entendre leur problème personnel ou, au mieux, celui de leur collectivité. On n’y trouve pas ou peu d’interventions d’opposants, alors que celles-ci foisonnent aux quatre coins d’Internet. On peut imaginer qu’il y a filtrage pour laisser passer uniquement le positivement correct et entretenir ce qui compte le plus ici : cette relation personnaliste/paternaliste avec le peuple.

Le Chávez nouveau

Soulignons pour terminer la bonne tenue esthétique du blog de Chávez : un graphisme simple, efficace, avec les liens nécessaires vers les médias sociaux, comme il se doit si l’on veut rivaliser au mieux avec ses ennemis. Et un logo tout en simplicité qui, personnellement, me plaît beaucoup par son contenu synthétique (évidemment il faut percevoir le béret au dessus du a pour en saisir tout le sens) :

logo de chavezcandanga

À lui seul, il résume le Chávez nouveau, celui qui veut conquérir Internet et la virtualité. Rappelons-lui toutefois de ne pas oublier pour autant les réalités : celles-ci, à la veille de l’échéance électorale de septembre, ne lui sont pas toutes favorables, loin de là.

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