Archive pour février, 2010


L'Orénoque et le Meta (Venezuela-Colombie)

Qui connaît Eugène Thirion (1813-1879), commerçant et explorateur qui entreprit en 1846 la remontée de l’Orénoque ? On sait peu de choses du personnage : il n’a pas de biographie dans Wikipedia (c’est tout dire…), il est absent de la bibliothèque en ligne Gallica, et je n’ai trouvé aucune photo de lui sur Internet.  On sait seulement de lui qu’il fut vice-consul de France à Ciudad Bolívar, la ville qui était au XIXe siècle le port d’entrée, sur l’Orénoque, du Venezuela intérieur. Un poste avancé et privilégié pour observer de près ce qui se passait dans le pays profond, et notamment en Guyane et en Amazonie.

L’homme était avant tout un commerçant, mais son esprit aventurier fit de lui un explorateur. Dans un récit de voyage récemment édité, intitulé Les sources de l’Orénoque, il raconte son expédition sur le grand fleuve mythique qu’avaient déjà exploré nombre de personnages fascinants, dont l’illustre naturaliste Alexander von Humboldt.

Excellent ethnographe

Le titre de l’ouvrage (qui n’est pas de l’auteur) est inexact, puisqu’Eugène Thirion n’arriva pas aux sources de l’Orénoque (il faudra attendre plus de cent ans pour qu’une expédition menée par Alain Gheerbrant y parvienne en 1950 !). Le texte, cependant, est intéressant. Eugène Thirion se révèle être un excellent ethnographe. Il observe avec soin les multiples modes de vie qu’il rencontre au long de sa navigation et ne craint pas de partager les expériences avec ses hôtes. Ainsi, il décrit les coutumes des Indiens, leurs croyances, les fêtes, la cuisine, les cérémonies religieuses, etc., avec un regard précis et méticuleux. Ses observations géographiques sont également de très grande qualité.

De son récit, il ressort une intéressante photographie de l’Amazonie vénézuélienne de cette moitié du XIXe siècle, dans sa dimension physique autant qu’humaine. L’auteur n’échappe évidemment pas aux préjugés de son époque, le siècle par excellence des découvertes (ainsi que des conquêtes et colonisations) de grandes parties du monde par les puissances du moment. La science et la connaissance autorisent tout, même les mauvais traitements infligés aux populations. Ainsi, dans la grande tradition des explorateurs de l’époque, il rapporte de son voyage de nombreux objets reçus ou volés, ne s’embarrassant pas de scrupules coupables à ce sujet.

Vingt ans plus tard, à Paris

Curieusement, on retrouve nombre de ces objets une vingtaine d’années plus tard, à l’Exposition universelle de 1867, à Paris. Eugène Thirion est alors consul du Venezuela à Paris, membre de la Commission impériale qui organise l’exposition et membre du jury international qui attribue les prix.

À ce titre, il rédige la notice de présentation du Venezuela, ainsi que le catalogue des objets exposés représentant ce pays. À nouveau, ses observations sont intéressantes. Il dresse un portrait économique du Venezuela de 1867, qu’il est passionnant (et étonnant) de lire un siècle et demi plus tard, alors que le pays est devenu le producteur de pétrole que l’on sait. Quelques extraits éclairants, qui nous donnent une idée de ce que fut le Venezuela d’avant le pétrole :

Les richesses minières :

Les produits exportés :


Une appréciation de l’état général de l’économie :

Un catalogue révélateur

Quant au catalogue de l’exposition dressé par Eugène Thirion, il nous donne aussi, au compte-gouttes, des informations révélatrices sur les objets exposés en provenance du Venezuela, notamment sur certaines coutumes des populations indiennes rencontrées par l’auteur lors de son périple dans le Haut-Orénoque. Par exemple :

(Cet extrait illustre bien l’absence de scrupules au moment de déposséder les Indiens d’un objet qu’ils vénèrent, pratique habituelle chez les explorateurs de l’époque, et qui n’a pas encore tout à fait disparu de nos jours.)

Ou encore cette intéressante description d’une tradition :

Au total, Eugène Thirion nous offre à travers ses écrits de précieuses descriptions de l’état dans lequel se trouvait le Venezuela au milieu du XIXe siècle. Même s’il ne fait pas partie de l’élite des grands explorateurs et des hommes de science illustres qui ont parcouru ce pays, ce commerçant curieux et organisé, consul de son état, a apporté des connaissances nouvelles qui nous servent encore, un siècle et demi plus tard, à comprendre l’évolution de ce pays.

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> Acheter Les sources de l’Orénoque d’Eugène Thirion sur Amazon.fr
> Consulter la notice statistique sur le Venezuela et le catalogue de l’Exposition universelle de 1867, rédigés par Eugène Thirion (téléchargeable en PDF)
Manifestation étudiante au Venezuela

Manifestation étudiante au Venezuela

C’était du 14 au 16 octobre dernier, à l’hôtel Marriott de Mexico. Les représentants de 39 mouvements de jeunes du monde entier sont réunis pour le 2e Sommet de l’Alliance of Youth Movements. Le thème principal de la rencontre ? L’utilisation des outils technologiques du 21e siècle par les mouvements de masse luttant pour un changement social positif. En clair : comment utiliser les réseaux sociaux de type Twitter, Facebook, blogues et autres outils web pour promouvoir la démocratie, la paix et les droits de l’homme dans le monde ?

Aux côtés des délégués des mouvements de jeunesse, le sommet réunit des représentants des secteurs tant public que privé : fonctionnaires gouvernementaux, universitaires, chefs d’entreprise du monde entier. De fait, l’événement est parrainé par une belle brochette d’entreprises faisant affaire sur le web : Causecast.org, Facebook, Gen Next, Google, Hi5, Howcast Media, MTV, MySpace, PepsiCo, Univision Interactive Media, WordPress.com et YouTube.

Et puis surprise (qui n’en est pas vraiment une) : le Département d’État, en la personne de Hillary Clinton, appuie également l’initiative en bonne et due forme, allant jusqu’à envoyer un message vidéo aux participants. Là, le sommet prend tout à coup une autre dimension…

Dans la ligne de Washington

Mais quels étaient donc ces mouvements de jeunesse qui ont été invités à participer, tous frais payés, à ce 2e Sommet ? Je vous en donne la liste complète :

48 Hour Hunger Strike in Saudi Arabia: Solidarity with Detainees in KSA (Arabie Saoudite)
A Better LA (U.S.A.)
Burma Global Action Network (Birmanie, basée aux U.S.A.)
Conflict Mediation Services of Downsview (Canada)
Corporación Foro del la Juventud Guayaquil (Équateur)
Cuba Development Initiative (Cuba, basée aux U.S.A.)
Developing Minds (Brésil)
Etemad Melli (Iran, basée en Grande-Bretagne)
Full Court Peace (Irlande)
Genç Siviller (Turquie)
Genocide Intervention Network (U.S.A.)
Grupo Cultural Bagunçaço (Brésil)
Iluminemos Mexico (Mexique)
In memory of all those who died in the 26th-27th November MUMBAI massacre (Inde)
Invisible Children (U.S.A.)
JuventudDes (Pérou)
LoonLounge (Canada)
Latytud Project (Venezuela)
México SOS Sistema de Observación para la Seguridad y la Justicia (Mexique)
México Unido contra la Delincuencia A.C. (Mexique)
Movimiento Joven de Venezuela (Venezuela)
Pro-Líderes (Guatemala)
Projeto Axé (Brésil)
Quilliam Foundation (Grande-Bretagne)
Raíces de Esperanza (U.S.A.)
S.E.T. (Students Expressing the Truth) Foundation / Inmate Diaries (Jamaïque)
Sri Lanka Unites (Sri Lanka)
STAND (U.S.A)
Tehran Bureau (Iran, basée en Grande-Bretagne)
The Nut Graph (Malaisie)
The People’s March (Grande-Bretagne)
ThinkMoldova (Moldavie)
To Write Love On Her Arms (U.S.A.)
Un Millón de Voces contra ETA (Espagne)
Un Millón de Voces contra las FARC (Colombie)
Un Mundo Sin Mordaza (Venezuela)
Viva Favela (Brésil)
Voces Bolivianas (Bolivie)
Youth for Tolerance (Liban)

Je n’ai pas la prétention de connaître toutes ces organisations. Mais un examen ne fût-ce que superficiel permet d’affirmer que la plupart d’entre elles se situent résolument dans la ligne de Washington : elles sont clairement d’obédience libérale, voire néo ou ultra-libérale, comme il se doit.

Pays « problématiques »

Manifestation en Iran

Manifestation en Iran

Comme par hasard, les pays « problématiques » pour le Département d’État sont particulièrement bien représentés dans la liste. Pour ceux-ci (Iran, Venezuela, Bolivie, Équateur, Cuba, Birmanie, Moldavie), il n’y a aucun doute : les organisations de jeunesse représentées au sommet militent fermement dans l’opposition au régime en place. Par contre, dans les pays « amis », comme la Colombie ou l’Espagne, elles s’opposent expressément aux organisations qui se disent « révolutionnaires », FARC ou ETA.

Pour le Venezuela, représenté exceptionnellement par trois organisations, rien de plus transparent : les délégués présents ne sont autres que les représentants du mouvement étudiant qui depuis trois ans s’affirme comme le fer de lance de l’opposition anti-Chávez. L’un d’eux est Yon Goicochea, ex-dirigeant étudiant de l’Université catholique Andrés Bello maintenant reconverti à la politique, récipiendaire en 2008 du Milton Friedman Prize for the advancement of liberties, qu’octroie le Cato Institute, le principal think tank libéral américain.

Twitterrévolution

Voyons de plus près les thèmes principaux traités au sommet :

  • L’utilisation des réseaux sociaux pour provoquer le changement (avec la projection de la vidéo Comment utiliser Twitter pour provoquer le changement et la participation, notamment, de Jack Dorsey, fondateur et président de Twitter, et de Steve Grove, directeur de l’information politique chez YouTube.
  • Les médias sociaux comme outils pour la promotion des droits humains
  • L’utilisation de la vidéo virale pour provoquer le changement
  • Les médias sociaux et la bonne gouvernance
  • Comment utiliser les médias sociaux pour combattre la violence due aux drogues
  • Étude de cas : la twitterrévolution en Moldavie
  • Comment gagner l’attention des médias mondiaux

alliance-of-youth-movementsÀ travers son action, l’Alliance of Youth Movements cherche donc à moderniser l’activisme traditionnel des mouvements de jeunes en y intégrant les nouvelles technologies. Un manuel pratique (Field Manual) a été édité pour montrer en détail comment procéder concrètement : le recrutement, l’élaboration du discours, l’action.

En d’autres termes, il s’agit de former dans le monde de jeunes leaders capables d’utiliser les outils du 21e siècle pour promouvoir les grands idéaux classiques de la démocratie étatsunienne. Sont mis en avant les droits de l’homme, la bonne gouvernance, la démocratie et la paix, thèmes particulièrement chers à la diplomatie étatsunienne. En un mot, il faut faire des mouvements de jeunes les porte-parole des valeurs fondamentales de l’Occident.

Enfin, l’Alliance of Youth Movements vise aussi à fédérer, de par le monde, des organisations de masse autour de ces mêmes valeurs, en leur permettant d’échanger entre elles de « bonnes pratiques » d’activisme politique.

Opération de charme

Nul doute que ces beaux idéaux ont tout pour séduire certaine jeunesse idéaliste encline à admirer ce qui vient des États-Unis. Si en plus les outils proposés pour l’action –Twitter, Facebook et autres réseaux sociaux– sont ceux utilisés par cette nouvelle génération, qui se les est appropriés depuis longtemps, la séduction n’en sera que plus totale. On se trouve donc en présence d’une vaste opération de charme, destinée en fin de course à influencer, au travers de ces mouvements de masse, des millions de jeunes dans le monde.

Que le Département d’État se trouve nommément derrière cette opération n’échappera sans doute pas aux leaders des organisations participantes. Mais que dire des millions de jeunes que ces organisations mobilisent ? Les voilà engagés derrière un parrain dont ils ne soupçonnent peut-être pas la présence. On se trouve là au bord de la manipulation pure et simple, avec pour objectif ultime la conquête des esprits, nerf de la guerre.

Pas dupes

Manifestation en Moldavie

Manifestation en Moldavie

Aussi, lorsque vous verrez des jeunes descendre dans la rue, que ce soit au Venezuela, en Iran, en Moldavie, ou même au Mexique, en Colombie, ne soyez pas dupes : ils pourraient ne pas être aussi purs et innocents qu’ils veulent bien le proclamer. Et leurs mouvements pourraient ne pas être aussi spontanés qu’il n’y paraît. Que les milliers de manifestants en soient conscients ou non, la grosse main de Washington se trouve bel et bien derrière eux. Et ne parlons pas ici des dollars sonnants et trébuchants qui pourraient tomber, par quelque voie détournée, dans les escarcelles de ces mouvements de jeunesse…

L’opération de charme lancée par l’Alliance of Youth Movements n’est pas terminée : un troisième sommet aura lieu très bientôt, du 9 au 11 mars 2010, six mois à peine après le précédent. Le lieu choisi? La ville de Londres, qui est, comme par hasard, le siège de nombreuses organisations de l’opposition d’Iran, de Moldavie et de plusieurs pays musulmans…

Mine de rien, nous voici en présence d’une nouvelle guerre froide qui , décidément, ne veut pas dire son nom.

venezueLATINA change de peau

Si a la réforma

C’est décidé, venezueLATINA change de peau ! Après trois ans de bons et loyaux services, le thème Contempt est remplacé par Motion. On passe ainsi d’un thème classique, sobre et carré, à un thème moderne, créatif et rond. Rompant avec la ligne pure et les aplats de Contempt, Motion joue à fond sur les couleurs et les transparences.

Le choc pourrait paraître brutal et j’ai bien la sensation de faire une espèce de saut dans l’inconnu. Mais dès que j’ai vu le nouveau thème, il y a une quinzaine de jours, je me suis amouraché de la petite folie qui en émane.  Un coup de foudre auquel je n’ai pu résister. Si bien que, après quelques essais et paramétrages, j’ai décidé de l’adopter. Maintenant, la question qui me taraude est : me suivrez-vous dans cette petite révolution, chers lecteurs ?

Ni enfer, ni paradis

Outre un look totalement différent, le nouveau thème offre quelques avantages par rapport au précédent : une meilleure gestion de l’espace, permettant une plus grande amplitude graphique ; et la possibilité d’intégrer un nombre plus élevé de widgets, donc de donner, sur une même page, une plus large gamme d’informations croisées sur les contenus du blogue.

Parlons-en donc des contenus. Ils ne changeront pas d’un iota. venezueLATINA continuera sans relâche à parler du Venezuela dans tous ses états : culture, société, sujets insolites, et autres bisbilles… La politique, thème inévitable dans ce pays gouverné par un certain  Hugo Chávez, y aura sa place, mais pas plus qu’elle ne le mérite. Car ne confondons pas l’arbre et la forêt… et ne tombons pas dans les pénibles travers des reporters de la grande presse.

Alors que les blogues en général perdent du terrain, dit-on, face aux réseaux sociaux de type Facebook, Twitter ou Youtube, l’audience de venezueLATINA ne cesse d’augmenter. Paradoxal ? Je n’en suis pas si sûr. En tout cas, cela ne peut que m’inciter à continuer dans la même ligne : dans le refus de croire qu’on peut dire beaucoup de choses intéressantes en 140 caractères (Twitter), dans le refus de tomber dans la facilité –pour ne pas dire le facilisme (Facebook), dans le refus de succomber à l’illusion et la fascination des images (Youtube).

Et dans le désir de vous offrir, chers lecteurs, une vision différente, variée et documentée du pays où je vis, ni enfer, ni paradis : le Venezuela.

Scarlett Linares

Scarlett Linares : « Comme une louve »

Il n’y a pas de loups au Venezuela. Mais le pays possède une louve. Une louve qui chante. Qui se fait un plaisir de remettre à leur place les machos du coin. Et qui, dotée d’une poitrine que n’auraient pas dédaignée Romulus et Remus eux-mêmes, utilise son corps comme d’un appât.

Elle s’appelle Scarlett Linares. À elle seule, elle symbolise la nouvelle femme vénézuélienne : libre, entreprenante, féministe à sa manière; mais aussi coquette, provocante… et parfois soumise.

Faux dur

Ses chansons, dans un style llanero modernisé, sont on ne peut plus caractéristiques. Elle y décrit le macho fier comme un paon à l’extérieur, mais vide et lâche à l’intérieur. Un homme aux apparences fortes qui se déglingue une fois qu’il se trouve dans un lit. Un coureur de femelles incapable d’aimer vraiment. Un faux dur qui ne peut assumer sa vie de manière responsable.

Écoutons-la interpréter Valiente, une des chansons qui fit son succès :

Tu n’es même pas capable
de donner une minute d’amour
ton orgueil stupide t’a fait croire
que tu es un être supérieur
que tu n’as besoin de rien
ni de personne pour te faire émouvoir
tu penses que tu sais tout de la vie
et tu ne sais pas vivre
tu ne cesses de répéter
sous la menace « c’est moi qui m’en vais »
la porte est ouverte, tu pars ou tu restes
c’est ta décision
tu es de ceux qui croient
que parler fort, c’est avoir raison
tu es un lâche, un pauvre type
sans assurance, un homme de carton
et tu te crois courageux
parce que tu élèves la voix
et me fais taire devant les gens
courageux
et au moment où on t’aime tu veux t’échapper
faux amant ardent
tu te sens courageux
parce que tu racontes à tes amis
de histoires auxquelles tu ne crois même pas
courageux
et les jambes te font trembler
quand une femme te demande ce que tu n’as pas…

Je suis fatiguée de t’entendre répéter
que tu es le meilleur
et toujours tu répètes que tu seras à mes côtés
c’est cela ta chanson
ne me fais pas rire, mets un terme à cette farce
tu es un mauvais acteur et tu ne te rends pas compte
que même pour t’en aller tu manques de courage
et tu te crois courageux
parce que tu élèves la voix
et me fais taire devant les gens
courageux
et au moment où on t’aime tu veux t’échapper
faux amant ardent
tu te sens courageux
parce que tu racontes à tes amis
de histoires auxquelles tu ne crois même pas
courageux
et les jambes te font trembler
quand une femme te demande ce que tu n’as pas

Variation sur le même thème avec En carne viva, la chanson qui l’a véritablement lancée :

Comment as-tu pu croire que je ne vaux rien
Si j’ai le cœur à chair vive
Lâche tu as été, tu n’as pas profité
Des meilleures années de ma vie

Va-t-en immédiatement je ne veux plus te voir
Macho insignifiant
Tu te crois plus homme que tous les autres
Parce que tu as beaucoup de maîtresses

Ne me désigne pas ainsi
Avec ton doigt impitoyable
Ne touche pas la blessure
Que tu m’as ouverte sur le flanc

Oublie-moi pour autant que tu le puisses
Pour autant que tu puisses m’oublier
Moi aussi j’ai connu
Le bon côté des amants
Je ne te l’avais pas commenté
Parce que je ne voulais pas t’humilier
Assez de mensonges
Lui aussi a senti ma chair
J’ai fait ce que tu m’as fait
Ce n’est pas une tricherie
Apprend donc à être un bon amant

Ce thème du macho incompétent, exprimé de façon crue et directe, est récurrent dans les chansons de Scarlett Linares. On pourrait encore citer sa chanson SinverguenzaDe moi tu t’es beaucoup moqué, aujourd’hui c’est à moi de me moquer de toi ») ou Corazón no sufras másBien que tu les aimes beaucoup, ils ne te paient jamais bien »).

Autant dire qu’avec de telles déclarations à l’emporte-pièce, la chanteuse s’est aussitôt gagné un vaste public féminin (comme on peut le voir dans cette vidéo filmée devant public). En effet, souffrant le machisme au quotidien, ce public s’est trouvé immédiatement représenté par des paroles aussi fortes. Pour une fois, une femme osait dire tout haut ce qu’elles ressentaient tout bas.

Féministe, féminine

Il fallait cependant en faire plus pour rencontrer le succès. Certes, il est bien de se présenter féministe, mais il fallait aussi se faire féminine, pour correspondre pleinement à l’imaginaire vénézuélien. Scarlett Linares s’est donc montrée femme dans toute sa splendeur : séduisante, altière, provocante. Comme peut l’être la femme vénézuélienne, jamais à cours de ressources pour être belle. Et comme l’attend l’homme vénézuélien.

D’où, chez Scarlett Linares, l’usage constant d’un corps particulièrement bien formé, le choix de parures minimales et toujours sexy (ce qui, soit dit en passant, irrite les défenseurs de la musique llanera traditionnelle). En un mot, elle utilise les armes de la séduction dans toute leur amplitude.

On retrouve ici une contradiction de fond, inhérente à la femme vénézuélienne : volontiers féministe en pensée, outrageusement féminine en actes. Scarlett Linares, star fabriquée de toutes pièces, en est la représentation presqu’exacte.

Indécences et grossièretés

Une posture aussi ambiguë prête évidemment le flanc à des interprétations toutes différentes de celles qu’affirme véhiculer la chanteuse. Il suffit de lire les commentaires écrits par des hommes à propos de ses vidéos sur Youtube pour se rendre compte que l’objectif féministe est loin d’être atteint. Les indécences et les grossièretés les plus totales répondent à la provocation.

Sur le plan musical, les chansons de Scarlett Linares ont également fait l’objet de plusieurs répliques masculines. « Ce n’est pas que je sois un mauvais amant, c’est que je n’ai rien dû t’enseigner, tu en savais déjà beaucoup », dit le refrain de la plus célèbre de ces chansons. Sous-entendu : tu n’étais pas vierge.

Chassez le machisme, il revient au galop…

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> Les vidéos de Scarlett Linares sur Youtube
> Les paroles de quelques chansons (en espagnol)
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