Archive pour mars, 2009


Cuisine en plein air

Cuisine en plein air

Saviez-vous que Camille Pissarro, considéré comme l’un des « pères de l’ impressionnisme », a passé une partie de sa vie à Caracas? C’était entre 1852 et 1854. Le jeune Pissarro était alors dans la vingtaine. Il n’était encore qu’un inconnu, passionné de dessin et de de peinture, désireux de s’engager résolument dans la vie d’artiste.

Camille Pissarro n’était pas tout à fait un étranger dans les Caraïbes. En effet, il était né en 1830 à Saint-Thomas, une île des Antilles alors colonie danoise (et devenue depuis possession des États-Unis, faisant partie des Îles Vierges). Sa mère est créole et son père, juif d’origine portugaise, est français. La famille tient une quincaillerie à Charlotte-Amélie, la capitale de l’île.

À l’âge de douze ans, le jeune Camille part étudier en France, à Passy, à la pension Savary. Déjà, il s’intéresse plus au dessin qu’aux mathématiques et monsieur Savary l’encourage dans cette voie. À son retour à Saint-Thomas en 1847, son père s’attend à ce qu’il s’intègre à l’entreprise familiale, mais il préfère s’adonner à la flânerie et au dessin, suivant en cela le conseil de monsieur Savary : se dédier à peindre des cocotiers!

Un jour, sur les quais de sa ville, il fait la rencontre du jeune peintre danois Fritz Melbye (1826-1869) et se lie d’amitié avec lui. Ce dernier l’incite à le suivre au Venezuela.  Sans obtenir la permission de ses parents, Camille quitte Saint-Thomas pour La Guaira, le port de Caracas, où il arrive le 12 novembre 1852. Plus tard, dans une lettre adressée en 1878 au marchand et collectionneur Eugène Murer, il expliquera ainsi sa décision: « Je me trouvais à Saint-Thomas comme employé de commerce bien rémunéré mais je ne pus supporter plus longtemps cette situation et sans y réfléchir vraiment, j’abandonnai tout ce que je possédais là-bas et m’enfuis à Caracas brisant ainsi les liens qui m’unissaient à la vie bourgeoise ».

Vision réaliste

Plaza Mayor de Caracas

Plaza Mayor de Caracas

Au Venezuela, il restera d’abord plusieurs semaines à La Guaira, sur la côte, avant de s’établir en 1853 à Caracas. Durant son séjour de 21 mois dans le pays, il fera un grand nombre de dessins, de croquis, d’études, et quelques peintures. On décèle dans ces œuvres de jeunesse une vision réaliste, quelque peu idéalisée de la vie locale, mais aussi la fraîcheur toute romantique d’un artiste qui refusera par la suite l’académisme des salons parisiens.

Caracas est alors un gros bourg de 45.000 habitants, encore très marqué par la ruralité. Aux alentours, les paysages agricoles et naturels restent dominants. Le mode de vie, même en ville, reste en grande partie rural. Si quelques-unes des œuvres réalisées par Pissarro pendant son séjour peuvent être qualifiées d’urbaines, la plupart témoignent de cette dimension rurale de la ville et des environs. Elles constituent un témoignage vivant de la capitale du Venezuela au milieu du XIXe siècle.

Durant son séjour, Pissarro a visité les alentours de Caracas. Il s’est notamment rendu à Galipan, dans la montagne proche, en juillet 1854, pendant la saison des pluies. Il aurait été logé là-bas par les Stürup, une famille danoise qu’il aurait connue par l’intermédiaire de Fritz Melbye. À Galipan, Pissarro a probablement fait des promenades dans la montagne de l’Avila, dont il a rapporté des dessins représentant la forêt et la nature environnante. Il a aussi dessiné et peint à l’aquarelle des scènes de la vie paysanne (dont la plus remarquable est sans doute Les joueurs de cartes, qui préfigure les peintures de Cézanne du même nom). De retour dans la ville, il a dessiné des scènes d’intérieur (plusieurs portraits de femmes) et d’extérieur (des musiciens de rue, un thème qu’il affectionnait particulièrement).

Atmosphères

Vers la mi-1854, la famille Pissarro demande à Camille de retourner à Saint-Thomas, pour y travailler dans l’entreprise familiale. La mort d’un frère et la santé fragile d’un autre rendent son retour plus pressant encore. Mais Camille refuse cette perspective. S’il accepte de retourner à Saint-Thomas, c’est seulement pour une courte période, parce qu’il désire avant tout se rendre à Paris pour s’y consacrer à la peinture. La famille acquiesce finalement et le 12 août 1854, Pissarro quitte la Guaira pour Saint-Thomas. Il laisse au Venezuela quelques amis, tels que Rafael Herrera Vegas, qui écrit au dos d’un de ses dessins : « Pissarro, lorsque tu seras dans l’opulente Paris, ville de plaisir, souviens-toi que tu conserves un vrai ami dans notre modeste Venezuela ».

Scène de marché

Scène de marché

Camille Pissarro aura passé presque deux ans au Venezuela. Deux années de découverte et d’apprentissage, aux cours desquelles il affinera ses qualités de dessinateur et de peintre, faisant preuve d’un sens du volume inhabituel et excellant à recréer des atmosphères. On peut considérer que son expérience au Venezuela a libéré son art des académismes : ses scènes de Caracas, vivantes, authentiques et spontanées, préfigurent indéniablement l’impressionnisme. Comme les impressionnistes, c’est dans la rue et la nature qu’il trouve sa principale source d’inspiration. Le studio ne sert qu’à retoucher ou perfectionner ce qu’il a glané sur le vif. C’est sans doute aussi au Venezuela qu’il a décidé de prendre le beau risque de se consacrer exclusivement à son art, donnant ainsi un nouveau sens à sa vie.

Voici quelques exemples de ses dessins, esquisses et croquis réalisés durant son séjour au Venezuela. La plupart proviennent de la collection de la Banque centrale du Venezuela.

__________________________

Pour en savoir plus : 

Hugo Chávez présente le "Vergatario" (photo: Bernardo Londoy)

Hugo Chávez présente le "Vergatario" (photo: Bernardo Londoy)

Ce n’est pas un iPhone, un gPhone ou un Blackberry. Non. C’est un cellulaire (ou mobile) tout ce qu’il y a de plus conventionnel. Il s’appelle le Vergatario et est vénézuélien. Il vient d’être lancé par Hugo Chávez en personne, en présence du vice-président chinois Xi Jinping.

Pourquoi tout ce ramdam? Parce qu’il sera vendu au prix imbattable de 30 bolivars (soit 11 euros au change officiel et un peu plus de 4 euros au taux parallèle!). Cela en fait le téléphone cellulaire le moins cher au monde. Il sera produit au Venezuela par la Fábrica Venezolana de Telecomunicaciones (Vetelca),  une entreprise de capital mixte créée récemment, dont 85 % des parts sont détenues par l’État vénézuélien et 15 % par l’entreprise chinoise ZTE. Située dans la zone franche de Paraguaná, dans l’état de Falcón, l’usine doit assembler 600.000 appareils par an. Une seconde usine est en construction à Cúa. De quoi inonder le marché national et exporter l’objet vers plusieurs pays d’Amérique latine.

Le Vergatario n’est sans doute pas un monstre de technologie, mais il contiendra tout de même un reproducteur MP3/MP4, une radio, une caméra, une alarme, un chronomètre, une calculatrice, des jeux, un calendrier, une messagerie de texte et bien sûr… un téléphone! À ce prix, qui dit mieux? Il sera commercialisé à partir du mois de mai prochain par Movilnet, filiale de la compagnie téléphonique CANTV qui avait été (re)nationalisée en 2007. Pour son lancement, une promotion spéciale sera faite à l’occasion de la fête des mères.

Appareil révolutionnaire

What’s the catch? comme disent nos amis anglophones. Où est le truc? C’est Hugo Chávez lui-même qui le dévoile : « Ce type de progrès n’est possible que dans le cadre de la révolution ». Voilà donc le Vergatario promu en tant qu’appareil révolutionnaire –dans le sens politique du mot, bien entendu, plutôt que dans le sens technique. En ce sens, fort de son prix cassé, il doit s’opposer à des concurrents « capitalistes » bien plus chers, offerts par les grandes multinationales de la téléphonie cellulaire –Nokia, Ericsson, Motorola et consorts. Service public contre profit privé, socialisme contre capitalisme, voilà en quelque sorte sa vraie valeur. C’est une sorte de téléphone du peuple, comme la Volkswagen fut, en des temps moins cléments, la voiture du peuple.

Et pourquoi pas? Parallèlement, la compagnie téléphonique nationale CANTV développe son réseau mobile dans de nombreuses régions rurales du pays jusqu’alors négligées, faute de rentabilité, par les compagnies privées. Par ailleurs, le satellite vénézuélien Simón Bolívar, construit par la Chine et lancé l’année dernière, permet l’accès aux télécommunications dans les régions les plus éloignées, en particulier l’immense Amazonie, où il est exclu d’installer des antennes conventionnelles. Le Vergatario est donc un élément supplémentaire dans le cadre d’un vaste plan qui vise à permettre aux plus défavorisés de communiquer dans la modernité. Que celui qui est contre lance la première pierre!

Eh bien, figurez-vous qu’il y en a qui lancent la pierre… Les mauvaises langues de l’opposition n’ont pas tardé à déblatérer sur l’initiative de la CANTV en affirmant que le Vergatario était technologiquement dépassé par rapport aux smartphones de ce monde –snobisme oblige! Plus grave et plus pervers, ils ajoutent que l’appareil servira surtout à espionner les conversations de ses utilisateurs. Décidément, la psychose collective n’est pas morte du côté de l’opposition!

La verve du président

Un dernier mot sur le nom même de l’appareil : Vergatario. On entre ici dans le domaine de la vénézolanité la plus pure. En réalité, son vrai nom est ZTE 366, du nom de son fabricant chinois. Mais c’est Hugo Chávez en personne qui, avec sa verve habituelle, lui a donné publiquement le nom de Vergatario. Que veut dire ce mot? Au Venezuela, il désigne quelque chose de très bon, d’excellent. En français, on pourrait traduire cela par « le battant ». Toutefois. le choix du vocable a déjà fait énormément causer dans le monde hispanophone. Il dérive en effet du mot verga qui veut dire verge, dans toutes les acceptions du terme, y compris les sexuelles. L’expression de verga désigne le plus souvent quelque chose de mauvais. Au Venezuela, elle a basculé sémantiquement vers son contraire, puis a donné vergatario, terme qui contient une connotation indéniablement positive.

Pour ces raisons sémantiques, il est donc peu probable que l’appareil soit commercialisé à l’étranger sous le nom de Vergatario. Mais au Venezuela, le nom du téléphone est déjà définitivement adopté : ce ne sera pas le ZTE 366, mais le Vergatario, le Vergatario de Chávez!

Les destinations de l'Aéropostale

Les destinations de l'Aéropostale

Saviez-vous que la légendaire Compagnie générale aéropostale (communément appelée Aéropostale), celle de Jean Mermoz et d’Antoine de Saint-Exupéry, continue à voler? Ou plus exactement, que l’une de ses descendantes existe toujours et opère au Venezuela sous le nom commercial d’Aeropostal?

On connaît l’histoire de l’Aéropostale. Créée en 1927 à la suite de la reprise par Marcel Bouilloux-Lafont des activités de la Société des lignes Latécoère, la compagnie allait s’atteler à réaliser le rêve de Pierre-Georges Latécoère : relier la France à l’Amérique du Sud par voie aérienne.

Les premières liaisons mènent de la France à l’Afrique de l’Ouest (1925), alors en grande partie colonie française. Parallèlement, la compagnie développe ses activités au Brésil (1927), puis en Argentine et au Chili (1929). Mais entre les deux continents, il faut franchir l’Atlantique. Au départ, l’acheminement du courrier se faisait par voie maritime, ce qui augmentait considérablement les délais de livraison. C’est finalement les 12 et 13 mai 1930 que Jean Mermoz traverse pour la première fois l’Atlantique Sud, une véritable gageure à l’époque. Il rend ainsi possible la première liaison aérienne entre l’Europe et l’Amérique du Sud. Dans Vol de nuit (prix Fémina 1931), Antoine de Saint-Exupéry fait le récit romancé de ces débuts héroïques de l’aviation commerciale en Amérique latine.

Périlleuse traversée des Andes

La ligne principale de l’Aéropostale relie Toulouse à Santiago du Chili, avec de multiples escales en Espagne, au Maroc, en Mauritanie, au Sénégal, la traversée de l’océan de Saint-Louis (Sénégal) à Natal (Brésil), puis de nouvelles escales le long de la côte brésilienne jusqu’à Buenos Aires. Enfin, il fallait effectuer la périlleuse traversée de la Cordillère des Andes pour arriver à Santiago (voir carte ci-dessus).

Latécoère 28

Latécoère 28

Une ligne secondaire remonte la côte du Brésil depuis Natal jusqu’aux Guyanes, d’où elle se prolonge jusqu’au Venezuela et la Colombie. Le Venezuela, en particulier, est considéré place stratégique pour faire parvenir le courrier dans les Antilles françaises, Martinique et Guadeloupe, liaison qui devient réalité le 3 juillet 1929. Les premiers vols sont assurés par des Latécoère 26 et 28, qui opèrent depuis les aéroports Boca de Río de Maracay et Grano de Oro de Maracaibo.

En 1930, l’Aéropostale employait 1500 personnes (dont 51 pilotes) et possédait une flotte de quelque 200 avions et 17 hydravions, un capital humain et matériel qui était loin d’être négligeable. Mais l’année suivante, la compagnie, victime de la crise économique et du manque d’appui gouvernemental, est mise en liquidation. En 1933, le gouvernement français oblige les compagnies aériennes nationales à se regrouper. C”est la naissance d’Air France. Dans la foulée, les actifs de l’Aéropostale sont repris par la nouvelle compagnie.

Aux mains vénézuéliennes

Pas tous les actifs cependant. Au Venezuela, le gouvernement du général Juan Vicente Gómez rachète le 31 décembre 1933 une partie des actifs de l’Aéropostale. La compagnie continue à être gérée par du personnel français sous la direction de Robert Guérin, officier français qui assurait la tâche de conseiller technique de l’armée de l’air vénézuélienne. Le 1er janvier 1935, elle passe définitivement aux mains vénézuéliennes sous la direction du commandant Francisco Leonardi. Elle change aussi de nom et s’appellera désormais Linea Aeropostal Venezolana (LAV).

Ancien logo de LAV

Ancien logo de LAV

En 1937, le gouvernement prend le contrôle intégral de la compagnie en la recapitalisant. Les vieux Latécoère sont remplacés par des Fairchild 71 et des Lockheeed L-10 Electras. Au fil des années, la flotte ne cesse de se moderniser : Douglas DC-3 et DC-4 (premiers vols internationaux vers Boa Vista au Brésil et Aruba dans les Antilles néerlandaises), Lockheed Constellation (premier vol vers New York en 1947) et Super Constellation, Vickers Viscount 701 (1956), Douglas DC-8 et DC-9.

À la suite de la création d’une nouvelle compagnie nationale, Viasa, dont elle possède 51 % du capital, la Linea Aeropostal Venezolana abandonne ses vols internationaux au début des années soixante, pour se consacrer uniquement aux vols intérieurs. Elle simplifie aussi son nom en Aeropostal.

Triste fin

Logo actuel

Logo actuel

En août 1994, Aeropostal cesse ses opérations commerciales. Deux ans plus tard, elle est vendue au groupe privé Corporación Alas de Venezuela et reprend ses opérations le 7 janvier 1997. Les débuts sont prometteurs puisque des vols internationaux sont à nouveau programmés vers l’Amérique du Nord et l’Europe.

Mais une gestion douteuse jointe à un climat économique incertain ont raison de la compagnie privatisée. À la fin de 2007, à la suite d’un conflit de travail et de démêlés avec le gouvernement, sa flotte est réduite de 22 à seulement 3 avions. La compagnie, surveillée de près par les autorités aéroportuaires du pays, va de crise en crise. Au début de 2008, elle est revendue à un groupe d’investisseurs vénézuéliens, le groupe Makled. Elle n’est pas sauvée pour autant : récemment, plusieurs membres de la famille Makled ont été inculpés de trafic de drogues, de blanchiment d’argent et même d’assassinat. Deux d’entre eux sont aux mains de la justice et le troisième est recherché par Interpol.

En 2009, Aeropostal vole encore, mais pour combien de temps? Triste fin pour celle qui fut la deuxième compagnie aérienne d’Amérique latine (après la colombienne Avianca), et la descendante directe de la mythique Aéropostale de Mermoz et Saint-Exupéry.
__________________________________

Pour en savoir plus :

  • Visionner ce très beau documentaire réalisé à l’occasion du 80e anniversaire de la fondation de l’Aéropostale
  • Acheter Vol de nuit d’Antoine de Saint-Exupéry, sur Amazon.fr
  • Voir d’autres ouvrages en français sur l’Aéropostale

chavez_foot

Une rue portait déjà son nom au Liban. Voici maintenant qu’un stade s’appelle Hugo Chávez. Cela se passe en Libye, à Benghazi, où Mohamed Kadhafi, le fils du président Mouammar Kadhafi, a inauguré le 5 mars dernier le stade Hugo Chávez. Le nom du président vénézuélien a été donné à ce nouveau stade « en reconnaissance de son programme révolutionnaire au Venezuela et de son rôle dans l’avènement de l’espace sud-américain », indique l’agence de presse libyenne Jana.

D’une capacité de 11.000 spectateurs, le stade fera partie des sites qui accueilleront les rencontres de la Coupe d’Afrique des nations de football 2014, qui se déroulera en Libye.

Le principal intéressé n’est pas vraiment satisfait : « On m’a dit qu’en Libye Kadhafi a donné mon nom à un stade à Benghazi. Kadhafi est Kadhafi, mais cela ne vaut pas la peine de faire un tel geste », a commenté le président vénézuélien. « Je refuse que l’on mette mon nom sur quoi que ce soit », a-t-il ajouté.

Popularité

Il n’empêche : la popularité du président vénézuélien dans le monde musulman ne se dément pas. Et pour cause : après avoir expulsé l’ambassadeur d’Israël en représailles aux crimes commis à Gaza, Hugo Chávez récidive. Le gouvernement vénézuélien vient en effet de mettre en cause le mandat d’arrêt lancé par la Cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais Omar el-Béchir, estimant qu’il s’agissait d’une ingérence dans les affaires intérieures susceptible de conduire à une recrudescence de la violence. « Le Venezuela conteste cette ingérence dans les affaires légitimes et intérieures (relevant de) la souveraineté du peuple soudanais », a indiqué le secrétaire d’État vénézuélien aux Affaires étrangères chargé de l’Afrique, Reinaldo Bolivar, dans un communiqué.

Le gouvernement vénézuélien se joint ainsi à l’appel de « l’Union africaine, de la Ligue des États arabes et de nombreux pays de la communauté internationale afin d’éviter que les organismes juridiques » tels que la CPI « ne soient politisés à des fins de déstabilisation en Afrique et au Soudan en particulier », continue le communiqué.

Dérive inquiétante

Qu’on ne s’y trompe pas : une telle position, assez incompréhensible dans nos belles démocraties, se justifie aux yeux de beaucoup de non-Occidentaux. Si l’on examine les choses d’un peu plus près, on remarque en effet, que le « nouveau droit international », représenté notamment par la Cour pénale internationale, se colle de plus en plus aux valeurs défendues par l’Occident, au nom, notamment, d’une prétendue universalité des droits de l’homme. C’est le cas à propos de la Chine, de l’Irak, de l’Afghanistan, de divers pays d’Afrique et d’ailleurs : les sempiternels droits de l’homme sont de plus en plus instrumentalisés à des fins politiques, ouvrant la voie à l’ingérence –on parle même de « droit d’ingérence ».

Très beau tout cela, mais ne s’agit-il pas d’une dérive inquiétante à de nombreux égards? D’autant plus inquiétante que la cause des droits de l’homme obtient sans peine le soutien massif de millions de citoyens bien intentionnés (et dupes, pour la plupart) dans les démocraties occidentales.

Réfléchissons-y, si vous le voulez bien, de ce point de vue : une fois de plus, le droit international se place au service des puissants de ce monde. Il n’est pas neutre. Et les droits de l’homme, qui sont l’un de ses instruments privilégiés, ne le sont pas non plus, n’en déplaise à certains.

Reynaldo Hahn, par Nadar

Reynaldo Hahn, par Nadar

Il a connu et fréquenté les plus grands artistes du Paris de la Belle Époque, mais il reste pourtant un inconnu, tel un personnage de second rôle perdu au cœur d’une période artistique particulièrement riche.

Il s’appelle Reynaldo Hahn et est Vénézuélien. Il est né en 1874 à Caracas d’une mère vénézuélienne et d’un père juif allemand, ami et conseiller du président francophile Antonio Guzman Blanco. En 1878, la famille Hahn quitte le Venezuela pour s’installer à Paris. Le petit Reynaldo n’avait que trois ans. Il ne reverra plus le pays de sa naissance.

Une fois en France, il s’intégrera très tôt à la vie parisienne. Doué pour la musique, il entre en 1885 au Conservatoire de Paris, où il reçoit notamment les cours de composition de Jules Massenet. À treize ans, il crée sa première pièce musicale. À 18 ans, chez les Daudet, il interprète les Chansons grises, son premier cycle de mélodies, dans lequel il met en musique sept poèmes de Paul Verlaine, en la présence de ce dernier.

Amant de Proust

Il fréquente les salons les plus huppés de l’époque, y fait la rencontre de Stéphane Mallarmé, d’Edmond de Goncourt, de Sarah Bernhardt et d’autres grands artistes du moment. En 1894, il fait la connaissance de Marcel Proust, dont il sera l’amant pendant deux ans. Proust transposera sa grande passion pour Reynaldo dans Un amour de Swann, sans toutefois jamais le nommer.

Reynaldo Hahn, par Jean CocteauAllant de salon en salon, Reynaldo Hahn interprète ses mélodies en s’accompagnant au piano. En 1900, il compose les Études latines, une suite de mélodies sur des poèmes de Leconte de Lisle, qui lui valent un succès instantané. Il devient ainsi la coqueluche du Tout-Paris. Outre ses mélodies, il compose un poème symphonique et des musiques de scène et de ballet, dont celle de Le Dieu bleu, créé le 13 mai 1912 pour les Ballets russes de Serge Diaghilev, sur un livret de Jean Cocteau et Federigo de Madrozo. Rien que du beau monde…

En 1914, lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale, il demande à partir sur le front (il avait été naturalisé français en 1912), puis travaille au ministère de la Guerre. Dans l’entre-deux-guerres, il commence une carrière plus officielle. Il est fait officier de la Légion d’honneur et devient professeur de chant à l’École normale de musique de Paris, où il côtoie entre autres le violoncelliste Pablo Casals et Nadia Boulanger. Durant cette période, il compose des opérettes et des comédies musicales, dont Ô mon bel inconnu sur un livret de Sacha Guitry en octobre 1933. Arletty en est l’interprète principale. À cette époque, il compose aussi de la musique de chambre, un concerto pour piano, un concerto pour violon, des chœurs et même un Agnus Dei pour baryton et soprano, des genres qu’il avait jusque là délaissés.

Brillante fin de carrière

À l’approche de la Seconde guerre mondiale, préoccupé par son origine juive, il quitte Paris pour Cannes, puis Monaco. À la fin de la guerre, de retour dans la capitale, il est élu membre de l’Académie des Beaux-Arts et est nommé directeur de l’Opéra de Paris. Brillante fin de carrière pour celui qui restera, avant tout, le musicien de la Belle Époque, compositeur de mélodies séduisantes et d’opérettes divertissantes. Marcel Proust le décrit mieux que quiconque dans Le Figaro du 11 mai 1903 :

Cet « instrument de musique de génie » qui s’appelle Reynaldo Hahn étreint tous les cœurs, mouille tous les yeux, dans le frisson d’admiration qu’il propage au loin et qui nous fait trembler, nous courbe tous l’un après l’autre, dans une silencieuse et solennelle ondulation des blés sous le vent.

Reynaldo Hahn meurt le 28 janvier 1947.

Il restera sans aucun doute comme le plus français des Vénézuéliens. Arrivé à l’âge de trois ans à Paris, il ne manifestera que très peu d’attache pour le pays qui l’a vu naître. Le Venezuela le lui rend bien : sauf auprès de certaine élite culturelle, Reynaldo Hahn y reste un parfait inconnu.

______________

Pour en savoir plus :

Écouter des extraits musicaux :

  • La Barcheta (extrait de Venezia) – Chanté et accompagné par Reynaldo Hahn. Gramo P 104 (1922/1923). 2 min 42 s

  • Le Cimetière de Campagne (mélodie) – Chanté et accompagné par Reynaldo Hahn. 2 min 25 s

  • Ô mon bel inconnu (Comédie musicale) – Air du magasin et Duo “Qu’est-ce qu’il faut pour être heureux” interprétés par Arletty et Reynaldo Hahn. 2 min 31 s

  • Autres pièces musicales

Acheter sur Amazon.fr :

L'abattoir démoli à El Molino

L'abattoir en démolition à El Molino

La semaine de l’amour est terminée. Et, je peux vous le dire, l’amour ne se porte pas trop mal au Venezuela. Ou tout au moins le sexe. Une petite anecdote glanée lors de mon récent passage par El Molino, un minuscule village des Andes vénézuéliennes, vient, si besoin en était, le confirmer.

On démolit l’abattoir de El Molino (photo). Le bâtiment se trouvait à l’une des sorties du village, une sortie plutôt discrète puisqu’il s’agissait de l’ancien chemin vers Capurí, qui n’est plus guère utilisé depuis la construction de la route asphaltée. C’était une construction tout à fait sommaire : quatre murs et un toit. Cela suffisait pour y sacrifier de temps en temps un animal, dont la viande était vendue dans l’unique boucherie du village.

La raison de la démolition? Le manque d’hygiène? La trop grande proximité du village? Les cris de la bête qui dérangeaient les voisins? Vous n’y êtes pas. Ce sont d’autres cris qui dérangeaient les voisins : les soupirs et ahanements de jeunes couples qui s’y livraient, dit-on, à des jeux interdits. L’abattoir était en effet devenu, prétendent les moralistes du village, le lieu de rencontre de couples en mal d’amour ou en désir de sexe. Et les moralistes ont gagné : ils ont obtenu des autorités que l’on démolisse purement et simplement le lieu du crime.

Morale et libertinage

Crime? Mettons-nous à la place des jeunes couples en question. Ils vivent dans une société où la morale est reine (il faut sauver les apparences), mais où le libertinage est la règle. Un pays où les passions se vivent à fleur de peau et où le sexe en est l’expression la plus directe. En effet, le sexe –camouflé au mieux en amour– est partout. Pas seulement à la télé, dans ces interminables telenovelas qui, si elles dissimulent l’acte, ne parlent en fait que de ça. Pas seulement dans les pubs toutes aussi aguichantes les unes que les autres. Pas seulement sur les plages, généralement très déshabillées (quoique jamais nues –la moralité je vous dis). Pas seulement non plus dans l’urbanité ou la modernité. Non, il est littéralement partout. Même dans les villages andins réputés constituer la réserve morale du pays. Même dans le passé supposé être plus prude que notre présent.

Ainsi, dans ce même village de El Molino, on me raconte qu’auparavant les jeunes couples se rencontraient dans les champs d’arvejas (une variété de pois). C’est qu’on décortiquait cette légumineuse sur le lieu même de la récolte pour en recueillir la graine comestible. Les gousses étaient alors amoncelées sur place en d’énormes montagnes bien moelleuses.

C’était là le lieu privilégié des amours d’antan, bien à l’écart du village. Les amoureux s’enfouissaient dans la montagne végétale pour s’y rencontrer en toute quiétude. Parfois, racontent les plus impertinents, plusieurs couples y officiaient en même temps et il se produisait, volontairement ou involontairement, l’un ou l’autre échange de partenaire… On n’a décidément rien inventé.

Substitution

Malheureusement pour la jeunesse actuelle, on ne cultive presque plus d’arvejas à El Molino. Les cultures commerciales de la pomme de terre, du poivron et du apio criollo (Arracacia xanthorrhiza) ont remplacé cette légumineuse qui constituait pourtant l’une des bases de l”alimentation dans les Andes.

Pour le meilleur ou pour le pire, l’abattoir du village a donc servi de lieu de substitution. Reconnaissons que le romantisme y a beaucoup perdu! Dans le passé, un amoureux pouvait dire à sa belle : « Mon amour, on va à la récolte des petits pois? ».  C’est tout de même plus engageant que d’inviter sa petite amie en lui disant : « Mon cœur, on va à l’abattoir? »

Un Blog WordPress.com. | Thème : Motion par volcanic.
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 325 followers