Archive pour janvier, 2009


Dream Quartet, photo de Geoff Quinn

Dream Quartet, photo de Geoff Quinn

La cérémonie d’investiture de Barack Obama a fait couler beaucoup d’encre. Mais qui donc a signalé qu’une Vénézuélienne figurait aux tout premiers rangs, parmi les invités d’honneur? Elle s’appelle Gabriela Montero, une pianiste de renom, qui, aux côtés du clarinettiste Anthony McGill, du violoncelliste Yo-Yo-Ma et du violiniste Itzhak Perlman (de gauche à droite sur la photo ci-dessus), forme une sorte de « quatuor de rêve ».

Dans le froid glacial de Washington, les quatre musiciens ont interprété une pièce de John Williams, intitulée Air and Simple Gifts, qui avait été composée spécialement pour l’occasion. À vrai dire, ce jour-là, les musiciens ont joué en playback. Ils avaient en effet décidé d’enregistrer la pièce deux jours auparavant afin d’éviter tout risque de rupture de corde ou de doigts congelés. Un couac n’aurait pas été le bienvenu dans de telles circonstances.

Il serait intéressant de savoir qui a choisi les musiciens et pourquoi. Obama lui-même serait-il intervenu? Dans le cas de Anthony McGill, le choix est transparent (et symbolique) : originaire de Chicago, comme Barack Obama, il est l’un des rares Afro-Américains à occuper un poste de premier instrumentiste dans un grand orchestre symphonique, en l’occurrence le Metropolitan Opera de New York. La présence de Yo-Yo Ma et de Itzhak Perlman, vedettes consacrées de la musique classique, est moins inattendue. Quant à Gabriela Montero, elle est certes connue, mais ne fait pas partie des stars, encore que ses improvisations, en fin de concert, sur des airs que lui propose le public, font l’admiration de beaucoup.

Et pour ceux qui auraient raté la partie de la cérémonie d’investiture durant laquelle a joué ce « quatuor de rêve », en voici les images :

Et pour ceux qui voudraient savoir où se trouvaient Gabriela Montero et le quatuor lors de la cérémonie d’investiture de Barack Obama,  scrutez cette photo extraordinaire de 1474 mégapixels de David Bergman et allez à la recherche des invités, dont bien entendu George W. , Condoleezza Rice, M. et Mme Clinton et John McCain (qui bougeait au moment de la photo!). Bon amusement!

Sallam

Photo: Sallam

Je continue sur la lancée de l’article précédent et je reste dans les pays arabes.

Manifestation pro-palestinienne au Yémen, le 16 janvier dernier. Du monde, des calicots, des pancartes. Et, trônant au beau milieu de la foule, un énorme portrait de vous savez qui : Hugo Chávez dans toute sa splendeur! Quand je vous disais que le bonhomme est pris au sérieux, et par plus de gens qu’on ne pense.

L’abaisser à un simple folklore, comme le font certains, est donc une erreur. Le prendre pour un fou, comme le font d’autres, est une marque d’ignorance politique.

Prenons-le plutôt comme un phénomène, un animal politique qui mérite étude et analyse, parce qu’il ne laisse pas les foules indifférentes et que, d’une certaine manière, il marque son temps. Comme Lénine, comme Staline, comme Mao, comme Castro, comme Perón, j’ose même dire comme Hitler! Et puis, pour rester plus près de chez nous, comme Sarkozy… Et sans doute (mais attendons un peu) comme Obama.

Petit travail donc pour les étudiants de science po, de sociologie, de psychologie, d’anthropologie : expliquez-moi donc pourquoi Chávez se trouve au cœur d’une manifestation anti-israélienne au Yémen, tel un fier Hugo d’Arabie?

chavezyloro

Je suis à peine revenu de la froidure canadienne que, déjà, m’arrive un scoop. J’apprends que Bireh, un village du nord du Liban, vient de baptiser une de ses rues « rue Hugo Chávez ». Il l’a fait à la suite de la décision du président vénézuélien d’expulser l’ambassadeur d’Israel à Caracas, en représailles aux crimes israéliens commis dans le territoire palestinien de Gaza. « C’est le moins que l’on puisse faire pour ce grand homme, qui a fait revivre l’espoir dans nos cœurs et pris une revanche en notre nom à l’égard de l’entité sioniste (Israël)», a déclaré le maire de Bireh, Mohamed Wehbe.

Il s’agit d’un geste destiné à « l’honorer et à nous redonner le moral », a-t-il ajouté. Le Venezuela a expulsé, le 6 janvier, l’ambassadeur israélien à Caracas pour protester contre l’agression meurtrière israélienne sur le peuple de Gaza, qualifiée de « génocide » par le président Chavez.

Un portrait géant du président vénézuélien a été installé à l’entrée de cette ville de 17.000 habitants et de grandes banderoles ont été déployées le long de la route menant à Bireh, située à 45 kilomètres au nord de Tripoli, clamant : « la nation a besoin d’hommes comme Chávez » et « Chávez a expulsé l’ambassadeur israélien. Quand ferez-vous de même, dirigeants arabes? ».

Simple anecdote?

Cette petite information de rien du tout pourrait n’apparaître que comme une simple anecdote quelque peu risible. Elle révèle cependant deux choses :

  • Premièrement, que Hugo Chávez n’a pas son pareil pour profiter de situations tendues ou injustes sur la planète pour maintenir son image et gagner en popularité.  Si les mauvais esprits diront qu’il n’est qu’un « pêcheur en eaux troubles », ils reconnaitront au moins qu’il  est un bon pêcheur.
  • Et deuxièmement, que, même si le stratagème ne marche pas pour vous, cela fonctionne très bien pour de grands pans de populations de notre monde qui se sentent lésées ou laissées pour compte. Cela fait beaucoup de monde. Ces gens-là voient en Chávez un leader qui, enfin, ose exprimer tout haut leurs frustrations.

Et l’on pourrait croire que ces personnes souffrant dans la marge et parfois en silence ne se trouvent que dans les pays musulmans, ou encore au fond des bidonvilles sud-américains. Détrompez-vous, j’en ai rencontré plusieurs en plein Montréal : c’était ce jeune gars, québécois pure laine, venu installer ma ligne téléphonique qui comptait Chávez pour un grand leader, ou encore cette petite vendeuse de Walmart, pas arabe pour un sou, qui en apprenant que ma carte de crédit était vénézuélienne, s’est déclarée une admiratrice inconditionnelle de notre cher président.

> Communiqué du Ministère des Affaires Étrangères du Venezuela à propos de l’expulsion de l’ambassadeur d’Israël, Caracas (6 janvier 2009)
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