
Un pêcheur à Margarita
Pour ceux qui veulent savoir, mon silence de ces dernières semaines est dû à une petite escapade que je me suis offerte à l’île de Margarita. La perla del Caribe, comme le dit la publicité. En fait de perle, celle-ci est plutôt surfaite et/ou dévaluée.
Ooh, je ne me faisais aucune illusion, j’y étais déjà allé il y a plusieurs années et, déjà à l’époque, je n’avais nullement été impressionné par ce mélange incestueux de plages et de négoces. Je confirme cette fois-ci : les plages de Margarita sont loin d’être les plus belles des Caraïbes. Même au Venezuela, j’en connais de bien meilleures, que je garderai ici secrètes, pour qu’il n’y arrive pas ce qui s’est produit sur l’île aux perles : saleté, déchéance marchande, ranchificación [esthétique du bidonville, si vous préférez], et j’en passe.
Indécent
Quant au commerce, boosté depuis des années par le statut de puerto libre (zone libre de taxes) de l’île, il est tout simplement indécent. Les centres commerciaux les plus luxueux –Sambil, Rattan et autres- poussent comme des champignons dans une ville comme Porlamar qui n’est pourtant qu’un grand bidonville à peine dissimulé. Parcourez son centre parsemé de ruines et de maisons abandonnées et vous vous croirez à Sarajevo après les bombardements, rien de moins. La non-planification de cette ville en plein boom anarchique est tout simplement ahurissante. Vous y verrez une ligne à haute tension traverser allègrement une zone résidentielle entre deux immeubles à étages, puis survoler sans pitié quelques bidonvilles surpeuplés.
Et la nature, vous me direz? Cherchez-la bien, dans cette île surpeuplée sous le double effet du tourisme et du commerce. Les parcs nationaux n’en ont que le nom et donnent l’impression d’un abandon total. La partie occidentale de l’île, jusqu’ici à l’abri des hordes touristiques, commence à être littéralement colonisée par le tourisme. Dans moins de dix ans, c’en sera fini : le rouleau compresseur immobilier sera passé par là, éliminant ce qui reste encore de terres sauvages.
Consommation effrénée
Bref, il n’y a plus grand chose à faire ni à voir à Margarita. L’île n’appartient plus depuis longtemps aux Margariteños. Elle est devenue l’espace de jeu et de conquête des bourgeois, petits bourgeois et néo-bourgeois de Caracas, Maracaibo, Valencia et autres zones urbaines du pays. Certains y passent une retraite qu’ils veulent dorée, d’autres y vont régulièrement pour y acheter du whisky 18 ans d’âge, une boule d’édam bien rouge, du chocolat Toblerone et quelques autres bricoles qui font ici la joie de tous. Une véritable caricature de la soif insatiable de consommation qui prévaut dans le pays du socialisme du XXIe siècle!
Quelques touristes étrangers, égarés dans leur hôtel tout-compris (d’où ils ne devraient jamais sortir s’ils ne veulent pas perdre leurs illusions), viennent compléter le paysage.
Derrière tout cela, la vraie Margarita, celle des pêcheurs et des petites gens, a disparu, emportée depuis belle lurette par le tsunami touristique et marchand. On a l’impression d’être arrivé ici cinquante ans trop tard!
Objectif
Toutefois, pour être objectif, j’ai malgré tout aimé :
- la mer, suffisamment vaste pour nous faire croire qu’elle est encore propre
- le musée marin de Boca del Río, l’un des rares espaces intelligents sur une île où la culture est réduite à sa plus simple expression
- le village de San Francisco de Macanao, miraculeusement préservé des hordes touristiques, au pied des montagnes de la partie occidentale de l’île
- le coucher de soleil sur la plage de La Guardia, autre village resté à l’abri des foules
- Le marché aux poissons de Los Cocos à Porlamar, pour la fraîcheur et la variété de ses poissons, ainsi que pour son ambiance unique
- la plage de La Restinga, non pas qu’elle soit jolie, propre ou déserte, mais pour son ambiance de désolation infinie
- la possibilité de faire des photos de mer, ce qui est plutôt rare pour moi qui vis en montagne à 400 km de la première plage (vous pouvez voir le diaporama sur Flickr)
Post-scriptum
Loin de moi l’intention de m’immiscer dans la guerre des blogues qui sévit à Margarita (d’ailleurs plutôt calme ces derniers temps), mais force est de reconnaître que ma vision est plus proche de celle de X que de celle de Laurent el Margariteño!


















Bonjour Jean Luc,
Effectivement, je trouvais ton silence un peu étrange. Je comprends mieux pourquoi. Même si je ne suis pas allé à Margarita depuis 2004, je ne puis qu’approuver ton article. A cette date, j’avais déjà constaté une dégradation notoire par rapport à ma 1ère visite en 1984, puis à celle de 1988. Je me rappelle entre autre d’une journée à El Yaque, petit village de pêcheurs, où il n’y avait encore aucune infrastructure hôtelière. Quel plaisir !! Ne parlons pas de la partie occidentale de l’île, sauvage au possible. Je n’oublierai jamais la langouste que j’ai dégustée, les pieds dans le sable, à Playa Arena, dans une petite gargotte. La patronne, apprenant que j’étais français, avait débouché une bouteille de vin blanc pour nous en offrir 1 verre, à mon ami vénézuélien et à moi. Du coup, touché par l’attention, je lui avais acheté la bouteille.
Lorsque j’y suis retourné en 2004, quelle ne fut ma surprise! Je n’ai rien reconnu à El Yaque. Des hôtels avaient poussé à la place du petit village de pêcheurs. Quant à la presqu’île de Macanao, elle était envahie par des 4×4 amenant leurs hordes de tourites. Ce fut une grande déception pour moi.
Quel dommage que le gouvernement ne prenne pas les dispositions nécessaires pour réguler le tourisme sur l’île, afin qu’il profite en premier lieu aux margariteños. La perle des Caraïbes est en train de perdre son éclat.
Amicalement
Jean Claude
Bonjour Jean-Luc,
Je ne suis évidemment pas surpris de vos amères constatations et, ne serait-ce votre post-scriptum, je serais presque enclin à vous suspecter d’être l’auteur dudit blog de Señor X
“Blogue” mise à part, je partage l’entièreté de votre vision et regrette autant que vous la beauté de cette île jadis enchanteresse. Je l’ai découverte il y a de cela une vingtaine d’années et depuis, la situation n’a fait que se péjorer, particulièrement depuis l’arrivée de notre président bolivarien. Faut-il y voir un lien de causalité? Franchement je ne sais pas et je ne pense pas que ce soit là l’essentiel. Car pour moi, si la chose a pu tourner à tel point au saumâtre, ce n’est pas la faute d’un président ou même d’un gouverneur, mais bien plutôt à cette mentalité vénézuélienne si particulière, vilipendée d’ailleurs par tous les voisins de palier que sont les Colombiens, les Brésiliens, etc. Certes, ailleurs cet opportunisme exacerbé, cette non-instruction crasse et ce manque d’éducation (volontaire) ne sont pas forcément aussi délétères, mais ici, comme vous l’avez relevé, il y a l’argent, il y a le commerce, il y a le tourisme. Et si, partout dans le monde, ces dernières composantes sont également fauteuses de troubles, elles le sont particulièrement ici, combinées à la susmentionnée mentalité locale. En bref, le mélange est détonnant et si la saleté est bien présente partout dans le pays, elle l’est davantage encore sur les plages de Margarita.
Par ailleurs, si je comprends bien votre point de vue sur la culture des petites gens aujourd’hui disparue, ou en voie de l’être, par exemple les pêcheurs (voir photo), prenez garde à ne pas faire l’amalgame entre les paysans de Mérida et les “pauvres” pêcheurs de Margarita. Ici, ces derniers sont les derniers à travailler et les prix prohibitifs du poisson s’en ressentent. C’est malheureux à dire, mais le pêcheur margariteño ne sort généralement son bateau que lorsque la bière vient à manquer, ce qui fait que dans une île où la nourriture traditionnelle est le poisson et où il y en a plein les parages, on le paie plus cher que la viande… Ce qui est un comble, lorsqu’on pense qu’outre avoir été importée, la viande vient d’un animal qui a été longtemps nourri, entretenu, transporté, etc. alors que le poisson… D’ailleurs, ici aussi, les sardines, le thon, sont importés, les ruedas de Carite ou de Sierra sortent à 40 ou 60000 bolivars le kilo, quand ce n’est pas le double!
Hélas, la situation n’est pas près de s’améliorer. L’économie nationale, comme vous le savez, est au bord du gouffre. Un litre de lait, ici, vaut dans les 6500 bolivars, c’est-à-dire plus ou moins 1,10 euros au taux du marché parallèle, donc bien plus cher qu’en France, en Suisse, aux USA ou au Canada, où la moyenne tourne autour des 0,80-0,90 ct d’euro. Comment voulez-vous qu’un Vénézuélien de base, même avec un salaire doublé, puisse vivre décemment? Car le prix de la viande, du poisson ou de tout autre denrée sont à l’avenant, bien sûr. Je ne sais pas ce qu’il en est actuellement à Mérida, que je n’ai plus visitée depuis longtemps, mais ici la quasi totalité des produits consommés sont importés. Comme personne ne travaille ou ne produit dans l’île, je vous laisse imaginer les dégâts lorsque la conjoncture faiblira, ce qui ne saurait tarder si l’on regarde un peu ce qui se passe partout dans le monde…
Si je regarde mon exemple personnel, et celui des quelques expatriés autour de moi, il ne nous est déjà quasiment plus possible de se faire des grillades, par exemple, ce qui était pourtant une chose courante il n’y a encore que 3 ou 4 ans. Le charbon se vend à des prix hors concept, de même que la viande, d’ailleurs souvent introuvable. Et faut-il le préciser, nous vivons en partie avec de l’argent importé. Bonjour pour le margariteño moyen avec un salaire moyen…
Il est maintenant clair que Chavez, malgré toutes ses qualités, à échoué dans sa volonté d’instituer une économie socialiste pour deux raisons essentielles qui ne peuvent plus être corrigées. Premièrement, il n’a rien fait pour endiguer le problème du marché parallèle de devises, ce qui fait qu’aujourd’hui tout le monde vit en permanence sur des prix calculés selon le marché noir (cf. le prix du lait, mais aussi de pratiquement tout le reste) alors que tout ce qui est officiel, à commencer par les salaires, est calculé sur un taux de change officiel valant pas loin de la moitié; or il faut bien que quelqu’un paie la différence entre le taux officiel, virtuel, et le réel, celui qui définit le prix du litre de lait… La seconde chose qui fait que Chavez n’empêchera plus le Venezuela de se prendre un méga-boomerang en pleine tête, est (à part la drastique redescente du prix du pétrole) que rien n’a été fait pour booster ou créer une production interne, synonyme de moins de dépendance des marchés extérieurs. A titre d’exemple, j’ai connu la Russie de l’intérieur au moment de la grande crise de 1998 et je vous assure qu’en quelques mois à peine, on est passé d’une économie totalement importée (la nouvelle Russie ne se privait pas pour importer des monceaux de frigos LG, de télés Philips ou de voitures allemandes) à un renouveau de la production russe, à base de joints-ventures entre les fabricants russes et les sociétés étrangères. Des 4×4 ou des téléviseurs “made in Russia” sont sortis des usines de l’Oural en moins de temps qu’il n’en faudra au Venezuela pour comprendre que sans planter quoique ce soit, c’est bien dommage, mais on ne récoltera jamais rien… Et spécialement à Margarita.
Bien à vous, Micha
PS
Je précise encore que je viens de découvrir, grâce à ma femme, que des biscuits importés d’Italie, de même poids et de même style que des Club Social, fabriqués au venezuela, coûtaient 2800 bolivars le paquet, contre 5500 le Club Social… Le fromage suisse importé Appenzeller, quant à lui, vaut 25.- le kilo, contre 40 au minimum le moindre “amarillo” fabriqué ici. Petit aperçu de la logique de marché des Bolivariens au pouvoir…
et encore vous n’avez pas eu les coupures de courant electrique volontaire ; casi hebdobadaire de certain quartier; ou alors la musique comme en plein jour jusqu a 2 h du matin … irrespect total des gents alentours…
de plus on veux me faire passer un permis de conduire , un comble …!!!, moi qui n a jamais eu de retrait de permis, ni de point supprimé en europe( depuis 02/02/1970) , et quand je vois le concours de feu rouge grillés par tous , sans exception, les conducteurs d ici … ou le manque de respect du code de la route est permanent…mais il y a t il un code de la route a margarita????
les plages les plus sympa ou du moins les plus entretenues … guacuco parce que payante pres des plages des hotels allemands…ou alors a l opposée de l ile punta arena… la qualité a un prix….
mais je connais un restaurant , un peu ferme auberge , dans la montagne ou l’acces est reservé qu ‘au 4×4…si vous voulez y aller je me ferais un plaisir de vous y ammener, et ainsi vous faire decouvrir le charme de l ile avec sa vue panoramique sur porlamar et pampatar , de haut et de loin…sourire