Archive pour décembre, 2007


Hugo Chávez reconnaît sa défaiteLe référendum sur la réforme de la constitution s’est finalement soldé, après une longue soirée d’attente, par la première défaite électorale pour Hugo Chávez depuis son arrivée au pouvoir en 1999. Avec 51 % pour le non, 49 % pour le oui (un peu plus de 100.000 voix de différence), la défaite n’est pas vraiment humiliante, mais elle est significative et surtout symbolique. Quelles leçons les adversaires du jour peuvent-ils en tirer?

Humilité

Hugo Chávez doit incontestablement en tirer une leçon d’humilité. Il sait maintenant qu’il ne peut pas faire tout et n’importe quoi. Qu’il doit mesurer ses élans et ses impulsions. En clair, avec cette réforme, il voulait aller trop vite : en quelques mois seulement, il voulait mener le Venezuela à un changement aussi considérable que le passage au socialisme. C’était faire fi des inévitables pesanteurs sociologiques : une société ne se change pas par décret, elle obéit à des règles lourdes qu’il faut savoir évaluer correctement avant de se lancer dans l’arène politique. Dans son volontarisme extrême, Hugo Chávez ne l’a pas fait. Il a foncé, croyant que tous ses partisans le suivraient. Ils ne l’ont pas tous suivi.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : trois millions de personnes qui avaient voté pour Chávez lors des élections présidentielles de décembre 2006 ont disparu dans la nature… Des 7 millions de voix recueillies en 2006, il n’en reste plus que 4 en 2007. C’est là la marque exacte du phénomène, nouveau dans cette campagne, du chaviste qui dit non. Parmi ces partisans de Chávez, une minorité a effectivement voté NON, au côté de l’opposition (lui donnant son faible avantage), mais la plupart n’ont pas voulu de cette promiscuité avec une opposition souvent peu ragoûtante. Ils ont préféré s’abstenir, entraînant la défaite.

Jouer le jeu

Pour l’opposition, la leçon à retirer est tout simplement celle de l’existence de la démocratie au Venezuela. Paradoxalement, en reconnaissant sans ambages sa défaite, c’est Hugo Chávez qui la lui a donnée avec superbe, cette leçon : oui, il est maintenant prouvé qu’une opposition qui joue le jeu peut gagner démocratiquement une élection au Venezuela. Du coup, les voilà démolies ces suspicions de fraude, annulées ces accusations de dictature, ridiculisées ces attaques à la partialité du Conseil National Électoral.

Encore faut-il que l’opposition accepte majoritairement et massivement ces règles démocratiques, étouffant en elle ses tendances extrémistes et ses éléments putschistes. Rien n’est moins sûr lorsqu’on l’entend tirer certaines conclusions triomphalistes des résultats pourtant serrés du référendum. À l’en croire, on serait devant le début de la fin pour Chávez. Elle aussi devrait faire preuve de plus d’humilité et « savoir gérer sa victoire », comme le lui a conseillé, non sans une certaine ironie, Hugo Chávez.

Et maintenant?

À quoi faut-il s’attendre maintenant? Sans doute pas à un changement substantiel dans la conduite du pays. Hugo Chávez l’a clairement dit : il ne renonce pas à son projet à long terme, qui est d’instaurer le socialisme au Venezuela. Mais il tentera d’y parvenir sans l’outil juridique qu’allait constituer la réforme constitutionnelle. Pas de recul sur les principes, donc, mais, peut-être, une nouvelle stratégie qui tiendra mieux compte, cette fois, des réalités sociologiques du pays. Beaucoup souhaitent un Chávez moins virulent, moins impulsif, moins imbu de sa personne, mais plus réfléchi et plus attentif aux critiques de ses amis. Est-ce rêver?

Quant à l’opposition, acceptera-t-elle de jouer sur le terrain de la démocratie ou bien se laissera-t-elle à nouveau emporter par ses démons? Grande question. Mais l’espoir d’un changement profond d’attitude reste faible. Il n’est pas indifférent que, dans cette bataille, l’opposition ait hérité d’un nouveau leader, et non des moindres : le général Raúl Isaias Baduel, ancien ministre de la Défense de Chávez, et proche de ce dernier. Il s’était ouvertement prononcé pour le non, collaborant ainsi à la victoire de l’opposition. Le voici qui se maintient au cœur de l’échiquier politique. Ce candidat fort, qui pourrait devenir le parfait cheval de bataille pour l’opposition dure et pour Washington, ne laisse pas d’inquiéter, étant donné les liens qu’il continue à entretenir avec une partie non négligeable de l’armée.

Et là, un triste précédent revient à l’esprit : un certain Augusto Pinochet, lui aussi, avait été chef d’état-major et « proche » de Salvador Allende…

Petit matin

2 décembre. Jour du référendum sur la réforme constitutionnelle au Venezuela.

Au petit matin, dès 4 heures, des détonations soutenues ont résonné dans le barrio Santa Ana Norte, à côté de chez moi. Des coups de feu? Dans mon demi-sommeil, j’ai même pensé : « Serait-ce le barrio qui prend les armes pour défendre son président? Ils ne vont tout de même pas tenter un coup d’État le jour même du référendum! ».

Voilà ce qu’on peut s’imaginer, à moitié endormi, dans ce pays chargé de toutes les tensions, qui se trouve devant un enjeu de taille : le Venezuela sera-t-il un pays socialiste demain matin?

En réalité, il ne s’agissait pas de coups de feu, mais de gros pétards artisanaux lancés depuis un mortier, tels que ceux qu’on utilise dans toutes les fêtes populaires du pays (je vous en donnerai un jour la recette). La raison de ce tintamarre? Les partisans du président (et du OUI) rameutaient leurs troupes, les incitaient à se lever pour aller voter au plus tôt et se porter comme témoins dans les bureaux de vote. Indirectement, c’était aussi une façon de dire à tout ce monde endormi, chaviste et antichaviste : « on est là et on est forts! » Il vaut mieux le dire en faisant du bruit…

Anormalement calme

Neuf heures du matin : la ville est anormalement calme. Chacun va religieusement voter : parfois selon sa conscience, mais le plus souvent par calcul, pour réaffirmer (OUI) ou inverser (NON) le rapport de forces existant. Car, finalement, sur fond de constitution, il s’agit d’un véritable plébiscite pour ou contre Chávez –ainsi que ce dernier l’a lui-même fait comprendre.

Les sondages annoncent un résultat serré, mais ceux-ci sont traditionnellement peu crédibles au Venezuela : ils donnent (imparfaitement) le pouls des villes mais non celui des campagnes. Comment sonder un petit paysan qui vit en quasi autarcie, ne possède pas le téléphone, mais qui votera plus que certainement OUI?

Le danger du lendemain matin

Le danger n’est pas aujourd’hui. Le danger est demain, à cet autre petit matin qui verra s’afficher les résultats. Déjà, en se basant sur certains sondages qui leur sont favorables, des dirigeants de l’opposition n’acceptent tout simplement pas l’idée qu’ils peuvent perdre. Irresponsabilité totale! Ils annoncent ouvertement que, si le OUI l’emporte, c’est que le pouvoir a mis en place une fraude massive. Que, par conséquent, la réforme constitutionnelle n’est qu’une forme de coup d’État et que cela justifie une réponse massive du NON dans la rue, pour défendre les « vraies » valeurs démocratiques (voir par exemple le billet de William Dávila Barrios, ex-gouverneur de l’état de Mérida, dans le quotidien Frontera du 26 novembre 2007).

Tout cela donne froid dans le dos…

Suite ce soir et demain, à l’écran… ou dans la rue?

Radio-CanadaUne équipe de la télévision de Radio-Canada était de passage à Mérida la semaine dernière. Ô surprise, elle a eu la bonne idée de choisir une ville de province pour faire son reportage sur le Venezuela à quelques jours du référendum. Elle semble s’être aperçue que le Venezuela ne se limite pas à Caracas, et encore moins à la place Altamira, lieu hautement symbolique de l’opposition des beaux quartiers de Caracas. C’est déjà un bon point.

Jean-Michel LeprinceLe journaliste Jean-Michel Leprince (photo) et son équipe ont donc sillonné la ville universitaire et ses environs pour le magazine de reportages internationaux Une heure sur Terre. Ils ont rencontré les « trois pouvoirs » de Mérida : le gouverneur, chaviste comme il se doit; l’archevêque, porte-étendard de l’opposition; et le recteur de l’université, dont on dit qu’il veut se lancer comme gouverneur, pour l’opposition, aux prochaines élections. L’équipe est aussi allée voir ce qui se passe dans les barrios [quartiers populaires] et dans les villages –cette curiosité est tout à son honneur.

Et puis, surprise pour les lecteurs de ce blogue, ma femme et moi sommes aussi intervenus dans le reportage pour y apporter nos analyses respectives de la situation.

De tout cela, il a résulté un reportage d’une douzaine de minutes, diffusé le mercredi 29 novembre, complété par des interviews réalisées en studio et en direct depuis Caracas. En tout, une demi-heure bien balancée sur le Venezuela, une vision équilibrée de la situation réelle du pays. Cela tranche avec les habituelles analyses superficielles de la grande presse internationale, qui se contente d’interviewer quelques personnalités et intellectuels de Caracas (d’opposition, pour la plupart) pour juger un processus aussi complexe, confondant et ambigu que la « révolution bolivarienne ».

Je vous invite donc à visionner l’émission Une heure sur Terre de ce 28 novembre (attention, l’enregistrement ne restera en ligne que pendant deux mois).

Une heure sur terre

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