Une semaine pas toujours très sainte

6 avril 2007

El Nazareno (Rufino Uribe)

El Nazareno (Photo : Rufino Uribe)

La Semana Santa bat son plein au Venezuela. Comme partout en Amérique latine, elle marque un moment important de la vie religieuse et sociale, qui renoue ici avec ses origines hispaniques. Pour preuve : le Christ nazareno, au visage d’une infinie douleur, est particulièrement vénéré, comme à Séville, comme à Huelva.

La religiosité vénézuélienne est très rituelle et très visuelle : un Jésus souffrant, ensanglanté, ouvre le Mercredi-Saint la procession du Nazareno. Revêtus d’une tunique mauve, les fidèles y participent pour accomplir une promesse, ou bien par simple tradition. Ce ne sont pas les fastes des confréries andalouses, mais le spectacle y est.

Le lendemain, Jeudi-Saint, c’est dans les Andes la tradition des Siete Potajes (sept mets), une sorte de recréation locale de la dernière cène. Soupe de pois jaunes, poisson, riz, salade, banane verte bouillie, jus de fruit et papaye confite constituent le repas des plus pauvres. Les plus riches, lorsqu’ils suivent encore la tradition (mais c’est rarement le cas), préparent plutôt des viandes diverses : veau, porc, agneau… La tradition veut que ce plantureux repas assure nourriture et prospérité pendant toute l’année.

Le Vendredi-Saint, on ne peut, dit-on, ni crier (ce serait crier au Seigneur), ni courir (ce serait piétiner le Seigneur), ni couper du bois (ce serait couper le Seigneur) , ni cuisiner (ce serait cuisiner le Seigneur). Et celui qui se baigne se transformera en poisson.

Dans les villages, la Semaine sainte est une semaine de détente. Les familles se réunissent. Jeunes et vieux jouent au trompo (toupie), au boliche (quilles), aux bolas criollas (la pétanque locale) et à toutes sortes de jeux de cartes.

Toutefois, dans le Venezuela urbain, les traditions se perdent, beaucoup plus vite qu’ailleurs en Amérique latine. Alors, la Semaine sainte devient payenne, très payenne. Pour beaucoup, elle se résume le plus souvent à la plage, ses plaisirs, ses tentations…

Semaine sainte sur la plage (J. Maldona)

Sur la plage (Photo : J. Maldona)

Là, les tuniques sont couleur chair -bronzée, de préférence-, les siete potajes deviennent siete botellas (sept bouteilles). On peut (on doit) crier, on peut courir (courir les gars, courir les filles), on peut couper du bois (faut pas pousser!), on peut cuisiner (mais on achètera plutôt un poisson frit sur la plage), on peut se baigner (manquerait plus que ça). Et puis, surtout, on peut même -ô horreur!- forniquer…


Jouons aux statistiques

1 avril 2007

Gapminder

On sait qu’il faut se méfier des statistiques. Mais on sait aussi qu’on ne peut pas s’en passer. Google vient justement d’acquérir un outil statistique étonnant répondant au nom de Gapminder. Il permet de visualiser au moyen d’animations l’évolution dans le temps d’indicateurs statistiques par pays et dans le monde.

Jouons un peu et voyons où se trouve le Venezuela par rapport aux autres pays. Voyons aussi son évolution d’année en année de 1975 à 2004. Cliquez ici pour voir ce que cela donne (attendez le chargement complet de la page, puis cliquez sur Play en bas à gauche). En abscisse (X), le revenu par habitant en dollars. En ordonnée (Y), le taux de croissance économique. Suivez le petit point jaune qui représente le Venezuela pour en voir l’évolution. On s’aperçoit par exemple qu’entre 2003 et 2004, le taux de croissance économique du Venezuela est passé de -7,7 % à +18 %, le plus haut taux mondial si on excepte le Tchad, ce qui constitue un cas typique de sortie de crise. De son côté, le revenu par habitant est passé entre ces deux années de 4764 à 5554 $.

Où se situe maintenant le Venezuela parmi les autres pays du globe? Chaque point représente un pays et est d’autant plus grand que sa population est grande. Le Venezuela connaît peu de variation dans le temps, mais reste en deçà de ses chiffres des années 1970 pour ce qui est du revenu par habitant. Globalement, il se maintient au milieu du tableau. Observez en passant la Chine (le plus gros point rouge), dont le revenu par habitant passe de 1975 à 2004 de 595 à 5419 $, avec une croissance annuelle continue se situant autour des 10 %.

On peut continuer à jouer comme cela pendant longtemps, en comparant les pays entre eux ou par continent, ou encore en changeant les variables. Google promet que bientôt on pourra introduire ses propres données et ainsi produire ses propres tableaux. De belles et longues heures de loisirs en perspective.

Mais méfiez-vous tout de même des statistiques : leur qualité dépend de celle des données utilisées (dans le cas de Gapminder, il s’agit des données officielles de l’ONU et du PNUD), et surtout, elles ne mesurent pas le bonheur!


Court-métrage tropical

1 avril 2007

Droite de El Tigre 1

Scène 1 – Route droite jusqu’à l’infini : nous sommes bien dans les Llanos! C’est la fameuse droite de El Tigre, quelque part entre les états Guárico et Anzoátegui, dans l’Est du pays. Rien pour se distraire.

Droite de El Tigre 2

Scène 2 – Rien? Subitement un chaparrón, une grosse pluie dont les Tropiques ont le secret. De loin, cela s’annonçait à l’horizon, les nuages menaçants s’accumulaient, s’approchaient, étaient là.

Droite de El Tigre 3

Scène 3 – En quelques secondes, c’est le déluge, qui paraît ne jamais devoir se terminer.

Droite de El Tigre 4

 

Scène 4 – Cent jours et cent nuits de pluie obsédante, dirait García Márquez. Orage, éclairs de fin du monde, la totale!

Droite de El Tigre 5

Scène 5 – Quelques minutes plus tard, tout se termine pourtant, comme par enchantement. Ici, il n’a même pas plu… Allez comprendre…