Traditionnel

Une semaine pas toujours très sainte

El Nazareno (Rufino Uribe)

El Nazareno (Photo : Rufino Uribe)

La Semana Santa bat son plein au Venezuela. Comme partout en Amérique latine, elle marque un moment important de la vie religieuse et sociale, qui renoue ici avec ses origines hispaniques. Pour preuve : le Christ nazareno, au visage d’une infinie douleur, est particulièrement vénéré, comme à Séville, comme à Huelva.

La religiosité vénézuélienne est très rituelle et très visuelle : un Jésus souffrant, ensanglanté, ouvre le Mercredi-Saint la procession du Nazareno. Revêtus d’une tunique mauve, les fidèles y participent pour accomplir une promesse, ou bien par simple tradition. Ce ne sont pas les fastes des confréries andalouses, mais le spectacle y est.

Le lendemain, Jeudi-Saint, c’est dans les Andes la tradition des Siete Potajes (sept mets), une sorte de recréation locale de la dernière cène. Soupe de pois jaunes, poisson, riz, salade, banane verte bouillie, jus de fruit et papaye confite constituent le repas des plus pauvres. Les plus riches, lorsqu’ils suivent encore la tradition (mais c’est rarement le cas), préparent plutôt des viandes diverses : veau, porc, agneau… La tradition veut que ce plantureux repas assure nourriture et prospérité pendant toute l’année.

Le Vendredi-Saint, on ne peut, dit-on, ni crier (ce serait crier au Seigneur), ni courir (ce serait piétiner le Seigneur), ni couper du bois (ce serait couper le Seigneur) , ni cuisiner (ce serait cuisiner le Seigneur). Et celui qui se baigne se transformera en poisson.

Dans les villages, la Semaine sainte est une semaine de détente. Les familles se réunissent. Jeunes et vieux jouent au trompo (toupie), au boliche (quilles), aux bolas criollas (la pétanque locale) et à toutes sortes de jeux de cartes.

Toutefois, dans le Venezuela urbain, les traditions se perdent, beaucoup plus vite qu’ailleurs en Amérique latine. Alors, la Semaine sainte devient payenne, très payenne. Pour beaucoup, elle se résume le plus souvent à la plage, ses plaisirs, ses tentations…

Semaine sainte sur la plage (J. Maldona)

Sur la plage (Photo : J. Maldona)

Là, les tuniques sont couleur chair -bronzée, de préférence-, les siete potajes deviennent siete botellas (sept bouteilles). On peut (on doit) crier, on peut courir (courir les gars, courir les filles), on peut couper du bois (faut pas pousser!), on peut cuisiner (mais on achètera plutôt un poisson frit sur la plage), on peut se baigner (manquerait plus que ça). Et puis, surtout, on peut même -ô horreur!- forniquer…

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